Un avenir sans faim

Publié le 01.06.2017 • Mis à jour le 22.06.2017

En Birmanie, la société civile appelle le gouvernement à coopérer avec la mission d’enquête des Nations unies

Soixante organisations de la société civile birmane, dont plusieurs partenaires du CCFD-Terre Solidaire – CYSH, Humanity Institute, KWAT et Metta Development Foundation – ont lancé un appel le 25 mai au gouvernement d’Aung San Suu Kyi. Elles demandent que la vérité soit faite sur les violences qui ont eu lieu contre les populations Rohingyas, dans l’ouest du pays, et qui continuent toujours dans le nord et le nord-est contre les minorités ethniques locales (Kachin, Shan, etc.).

L’appel invite l’icône de la démocratie en Birmanie Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, à « coopérer pleinement avec la Mission d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies le 24 mars dernier ». Une mission d’enquête à laquelle Aung San Suu Kyi s’est jusqu’à présent opposée.

Cette mission d’enquête fait suite au texte présenté par le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans ce pays dénonçant des « violations graves des droits de l’homme et des abus perpétrés par les militaires et les forces de sécurités en Birmanie, notamment dans l’État d’Arakan », mais aussi de « discriminations institutionnalisées contre les minorités, ethniques ou religieuses ».

Des accusations on ne peut plus fondées selon les ONG birmanes. Elles soulignent que l’« opération de nettoyage » menée par l’armée birmane entre octobre 2016 et février 2017 dans le nord de l’Arakan s’est traduite pour les Rohingyas qui y vivent par « le viol en masse de femmes et de filles, les exécutions extrajudiciaires et le brûlage généralisé des villages ».
Elles rappellent également que « les défenseurs des droits de l’homme des États kachin, karen, karenni, mon et shan ont constaté depuis longtemps des violences similaires sur leur sol, y compris jusqu’à nos jours ».

Lire aussi : En Birmanie, les violences contre les minorités ethniques continuent

Une situation à laquelle Aung San Suu Kyi et la LND ont du mal à répondre. Les autorités gouvernementales se contentent en effet le plus souvent de relayer les dénégations militaires relatives aux exactions commises à l’encontre des Rohingyas. Quant aux minorités ethniques, elles ne sont invitées qu’a signer des accords de paix alors que la guerre se poursuit dans les États kachin et shan.

De quoi inquiéter la société civile qui s’avoue « profondément préoccupée » par ce contexte particulier :

« si le gouvernement de la LND ou les dirigeants militaires ne coopèrent pas pleinement avec la mission d’enquête, la situation des droits de l’homme pourrait se détériorer dans diverses parties de la Birmanie, ce qui conduirait à encore plus d’atrocité ».

Surtout, les différents signataires de cet appel pressent les autorités birmanes de

« démontrer leur attachement à l’État de droit dans cette période de transition démocratique ».

C’est la deuxième fois que la société civile birmane fait un appel aux autorités et notamment Aung San Suu Kyi. Un appel crucial à l’approche aussi du sixième anniversaire le 6 juin de la reprise des conflits dans l’Etat Kachin dans le nord du pays.
Le 31 mai 2017, le gouvernement birman a confirmé, par la voix de son porte-parole, son refus de voir arriver une Mission d’enquête de l’Onu sur son territoire, arguant qu’il s’agit là d’une « affaire interne ».

Patrick Chesnet

Télécharger ci-dessous l’appel en anglais et en birman

Myanmar Civil Society Calls for NLD Government to Fully Cooperate with U.N. - Mandated Fact Finding Mission to Myanmar
Myanmar Civil Society Calls for NLD Government to Fully Cooperate with U.N. - Mandated Fact Finding Mission to Myanmar

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