Un avenir sans faim

Publié le 12 janvier 2005

Témoignages

Khadi Diouf, productrice de poulets sénégalaise

« Il y a quinze ans, les commerçants venaient jusqu’à mon village pour s’approvisionner. Aujourd’hui, non seulement nous nous déplaçons jusqu’au marché, mais ils n’achètent plus. Où sont les acheteurs ? S’il n’y en a pas, ma journée risque d’être compromise, le déjeuner de mes enfants aussi. »

Idrissa Kama, directeur commercial du Complexe de Mbao, au Sénégal

"Avec ces importations, tout le monde étouffe et perd en chiffre d’affaires : les industriels, les cabinets vétérinaires, les producteurs d’aliments de volailles, les distributeurs et les petits revendeurs."

Jean Wakap, producteur à Bangoua, au Cameroun

« C’est au début de 1999 que j’ai constaté qu’à l’approche des grandes cérémonies, les organisateurs ne nous sollicitaient plus trop pour les ravitailler en poulets. Pourtant, au cours desdites cérémonies, ils servaient bien des poulets, des poulets constitués exclusivement de cuisses. C’est là que j’ai vraiment connu les poulets importés. En quelques temps, j’ai eu à vivre moi-même l’invasion des congelés dans mon village. Les femmes les apportaient dans des cartons de Douala ou de Yaoundé. Je peux dire que j’ai assisté impuissant à la mort de l’élevage dans mon village. Je n’ai rien pu faire. J’ai vu beaucoup d’éleveurs cesser leur activité mais j’ai persévéré en espérant que le vent des congelés allait cesser de souffler d’un moment à l’autre. Mais au contraire, ils ont gagné du terrain. Telle une gangrène, un cancer, ils se sont imposés sur le marché à la grande désolation de nous les producteurs. »

Julienne Faha, commerçante de poulets au Cameroun

« Depuis 1987 que je suis en activité je n’ai jamais connu la mévente que je vis actuellement. Et dire qu’un temps, j’ai aménagé une baraque derrière ma maison où j’ai élevé jusqu’à 500 poulets. Ca me permettait de compléter ceux que me livraient d’autres éleveurs pour la vente. Aujourd’hui je n’arrive même pas à écouler les 300 poulets que je prends. Et le pire c’est qu’il faut continuer à les nourrir. C’est vraiment grave. Il faut faire quelque chose. »

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