Un avenir sans faim

Publié le 21.06.2011 • Mis à jour le 22.01.2013

G20 Agricole : les Etats membres doivent oser de vraies régulations !

Le CCFD-Terre Solidaire s'inquiète du manque d'ambition des propositions actuellement sur la table des négociations

Paris, le 21 juin 2011

Alors que les grandes puissances agricoles mondiales planchent sur les réponses aux défis de l’agriculture dans le cadre du premier G20 Agricole (22 et 23 juin, à Paris), le CCFD-Terre Solidaire s’inquiète du manque d’ambition des propositions actuellement sur la table des négociations. Quand une personne sur six à travers le monde souffre de la faim et que des menaces majeures, telles que le changement climatique pèsent sur la sécurité alimentaire de millions d’êtres humains, il est grand temps de changer radicalement de stratégie. Le CCFD-Terre Solidaire appelle les Etats membres à dépasser leurs logiques de concurrence et à engager de vraies réformes en matière de régulation de la spéculation, des investissements privés et du commerce mondial.

Volatilité des prix agricoles : le G20 devra frapper un grand coup pour être efficace !

Alors que l’ensemble des pays du G20 reconnaissent que la spéculation sur les marchés agricoles est un facteur « clé » de la fragilisation de l’agriculture, les négociations en cours ne laissent entrevoir que de timides avancées. Pour le CCFD-Terre Solidaire, stabiliser les prix des matières premières agricoles requiert une stricte réglementation des marchés, l’interdiction de la spéculation financière sur les marchés virtuels et l’encadrement des pratiques sur les marchés physiques. « Les Etats membres du G20 ont le devoir de limiter les activités des investisseurs non-commerciaux - tels que les hedge funds, les fonds indiciels ou les banques - responsables de l’extrême volatilité des prix, dont on connait l’impact ravageur à la fois sur le pouvoir d’achat des consommateurs et sur les revenus des producteurs » affirme Maureen Jorand, chargée de mission alimentation et agriculture au CCFD-Terre Solidaire. 

Miser sur les investissements privés pour financer l’agriculture, une option risquée.

Les montants investis dans l’agriculture sont en constante baisse tant du côté de l’Aide publique au développement des pays du Nord1 que des politiques publiques des Etats du Sud, ce malgré la prise de conscience qu’avaient suscité les émeutes de la faim en 20082. Parallèlement, les investissements privés pour soutenir le développement de l’agriculture ont le vent en poupe et apparaissent comme « la solution miracle ». Or, chaque année, ce sont 800 milliards d’euros qui s’évadent des caisses des pays du Sud vers les paradis fiscaux. A elle seule, l’évasion fiscale des multinationales, notamment de l’agriculture, génère un manque à gagner en recettes fiscales pour ces Etats de 125 milliards d’euros, soit plus de quatre fois le montant jugé nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde3. Face à ce pillage rendu possible par l’opacité financière, le CCFD-Terre Solidaire appelle les Etats membres du G20 à faire de la lutte contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale un préalable à tout développement des investissements privés dans le secteur de l’agriculture. « En Argentine, aux Philippines, au Cameroun ... nos partenaires, organisations paysannes, syndicats, groupements de producteurs... nous interpellent sur les faibles retours pour les populations locales des activités des multinationales dans leur pays. Bien souvent, ces entreprises achètent ou louent les terres pour produire des cultures d’exportation qui ne permettent donc pas de nourrir la population et contribuent trop peu au développement local car elles paient peu ou pas d’impôts ; un constat qui s’applique aussi aux industries extractives », déclare Mathilde Dupré, chargée de mission financement du développement au CCFD-Terre Solidaire4

Changer de prisme sur le commerce agricole mondial

Les politiques commerciales aujourd’hui menées par plusieurs membres du G20 (Union Européenne, Etats-Unis) sont très agressives : les accords bilatéraux de libre-échange promeuvent ainsi une libéralisation qui dépasse largement les règles de l’OMC, affaiblissant les capacités des pays du Sud à développer leurs propres politiques agricoles et à protéger certains secteurs fragiles ou stratégiques. Ils mettent également en péril des unions économiques, fragilisant l’intégration régionale, facteur de développement économique à long-terme. Pour le CCFD-Terre Solidaire, il est urgent que les règles du commerce mondial autorisent les pays pauvres à protéger leur marché afin de leur permettre de développer leurs propres agricultures.

Voir le document complet des recommandations du CCFD-Terre Solidaire « G20 Agricole : des paroles aux actes pour agir durablement contre la faim » : http://ccfd-terresolidaire.org/ewb_pages/m/motcle_2322.php

Contact presse :
Nathalie Perramon - 01 44 82 80 67

Notes aux réactions
1 : chiffres de l’APD mondiale, OCDE, avril 2011
2 : notamment discours de Nicolas Sarkozy conférence de presse de la réunion de Haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale à Rome, 3 juin 2008
3 : rapport L’économie déboussolée du CCFD-Terre Solidaire, décembre 2010
4 : le CCFD-Terre Solidaire est à l’initiative de la campagne « Aidons l’argent à quitter les paradis fiscaux » http://www.aidonslargent.org/

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