Publié le 9 janvier 2015

En Thailande, un développement agricole durable, responsable et social

Par Juliette Louis-Servais, Chargée de mission Asie au CCFD-Terre Solidaire

La School for well being est une structure atypique et jeune, puisqu’elle s’est créée en 2010. Mais l’histoire remonte en réalité à 2007 : à l’initiative d’un de nos partenaires thaïlandais, la Conférence internationale du mouvement « Bonheur National Brut » (alternative proposée par le royaume du Bhoutan au « Produit National Brut ») se tient à Bangkok. Pour Hans et Wallapa, organisateurs de cette conférence, c’est une révélation.

« En explorant des notions telles que « le bien-être », le « bonheur » ou le « bien vivre » et en nous engageant passionnément pour faire de ces notions des points de repère essentiels pour le développement, nous soutenons le Bonheur national brut, un indicateur alternatif aux indicateurs économiques classiques qui repose sur quatre piliers :
L’intégrité culturelle et la « spiritualité engagée » ; la bonne gouvernance ;le développement économique équitable ; la protection de l’environnement et l’agro-écologie.
Nous pensons que cette combinaison de valeurs est au fondement de notre mission de contribuer à façonner un développement durable. »
Parole de Hans et Wallapa Van Willenswaard, fondateurs de la School for Well being

En effet, cette conférence cristallise les réflexions des acteurs asiatiques (société civile, religieux, hommes politiques, entrepreneurs) sur les limites du développement économique actuel, ses impacts négatifs et les nécessaires alternatives à promouvoir afin de permettre un développement respectueux des Hommes dans toutes ses dimensions sociales, culturelles, spirituelles, et de la nature.
C’est sur cette notion de bien-être dans la société que se concentre le travail de la School for well being, initié par ce couple et qui aujourd’hui réunit une équipe de sept personnes et une volontaire française envoyée par le CCFD-Terre Solidaire.

Pourquoi cette initiative ?

Dans une société bouddhiste, le partage, la compassion et la frugalité doivent normalement être les règles de vie. Or, le « développement économique » tel que les membres de la School for well being l’observent en Thaïlande (et de plus en plus dans les pays voisins), conduit à des tendances consuméristes, à l’accroissement des inégalités, à la déconnexion entre les populations urbaines et rurales ainsi que la dégradation de l’environnement : sols appauvris par les monocultures intensives, déforestation, barrages et détournements de cours d’eau, accaparement des terres pour les projets industriels, agro-industriels ou d’infrastructures.

Pourtant salué par les investisseurs et analystes économiques, ce mode de développement, au final, affaiblit les liens sociaux, la spiritualité, la « Mère Nature » et la connexion des hommes et des femmes avec leur environnement.
En lien avec l’université de Chulalongkorn, la plus ancienne université de Thaïlande ayant développé un « campus vert » dans le centre-ville de Bangkok, la School for Well being propose de développer des recherches-actions sur des modèles de développement alternatifs, des formations, des événements régionaux, des rencontres entre paysans, entrepreneurs et universitaires...

Mais pour proposer des alternatives de développement, il faut être dans l’action.

En lien avec le service Asie du CCFD-Terre Solidaire avec qui ils échangent dès les prémices de leur structure, Hans et Wallapa affinent leurs axes de travail et définissent les questions les plus cruciales pour proposer des modèles de développement alternatifs. Rapidement, c’est la question du modèle agricole qui leur apparaît centrale.

Les problèmes posés par une agriculture intensive
L’agriculture intensive en Thaïlande a été un des modèles de la révolution verte (intensification des cultures par l’utilisation de variétés de céréales à hauts potentiels de rendements et d’engrais chimiques).
Devenue première exportatrice de riz mondial, la Thaïlande s’est rapidement positionnée également sur les marchés du caoutchouc naturel, coton, maïs et noix de coco, avec des productions intensives tournées vers l’exportation.
Mais l’augmentation des rendements a également entraîné la détérioration de l’environnement (épuisement des ressources en eau, fragilisation des sols…) et une fracture croissante entre le monde rural et le monde urbain.
Les petits paysans, qui continuent de représenter la grande majorité des exploitations, n’ont pas pu profiter des avantages qu’auraient dû leur procurer ces rendements plus élevés.
En effet, ils ne disposent pas d’accès à l’irrigation nécessaire à la mise en œuvre de ces techniques agricoles modernes. De plus, ils sont pris dans des cycles d’endettement afin d’acheter les engrais et semences nécessaires, ainsi, aujourd’hui, 77 % d’entre eux sont endettés. Par ailleurs, un tel mode de production expose davantage les consommateurs à des risques de contamination chimique de leurs aliments.
Devant les preuves évidentes des effets néfastes de l’agriculture chimique (problèmes de santé, dégradation de l’écosystème, dépendance des agriculteurs et oubli des savoirs traditionnels), certains agriculteurs et fonctionnaires ont progressivement accepté les pratiques agricoles durables comme alternatives.

Mise en réseau des alternatives
Hans et Wallapa, avant de fonder la School for Well Being, ont œuvré à la mise en réseau de ces initiatives alternatives et à la promotion de groupes communautaires de producteurs. Leur but : appuyer la commercialisation de ces produits cultivés selon des techniques agricoles durables et sensibiliser les consommateurs et les dirigeants aux méthodes de production à encourager pour un développement « sain ».
Ainsi, des « marchés verts », magasins bio et partenariats avec certaines entreprises et hôpitaux ont été mis en place pour faciliter la commercialisation des produits des petits paysans et encourager cette démarche.

Si le gouvernement thaïlandais, notamment grâce à ces actions, commence à prendre conscience de la nécessité d’un modèle agricole plus respectueux des paysans, des consommateurs et de la nature, il n’en est pas de même dans les pays voisins (Vietnam, Cambodge, Birmanie, Laos) où le défi alimentaire et la faim restent présents en zone rurale, et poussent les gouvernements à développer des méthodes agricoles intensives.

L’action doit donc être locale, nationale mais aussi internationale.
Depuis 2011, le CCFD-Terre Solidaire et la School for well being ont mis en commun leurs contacts avec des organisations d’appui aux paysans dans la région du Mékong, pour créer le réseau Towards Organic Asia (Vers une Asie Bio).
Réunissant aujourd’hui 21 organisations (dont 6 partenaires du CCFD-Terre Solidaire au Vietnam, Laos et en Birmanie), le projet Organic Asia permet la mise en réseau d’organisations de producteurs, d’universitaires et d’entrepreneurs sociaux asiatiques intéressés par la promotion de l’agriculture biologique et des savoirs traditionnels, auprès des petits paysans de la région du Mékong et d’Asie, en tant que débouché commercial mais aussi et surtout facteur de lien social et de préservation des ressources naturelles.

Des voyages d’études dans les différentes régions du Mékong, des échanges de pratiques agricoles, l’organisation d’événements régionaux et la conduite de recherches-actions locales permettent le renforcement des compétences des acteurs et l’élaboration de stratégies communes.

En jeu : la construction d’une agriculture qui permette de nourrir les hommes tout en préservant l’environnement, la santé et les liens sociaux. Un défi de taille, en Asie comme ici.

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