Publié le 10 décembre 2014

Inde : Les droits bafoués des villageois

SUR LE TERRAIN / Inde

En 2007, l’Etat du Tamil Nadu décide l’implantation d’un parc industriel à Thervoy, où vient s’installer une usine Michelin. Problème, les habitants Dalits, qui géraient la forêt depuis 200 ans, n’ont pas été consultés. Face au risque de perdre leur principal moyen de subsistance, les villageois espèrent toujours être entendus

Depuis plus de 200 ans, 6 000 Dalits (Intouchables) du village de Thervoy, dans l’Etat du Tamil Nadu, en Inde, ont utilisé la forêt collective dont ils avaient la gestion exclusive pour l’élevage et la cueillette de plantes médicinales.
En outre, cette forêt constitue une zone de captation des eaux de mousson, qui par ruissèlement vers trois étangs, permettait de poursuivre les activités agricoles en période de saison sèche. Ces activités agricoles offrirent la possibilité pour les Dalit de Thervoy de pouvoir étendre leur domaine agricole et racheter des terres supplémentaires aux propriétaires terriens de caste hindoue, puis de scolariser leurs enfants.

En 2007, l’Etat décide la mise en place d’un parc industriel qui s’étend sur 450 hectares de ce site. C’est là que s’implante la plus grande usine Michelin de fabrication de pneus poids lourds. Cette installation se fait sans que toutes les mesures pour « identifier, prévenir et remédier » aux impacts négatifs du projet aient été prises.
Coupés de leur principal moyen de subsistance, sans information ni consultation préalables, les villageois de Thervoy s’organisent pour faire valoir leurs droits : grève de la faim, marches pacifiques, barrages symboliques, actions en justice…

Cette mobilisation, relayée en France, débouche sur le dépôt d’une plainte au point de contact national (PCN) français de l’OCDE, chargé de veiller au respect des principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales. Par cette démarche, les ONG françaises et indiennes veulent alerter sur la faiblesse de la consultation des populations, l’impact social et environnemental du projet, le manque de vigilance en matière de respect des droits humains, l’absence de contribution fiscale, le déficit d’information des parties prenantes, et les dérogations au droit du travail (travail de nuit des femmes, droit de grève et recours à la force afin de juguler des troubles éventuels).
Le PCN reconnait que le projet industriel dans la zone a eu des incidences fortes sur la vie des populations. Il admet aussi que l’installation de Michelin « ne lui a pas permis de prendre en compte tous les besoins des populations » et « recommande au groupe de prendre davantage en compte le droit des populations indigènes »1.

Pour autant, le projet de Michelin n’a pas été modifié en conséquence et les demandes des populations restent toujours sans réponse. Après l’intervention du PCN, la principale demande portée par les organisations de la société civile depuis plusieurs années, à savoir la réalisation d’une étude d’impact de ce projet sur les droits humains, est en cours de finalisation. Mais sa réalisation tardive et rapide, son manque de transparence, suscitent des doutes sur la sincérité et l’efficacité de cette démarche.

Si rien ne change, les villageois, sans leur forêt, risquent fort de venir grossir les couches les plus défavorisées des grandes villes et de perdre, en plus de leur terre, leur dignité, leur identité et leur culture.

Considérant que les multinationales doivent être protégées contre l’oppression des associations, des défenseurs des droits de l’Homme, des syndicats, des travailleurs et des consommateurs pour éviter toute concertation démocratique. Ecouter

En savoir plus :
Usine Michelin en Inde, la vie des populations avant le profit (Dossier)

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