Un avenir sans faim

Publié le 1er juin 2010

Pour mieux comprendre

Des investissements faramineux
« En général, les infrastructures sud-africaines sont très bonnes et il est relativement facile de se déplacer de ville en ville. La Coupe du Monde 2010 de la FIFA (Fédération internationale de football association) a servi de catalyseur pour la modernisation des infrastructures et le gouvernement sud-africain continue d’investir plus de 9 milliards de rands (710 millions d’euros) pour des chantiers en cours, » se félicitait la FIFA en 2008, pour la plus grande joie des aficionados du monde entier.

Quelques billets jetés à la foule
Qui accédera aux billets de la Coupe du Monde ? Sachant que le coût moyen du billet sera de 109 euros. Le plus élevé (finale en première catégorie) s’élevant à 670 euros et le moins onéreux à 15 euros (match de poule en dernière catégorie). Ce qui est moins cher qu’en Allemagne en 2006. Moins cher en valeur absolue car en valeur relative, en tenant compte des salaires les plus bas, le prix est exorbitant. Un ouvrier sud-africain gagne, en effet, autour de 230 € par mois. Anticipant les risques de contestation, les organisateurs ont cependant décidé de ventiler gratuitement 120 000 billets de dernière catégorie, soit 4 % des 3 millions de billets émis, aux « supporters de football défavorisés » (40 % de la population). Comment seront-ils choisis, sur quels critères de pauvreté ? Rien n’a été annoncé à ce sujet. On sait juste que les sponsors de l’épreuve seront associés à la communication organisée autour de l’opération.

À qui profite la coupe ?
La dernière Coupe du Monde a généré 20 millions d’euros de profit pour les organisateurs allemands. Rien ne permet de dire qu’une telle marge sera engrangée en Afrique du Sud. Mais plusieurs indicateurs montrent que cet argent ne sera vraisemblablement pas distribué à ceux qui en ont besoin. Les personnes atteintes du Sida par exemple. De même, la requalification des quartiers entourant les stades ne bénéficiera pas aux anciens résidents mal logés, mais à la classe moyenne désireuse d’investir ces espaces. Reste que les différents chantiers ont donné du travail à de nombreux ouvriers qui retrouveront le chômage une fois les ouvrages réalisés. Comme le dit Michael Brand, fondateur de l’association Tembeka, « C’est une bonne initiative mais nous aurions besoin de beaucoup de coupes du monde pour changer durablement les choses. » (Dailymotion : Coupe du monde : une chance pour tous ?)

Échec ou réussite ? Question d’indicateur
Comment mesurer le succès de la prochaine Coupe du Monde ? En comptant la progression des achats de téléviseurs (+16 % en 1998 en France), le montant total de la vente des droits de retransmission par la FIFA (1 milliard d’euros en 2006), ou le niveau d’investissement des sponsors internationaux (600 millions d’euros en 2006). Tout cela semble bien éloigné des Sud-Africains. Peut-être faudrait-il plutôt évaluer le bonheur collectif (1 million de personnes sur les Champs-Élysées après la victoire en finale de l’équipe de France) ? Hélas, l’équipe nationale n’est pas en grande forme… On voit vite la limite de tels indicateurs. Certaines voix ont essayé de faire entendre que la Coupe du Monde ne serait une réussite que si elle était accompagnée d’initiatives locales et collectives, culturelles et sociales, permettant aux citoyens de la nation arc-en-ciel d’affirmer leur identité nouvelle. Elles devront probablement s’inventer toutes seules et ne compter que sur elles-mêmes car pour les acteurs du sport-business-spectacle (pourtant grands consommateurs de bénévoles !), lesdites « initiatives » ne promettent aucun retour sur investissement immédiat.

L’Ubuntu pour mascotte
Associée à chaque mondial, une mascotte à la symbolique lourdement appuyée, destinée à envahir les boutiques de souvenir sous forme de peluches fabriquées à très bas coût en Chine et dont la revente enrichit l’entreprise qui a eu les moyens d’en négocier les royalties avec la toute puissante FIFA. La Coupe du Monde 2010 n’échappera pas à la règle. Elle aurait pu s’en passer, mettre le symbole de l’Ubuntu : un réseau de bras et de mains qui se tiennent et se soutiennent. L’Ubuntu est un concept hérité de la philosophie des tribus d’Afrique australe dans laquelle la solidarité d’une communauté (on n’est rien sans les autres ; chacun, même le plus petit est important) est essentielle. L’archevêque anglican et prix Nobel de la Paix Desmond Tutu, – qui utilisa le concept pour forger un outil antiapartheid – y ajouta une dimension de dignité humaine : si un membre de la communauté souffre, c’est toute la communauté qui souffre. Il est aujourd’hui repris par les militants des ONG sud-africaines qui combattent les inégalités et luttent pour réajuster le partage des richesses.

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