CCFD-Terre Solidaire

Publié le 2 avril 2007

Samba Sylla, France-Mali

Le développement a besoin des émigrés. Il faut inscrire la migration dans une perspective de solidarité entre l’Afrique et la France.

Il faut cesser d’opposer émigration et développement

Il faut cesser d’opposer émigration et développement. Au contraire, je crois qu’en s’inscrivant dans une démarche globale, une démarche citoyenne qui intègre à la fois l’Afrique et la France, l’émigration est un formidable facteur de développement.

Les immigrés contribuent au développement de la France

D’abord, il ne faudrait jamais oublier que les immigrés ont une double appartenance. En France, ils travaillent, paient des impôts, consomment… Ils contribuent ainsi au développement de ce pays et doivent donc être considérés comme des citoyens avant d’être des immigrés. Ensuite, ils répartissent leur argent entre leur bien-être ici et leur famille, restée en Afrique. Ils contribuent donc aussi au développement de leur pays d’origine. Les migrants sont ainsi des agents économiques dans les deux espaces.

Grâce à cette double appartenance, les migrants sont de formidables ambassadeurs, des ponts reliant les deux côtés de la Méditerranée. C’est un atout extraordinaire pour monter des projets de développement efficaces. Les associations d’immigrés peuvent mettre en contact les collectivités locales françaises et africaines et faire émerger des projets intelligents et bien financés. Dans cette perspective, le mouvement de décentralisation engagé depuis 2000 dans les pays du bassin du fleuve Sénégal est une formidable opportunité.

Tout le monde est gagnant
A titre d’exemple, les Maliens de la commune de Versailles ont monté un projet de développent local avec la commune de Goumera. Puis, ils ont pris contact avec la ville de Versailles qui a accepté d’en financer la partie qui lui semblait la plus pertinente. Sans les migrants, le rapprochement entre les deux communes n’aurait pas eu lieu. Aujourd’hui, tout le monde est gagnant dans l’affaire : les habitants Goumera ont pu améliorer leur gestion des déchets et de l’eau ; les migrants de Versailles sont mieux intégrés dans leur nouvelle ville car ils connaissent maintenant les autorités locales ; la commune de Versailles sait qu’elle finance un projet de coopération décentralisée efficace et bien géré car il a été monté par des ressortissants du pays.

Propos recueillis par Séverin Husson.
Paris, le 16 mars 2007

Samba Sylla est chargé de mission du programme PIMDERO - Promotion de l’Implication des migrants dans le développement de leur région d’origine - dans le cadre du GRDR, Groupe de recherches et de réalisations pour le développement rural, dont il est un des fondateurs.

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