Publié le 18.07.2006 • Mis à jour le 16.08.2012

Ayyavu Killivalavan, Inde

Plus d’un an après le tsunami de décembre 2005, les Dalits ont difficilement accès à la réhabilitation

Les Intouchables doublement victimes du tsunami

Paris le 27 mars 2006

Après le tsunami, HRFDL a dénoncé la discrimination des Dalits dans la distribution de l’aide humanitaire. La situation a-t-elle changé ?
Juste après le raz-de-marée, les ONG et le gouvernement se sont précipités sur les zones côtières. HRDFL aussi. Nous avons aidé toutes les communautés, sans discrimination. Puis, nous avons réalisé que les ONG et le gouvernement discriminaient les Dalits. La nourriture cuisinée n’était distribuée qu’aux pêcheurs. Des restes qui se perdaient n’étaient même pas donnés aux Dalits.

Nous avons donc concentré nos efforts sur l’aide aux Intouchables. Dès que nous leur avons amené des approvisionnements, des pêcheurs ont prétendu que les Dalits n’étaient pas affectés par le tsunami. Or, des Dalits vivaient dans des zones côtières où les pêcheurs étaient les propriétaires des bateaux. S’ils ne pêchaient pas, ils occupaient d’autres petits métiers liés à la pêche. Avant le tsunami, les pêcheurs avaient reconnu les Dalits comme des travailleurs du secteur. Après, ils ne les reconnaissaient plus, cherchant à tout recevoir.

Le gouvernement discrimine-t-il encore ?
Le gouvernement a annoncé la gratuité de l’école pour les victimes du tsunami. Mais les écoles n’acceptent pas les Dalits comme victimes du tsunami. Le gouvernement ne fait rien pour les Dalits. Il discrimine toutes les minorités, même les musulmans.

Nous avons participé à une audience publique sur la réhabilitation et les discriminations en août 2005 à Chennai. 24 victimes on été entendues. Certaines ont rapporté ces discriminations. Mais les autorités ont dénigré les faits. On a reproché à HRFDL d’exagérer.

Les Dalits ont-ils été relogés correctement ?
Beaucoup de survivants du tsunami sont encore hébergés dans des camps et vivent dans des conditions difficiles. Les pêcheurs ont obtenu des maisons provisoires en bois. Certains ont déjà des maisons définitives en dur. Mais rien pour les Dalits. Dans le district de Cuddalore, au village de Devanampattinam, 750 maisons ont été construites par une organisation. A proximité, pourtant, 67 familles Dalits vivent dans des huttes de pauvre condition. Nul part, le gouvernement ou les ONG n’ont fait de maisons pour les Dalits. Ils ne leur proposent pas non plus de moyens de vivre alternatifs, se concentrant sur les pêcheurs.

Les Dalits ont-ils retrouvé une activité ?
La pêche a recommencé. Mais les Dalits ne peuvent pas tant s’investir dans cette activité, car les pêcheurs les en empêchent. Ils cherchent du travail dans la construction ou l’agriculture. HRFDL a organisé un programme « argent contre travail » dans deux districts. Contre des travaux de réparation ou de replantation, nous offrons100 roupies par jour.

Dans notre pays, il y a des discriminations au travail entre hommes et femmes. Mais ce programme emploie aussi bien des personnes des deux genres. Au début, les hommes Dalits n’acceptaient pas cette idée. Puis nous avons expliqué et appliqué cette égalité.

L’agriculture peut-elle pourvoir du travail ?
Des terres côtières ne peuvent plus être cultivées à cause de la salinité due au tsunami. Les Dalits n’en sont pas les propriétaires : ils étaient ouvriers agricoles. Or, le gouvernement a indemnisé les propriétaires, pas les cultivateurs. Ces propriétaires ont gardé l’argent sans dessaler. La terre doit être dessalée parce que les Dalits vivent en cultivant. 80% des Dalits sont ruraux.

Ailleurs, dans les zones non touchées par le tsunami, les emplois agricoles se réduisent aussi à cause de la mécanisation. Nous pensons que l’agriculture biologique doit être développée pour préserver la fertilité de la terre et fournir des emplois. Des Dalits feront le compost. Le travail s’étalera toute l’année en leur assurant la sécurité alimentaire.

Propos recueillis par Cécile Raimbeau

Ayyavu Killivalavan est un coordinateur du Forum des droits humains pour la libération des Dalits (HRDFL).
Il fédère 214 associations de défense des Intouchables dans le Tamil Nadu, un État affecté par le tsunami.

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