Prix Photo : Lalo de Almeida, le réchauffement de l’Amazonie
Avec sa série documentaire au long cours Climate Change in the Amazon, le photographe brésilien Lalo de Almeida capture le réchauffement de l’Amazonie et ses conséquences bien concrètes sur les populations locales. Il est l’un des 5 lauréats de la seconde édition du Prix Photo CCFD-Terre Solidaire « Voir le monde en face ».
Du 3 au 26 octobre 2025, venez découvrir le travail de Lalo de Almeida au Point Ephémère à Paris lors de l’exposition du Prix Photo CCFD-Terre Solidaire. La soirée d’inauguration aura lieu le vendredi 3 octobre en présence d’une partie des photographes lauréats. ☞ En savoir plus
Lalo de Almeida : « En quinze années de reportage, je n’avais jamais vu ça : des étendues de sable à la place des rivières, des paysages ressemblant, vus du ciel, au Sahara. En 2023 et 2024, l’Amazonie a connu des périodes de sécheresse historique. Les lits des fleuves Madeira et Amazone se sont asséchés. Et tout autour, la vie s’est arrêtée.
Mon histoire avec l’Amazonie remonte à 2009. À cette époque, j’étais photojournaliste pour le quotidien de référence Folha de S.Paulo. Un jour, la rédaction m’envoie à Altamira, une ville au milieu de l’Amazonie, pour couvrir les consultations populaires organisées par l’État au sujet de la construction du barrage de Belo Monte sur la rivière Xingu. Ce reportage a été le point de départ d’un vaste projet personnel sur l’exploitation de la forêt amazonienne, Amazonian Dystopia, pour lequel j’ai photographié de nombreuses infrastructures, dont cette centrale hydroélectrique, mais aussi des routes, des mines… Ainsi que les ravages de la déforestation.
Depuis l’arrivée des Européens au Brésil, l’Amazonie a toujours été perçue comme une source inépuisable de matériaux rares, de minerais, d’or, de bois… Au fur et à mesure de mes séjours sur place, je me suis rendu compte que ce modèle d’exploitation à outrance génère un cercle vicieux : plus l’Amazonie est exploitée, plus cela provoque de la pauvreté et de la violence, ce qui induit encore plus d’exploitation. Comment arrêter la déforestation, si on ne s’attaque pas à la pauvreté ? Comment résoudre le problème de la violence, si les populations locales n’ont pas de quoi se nourrir autrement qu’en pratiquant des activités illégales, mais rémunératrices ?
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Climate Change in the Amazon est le dernier volet de ce travail au long cours. Il se concentre sur cet autre mal qui frappe les populations locales : les conséquences du réchauffement climatique. Car les épisodes de sécheresse que connaît l’Amazonie aujourd’hui sont une conséquence directe de ce que je documente depuis 2009 : la marche forcée vers l’industrialisation et la consommation, le modèle d’exploitation qui s’est imposé en Amazonie… Tout cela a une incidence sur le réchauffement de la planète. Et les changements climatiques actuels risquent de conduire à l’extinction d’un mode de vie ancestral.
La relation à la nature est essentielle pour les communautés traditionnelles d’Amazonie. Elles se sont toujours adaptées aux cycles naturels, et sont les garantes de la préservation de la forêt. À présent, la plupart d’entre elles sont devenues dépendantes des distributions d’eau potable et de nourriture organisées par les agences gouvernementales. La culture du manioc, pourtant très répandue, est devenue impossible, car qui peut prédire quand la pluie viendra ?
Sans eau, les peuples indigènes, riveraines et quilombolas (afrodescendant·e·s) sont complètement isolés, perdus. Ils ne peuvent plus circuler, accompagner leurs enfants à l’école ou transporter les personnes âgées quand elles ont besoin de soins médicaux. Ils ne peuvent plus pêcher pour se nourrir ni pour gagner de l’argent. Ils ne peuvent plus se rendre dans les villes alentour, pour s’approvisionner ou pour vendre leurs marchandises. J’ai vu des gens quitter leur village, leur ferme, pour aller vivre plus proche des villes. Plus personne n’a plus de repaires. Tout le monde se demande de quoi demain sera fait.
Grâce au Prix Photo CCFD-Terre Solidaire, je souhaite poursuivre ce travail en témoignant de ce que ces communautés traditionnelles endurent, mais aussi de ce qu’elles inventent pour s’adapter et tenter d’échapper à la grande menace du réchauffement climatique. »
Propos recueillis par : Alexandra Nawawi
Photos : Lalo de Almeida
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