Dans l’œil de… Ysé, sur la route des Balkans
Il y a quelques mois, Ysé El Bouhali Bouchet, chargée de plaidoyer migrations internationales, est partie en Serbie et en Bosnie-Herzégovine en compagnie de deux collègues du CCFD-Terre Solidaire, Charlotte Bertal Nasser et Emilie Pesselier, toutes deux chargées de mission. Elles y ont rencontré plusieurs de nos partenaires et alliés. Avant leur départ, nous leur avions confié un appareil photo jetable.
« Dans l’œil de » est une série du CCFD-Terre Solidaire. Égypte, République Dominicaine, Serbie… Nos salariés parcourent le monde pour rencontrer nos partenaires et porter nos combats pour la solidarité internationale. A travers leurs clichés spontanés, pris à l’appareil photo jetable, ils et elles vous emmènent découvrir l’envers du décor. ☞ Découvrez tous les épisodes
Ce n’est pas la première fois qu’Ysé se rend dans les Balkans, une région qu’elle apprécie tout particulièrement. Mais c’est la première fois qu’elle le fait en tant que chargée de plaidoyer du CCFD-Terre Solidaire. Avec ce déplacement et la rencontre des partenaires locaux de l’ONG, elle souhaitait mieux comprendre la situation des personnes migrantes dans la région, ainsi que les traductions concrètes de la politique migratoire européenne sur ce territoire.
D’ailleurs, l’itinéraire qu’ont emprunté Ysé, Charlotte et Emilie est très similaire à celui que parcourent les personnes migrantes qui traversent les Balkans pour tenter de rejoindre l’Union européenne, dans l’espoir d’une vie meilleure.
2 pays candidats à l’Union européenne
La Serbie et la Bosnie-Herzégovine sont toutes deux candidates à l’entrée dans l’Union européenne (UE). Historiquement dépourvues de politique migratoire et longtemps pays de transit, elles doivent désormais se conformer aux exigences de Bruxelles.
Entre 2021 et 2024, l’UE a ainsi augmenté de 60 % les financements octroyés aux pays des Balkans pour la gestion de leurs frontières et de la politique migratoire. Ces financements atteignent désormais plus de 350 millions d’euros. L’objectif est clair : couper la route des Balkans pour diminuer les entrées sur le territoire européen. Et cela se fait au prix des droits des personnes migrantes.
Même si depuis plusieurs années, cette route est moins empruntée, elle reste particulièrement dangereuse pour les personnes exilées.
☞ Lire aussi : Opinion : Externalisation des frontières, le jeu dangereux de l’Union européenne
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L’invisibilisation des personnes migrantes
Charlotte, Emilie et Ysé ont commencé leur itinéraire par Belgrade, la capitale de la Serbie, installée sur les bords du Danube et de la Save.
C’est là qu’elles ont rejoint les membres de notre organisation partenaire Klikaktiv. Depuis une dizaine d’années, Klikaktiv offre aux personnes exilées un accompagnement juridique et psychologique.
Avec eux, elles se sont rendues à la frontière entre la Serbie et la Bosnie, au niveau de Loznica, Klikaktiv étant l’une des rares associations à intervenir dans cette zone. Elles ont notamment visité un ancien squat dans lequel s’abritaient de nombreuses personnes exilées.
C’est un endroit qui est gigantesque. C’est une ancienne usine qui s’étend sur 3 ou 4 kilomètres, qui est complètement à l’abandon et envahie par la végétation. Ce n’est plus du tout utilisé, car les personnes sont beaucoup plus “cachées” aujourd’hui.
Ysé El Bouhali Bouchet, chargée de plaidoyer migrations internationales au CCFD-Terre Solidaire
Désormais à l’abandon, ce squat est le témoin d’un phénomène à l’œuvre depuis un certain temps. A mesure que l’Europe forteresse se referme sur elle-même, les personnes en transit sont de plus en plus invisibilisées pour ne pas risquer d’être refoulées voire arrêtées. Elles sont bien souvent hébergées dans des appartements privés et cachées jusqu’au moment où elles tentent de passer la frontière.
Les conséquences de cette invisibilisation sont lourdes car les associations ont beaucoup de mal à entrer en contact avec elles. Or, les besoins de ces personnes sont immenses : en termes de soin, de santé mentale, d’assistance juridique… Cela les plonge dans une situation encore plus précaire et vulnérable.
Cette invisibilisation est telle que même pendant leur voyage, Ysé et ses collègues n’ont rencontré que très peu de personnes exilées. Difficile alors de pouvoir documenter la situation et de recueillir des témoignages.
☞ Lire aussi : Serbie : Aux frontières de l’Union européenne, l’invisibilisation des personnes migrantes
Prendre soin des morts et des disparus
Avec Klikaktiv, Charlotte, Ysé et Emilie ont visité plusieurs cimetières dans lesquels des personnes décédées sur le chemin de l’exil ont été enterrées, en général dans un coin un peu à l’écart des autres sépultures. Les tombes sont sommaires, les enterrements n’étant pas pris en charge par l’Etat serbe.
Le contraste était saisissant entre ces tombes très impersonnelles et basiques et les récits de nos partenaires qui connaissaient ces personnes ou avaient été en lien avec leurs familles. Klikaktiv n’est pas spécialisé sur le sujet des morts et des disparus aux frontières, mais lorsqu’on travaille sur le sujet des migrations, on finit toujours par se pencher sur cette problématique car personne d’autre ne le fait.
Après la Serbie, Emilie, Charlotte et Ysé se sont rendues en Bosnie Herzégovine, d’abord à Tuzla, première ville après la frontière serbo-croate, puis à Banja Luka et enfin à Bihać, aux portes de la Croatie et donc de l’Union européenne.
En Bosnie, elles ont rencontré plusieurs structures de la société civile, engagées elles aussi pour venir en aide aux personnes migrantes.
A Tuzla, elles ont ainsi rencontré Nihad, un militant bosnien très impliqué sur le sujet de la Mémoire. Celle de l’histoire récente de la Bosnie-Herzégovine, mais aussi celle des personnes mortes ou disparues sur le chemin de l’exil.
Au moment de la photo, Nihad était sur le point d’ouvrir un accueil de jour. Son projet consiste à créer un espace de rencontre entre les personnes migrantes et les habitants.
Sur cette photo, Emilie et Charlotte sont en pleine séance de travail dans un petit café à Bihać, à la frontière entre la Bosnie et la Croatie. Ce même jour, elles ont aussi rencontré Dani, une infirmière bénévole qui apporte des soins aux personnes migrantes grâce à son association.
“Dans ce qu’elle nous racontait, on sentait l’inadéquation entre les besoins et les moyens disponibles. Les personnes bénévoles font ce qu’elles peuvent pour apporter de l’aide aux personnes exilées, mais avec des moyens dérisoires car l’Etat bosnien n’apporte aucune aide.”
En parcourant la Serbie et la Bosnie à la rencontre de nos partenaires, Ysé, Emilie et Charlotte ont pu mesurer ce que signifient concrètement les politiques migratoires européennes : des personnes rendues invisibles, parfois criminalisées, souvent refoulées. Mais cela leur a aussi permis de voir l’autre côté, celui d’une société civile qui résiste, en maintenant des espaces d’accueil et de solidarité.
L’épisode précédent
Dans l’œil de… Kathia et Martin, à la rencontre de nos partenaires mexicains qui se réinventent
Kathia et Martin travaillent au service Amérique Latine du CCFD-Terre Solidaire. Ils sont allés récemment au Mexique pour rendre visite à nos partenaires. Un an après l’élection de Claudia Sheinbaum, première femme présidente du pays, suivie de près par la réélection de Donald Trump, c’était aussi l’occasion de prendre le pouls du pays.
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