Dans l’œil de… Charlotte, le théâtre comme outil d’émancipation en Egypte

Publié le 12.03.2026

Il y a quelques mois, Charlotte est allée en Egypte. Dans le premier épisode de cette série, elle nous a raconté sa visite aux partenaires gazaouis du CCFD-Terre Solidaire, en exil dans le pays. Dans ce second et dernier épisode, elle nous partage un autre moment fort de ce voyage, lorsqu’elle a participé à une représentation de théâtre pas comme les autres, organisée par l’un de nos partenaires égyptiens. Découvrez les coulisses de cette soirée grâce à ses photos prises à l’appareil photo jetable.

« Dans l’œil de » est une série du CCFD-Terre Solidaire. Égypte, République Dominicaine, Serbie… Nos salariés parcourent le monde pour rencontrer nos partenaires et porter nos combats pour la solidarité internationale. A travers leurs clichés spontanés, pris à l’appareil photo jetable, ils et elles vous emmènent découvrir l’envers du décor. Découvrez tous les épisodes

Partenaire historique du CCFD-Terre Solidaire, El Nahda est un centre culturel jésuite basé au Caire, dans le quartier populaire de Fagala. Il possède une bibliothèque, une école de cinéma d’animation, un ciné-club et… une école de théâtre de rue ! El Nahda encourage l’intégration des jeunes marginalisés dans la société égyptienne via de nombreuses activités et des formations qui leur permettent de s’exprimer librement.

J’ai profité de mon séjour en Egypte pour assister aux spectacles qui clôturaient la formation de théâtre. J’en ai vus deux, de très bonne qualité !

Charlotte Massardier, chargée de mission au CCFD-Terre Solidaire
Photos prises lors des représentations de fin de formation

Levée de rideau sur la crise du logement en Egypte

Le premier spectacle avait comme trame de fond une problématique commune en Egypte : celle des difficultés à se loger, notamment pour un couple récemment marié.

Selon ONU-Habitat, le problème du logement est “l’un des problèmes les plus urgents auxquels sont confrontés les programmes de développement en Égypte.” Cela s’explique notamment par la croissance démographique, l’exode rural et le coût des logements. Il est donc difficile pour beaucoup d’Egyptiens et d’Egyptiennes de se loger dans de bonnes conditions et à des prix convenables.

Au moment du déplacement de Charlotte en Egypte, un projet de loi était en discussion. Ce texte qui a depuis été adopté prévoit la fin du système des “anciens loyers”, qui avait permis le gel des loyers depuis plusieurs décennies, les rendant particulièrement bons marchés par rapport au coût de la vie actuelle en Egypte.

Jusqu’à cette loi, un million et demi de foyers égyptiens bénéficiaient de loyers très faibles en raison de baux transmis de génération en génération, des types de contrats apparus au 20e siècle pour protéger les locataires des hausses de loyer.

Certains loyers étaient gelés depuis 50 ans, ce qui n’était pas très raisonnable pour les propriétaires. Mais une hausse brutale des loyers pourrait avoir des conséquences désastreuses dans un pays où les prix ne cessent d’augmenter. Il y aura probablement des expulsions !

Le vivre-ensemble monte sur les planches

La deuxième pièce à laquelle a assisté Charlotte abordait également un sujet sensible en Egypte, celui des migrations. L’Egypte est en effet un pays d’émigration, mais aussi d’immigration.

105

millions de personnes habitaient en Egypte en 2023

14

millions d’Egyptiens vivaient à l’étranger à la même époque

L’Egypte occupe une place importante sur la rive sud de la Méditerranée. Elle partage ses frontières avec plusieurs pays secoués par les crises et les guerres, comme la Palestine, la Libye et le Soudan. En raison de la guerre qui fait rage dans leur pays, plus d’un million de demandeurs d’asile et de réfugiés ont ainsi trouvé refuge en Egypte, selon l’ONU, dont une majorité de soudanais.

Comme beaucoup de personnes exilées en Egypte, ils font l’objet de discriminations dans l’accès au travail et aux services publics. C’est également le cas des Palestiniens qui ont fui Gaza et se retrouvent dans une situation de très grande précarité en Egypte, ne pouvant accéder à des titres de séjour, ni à un enregistrement comme demandeur d’asile auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés.

☞ Lire aussi : Dans l’œil de… Charlotte, à la rencontre de nos partenaires palestiniens en Egypte

Beaucoup de personnes étrangères qui se trouvaient en Egypte essayent désormais de quitter le pays pour échapper à une vie précaire et incertaine. C’est aussi le cas de nombreux Egyptiens, alors qu’en 2023 60 % de la population égyptienne vivait sous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté, selon la Banque mondial. En 2024, l’Union européenne et le gouvernement égyptien ont conclu des accords d’externalisation pour que les garde-côtes retiennent les personnes migrantes en Egypte.

La formation de théâtre dispensée par El Nahda, que le CCFD-Terre Solidaire finance, dure 2 ans et demi. Elle s’adresse à 25 jeunes de diverses origines, issus des quartiers populaires ou des zones rurales défavorisées, réfugiés ou demandeurs d’asile. Elle leur offre un cursus complet qui leur permet de s’intégrer dans la société. Grâce à cette formation, plusieurs jeunes ont même créé leurs propres troupes de théâtre.

Une élève d’El Nahda en pleine session de hula hoop. Les élèves n’apprennent pas seulement le théâtre, mais aussi à faire des acrobaties, l’art du clown…

Un lieu d’échange et de partage

Les personnes qui dispensent la formation d’El Nahda apportent une vraie vision politique au théâtre, qui se rapproche du Théâtre de l’Opprimé. Faire un théâtre qui parle aux gens, qui résonne avec leur quotidien, où les spectateurs peuvent participer, tel est le but de cette forme théâtrale. Alors que le théâtre est souvent réservé à une élite, El Nahda fait en sorte que des Egyptiens de milieu défavorisé et des demandeurs d’asile puissent suivre la formation. La gageure : permettre à des personnes très différentes, du moins en apparence, de se côtoyer et de créer ensemble.

C’est rare qu’il y ait des échanges aussi sincères entre des communautés de demandeurs d’asile et des Egyptiens. En général, les activités créées à destination des personnes réfugiées ne sont fréquentées que par ces dernières. J’ai habité trois ans en Egypte et c’est l’un des seuls espaces où j’ai vu des personnes égyptiennes et réfugiées passer du temps ensemble, devenir amies.

Pourquoi nos chargés de mission se déplacent-ils ? Même si les salariés du CCFD-Terre Solidaire mènent la grande majorité de leurs missions depuis la France (c’est l’une des spécificités de notre ONG, nous n’employons pas d’expatriés), ils et elles sont amenés à se déplacer régulièrement à l’étranger. Pourquoi ? Car suivre les projets de nos associations partenaires en étant 100% à distance est très compliqué. Comme l’explique Charlotte, qui travaille avec les partenaires égyptiens et palestiniens du CCFD-Terre Solidaire, se tenir au courant des contextes depuis la France, ce n’est pas la même chose que de vivre sur place : “Aller sur place, parler à des Egyptiens dans la vie de tous les jours, me permet d’avoir une meilleure compréhension du contexte, des contraintes, des changements difficilement perceptibles depuis la France. C’est indispensable pour accompagner au mieux nos associations partenaires.”

L’épisode précédent

Dans l’œil de… Milah, une plongée brutale dans la vie de la communauté haïtienne en République dominicaine

Il y a quelques mois, Milah Wainer a passé deux semaines en République dominicaine, à la rencontre de nos partenaires sur place. Elle fait le point en images sur la situation des Haïtiens et Haïtiennes dans le pays.

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