Bombardements à Gaza : témoignage d’une « nuit difficile »

Publié le 12.05.2021 Mis à jour le 19.05.2021

Alors que les tensions entre Israël et la Palestine s’intensifient, la bande de Gaza a été le théâtre de violents bombardements dans la nuit du 11 mai. Familles, femmes et enfants sont en première ligne, victimes de cet embrasement qui laisse craindre une guerre à grande échelle. Découvrons le témoignage d’une voix Gazaouie.

Bombardements à Gaza © We are not numbers
Bombardements à Gaza © We are not numbers

Retrouvez le témoignage en anglais : One tough night in Gaza

« Une nuit difficile »

Six personnes sont assises dans le salon. Chacun, son téléphone à la main et les écouteurs dans les oreilles, suit les nouvelles de Gaza et de Jérusalem. La question la plus urgente qui se pose : où est-ce que la prochaine bombe va-t-elle frapper ? Nous pouvons sentir la maison trembler.

À minuit, le ciel devient rouge et ma mère nous demande nerveusement d’enlever nos écouteurs. Face à notre hésitation, elle panique et crie : « Enlevez-les maintenant ! » Elle a peur que le "son stéréo" - le hurlement des nouvelles et le boum des bombes - ne nous abîme les oreilles. Désormais, nous-mêmes alarmés, nous obéissons en nous regardant en silence les uns les autres.

Ma jeune sœur, Nesma, qui est avocate, suggère que nous allions tous nous allonger, à l’abri de la vue du dehors, car la lumière des obus se reflète sur la maison de notre oncle, juste à côté. Quelques secondes plus tard, nous sentons à nouveau la maison trembler, et cette fois-ci, les fenêtres et les portes entrent dans la danse.

Quinze minutes plus tard, tout est redevenu calme bien que nous puissions encore entendre les drones. Nesma propose de nous faire du thé et je lui dis que je vais nous choisir une musique agréable pour étouffer le bruit des bombardements. Nous aussi, nous avons besoin de nous calmer.

Si l’occupation israélienne nous a bien appris quelque chose, c’est de cacher nos peurs

Je mets une chanson d’amour d’Oum Kalthoum, une chanteuse égyptienne emblématique. Mon père se mets à chanter ! « Oh, mes petites filles, vous m’avez rappelé les beaux jours heureux », dit-il. Ma mère sourit à la lecture de son livre.

Puis, les bombardements s’accélèrent. Épuisée, ma mère essaie de dormir un peu, mais elle n’y arrive pas. Elle s’inquiète pour nos voisins qui ont perdu leur mère il y a quelques jours de la COVID-19. Elle appelle les filles et discute avec elles pour qu’elles n’aient pas trop peur. Mais nous avons tous peur.

Pourtant, si l’occupation israélienne nous a bien appris quelque chose, c’est de cacher nos peurs. La panique est contagieuse.

C’est une longue nuit difficile. Nous ne pouvons pas dormir. Juste avant l’aube, nous avons notre suhur : le repas que les musulmans prennent pendant le Ramadan avant de commencer le jeûne pour la journée. Cette fois, il n’y a que des dattes, du fromage et du thé. En raison des bombardements, c’était risqué d’aller au marché. (Nous allons acheter de la nourriture tous les jours car les fréquentes coupures de courant de ces jours-ci rendent la réfrigération difficile).

Mon corps est si froid. Je ne sais pas pourquoi. Il fait chaud, et pourtant, je frissonne. Peut-être, c’est parce que je réprime mes inquiétudes et mes peurs. Je me couvre de vêtements, mais cela ne m’est d’aucun confort.

Je me sens enfin en paix, mais pas en sécurité

Je vais voir ma mère et je l’embrasse. Je me sens enfin en paix, mais pas en sécurité.

Je me mets au travail. Je réorganise d’abord ma chambre pour que mon lit soit au milieu, loin du verre qui pourrait voler si les fenêtres se brisent. J’ouvre également la fenêtre et la porte, pour diminuer la pression de l’air et réduire les risques d’être blessée par des débris. Et comme je suis fan des tasses que mes élèves me donnent en cadeau, je les enlève de l’étagère pour éviter qu’elles ne tombent et se cassent. Maintenant, peut-être que ma chambre va « survivre ».

Alors je choisis des films, de la musique et des livres qui pourront occuper nos journées si les attaques continuent. J’appelle aussi mes amis et je m’arrange pour créer des « réunions » sur les réseaux sociaux afin que nous puissions avoir des « soirées pyjama » virtuelles. J’appelle également ma sœur, mariée et mère d’un adorable nouveau-né qui n’a jamais entendu le bruit des bombardements auparavant. Je veux m’assurer qu’elle et son fils, Ibrabim, vont bien. Au moins, il est trop jeune pour comprendre ce qu’il se passe.

Enfin, et c’est très important, je m’engage à éviter de regarder toutes les photos et vidéos des bombardements et des cadavres. C’est ma façon de me protéger des mauvais rêves qui m’ont hanté pendant les précédentes guerres.

Et pourtant, je sais que je ne peux pas les ignorer. Je suis encerclée.
Priez pour nous !

Par Mona Aimsaddar

Ce témoignage a été publié originalement par We Are Not Numbers, partenaire du CCFD-Terre Solidaire.
Sur ce partenaire lire également notre portrait croisé : Le quotidien de Gaza raconté en hébreu par deux passeurs d’humanité
Appel à action pour mettre fin aux expulsions de familles palestiniennes à Jérusalem-Est

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