©Alexandre Larcan

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Carnet de route : au Mozambique, un projet de barrage menace la survie des communautés locales

Publié le 15.10.2025| Mis à jour le 21.10.2025

Il y a quelques mois, Clara Alibert et Charlotte Kreder du CCFD-Terre Solidaire se sont rendues au Mozambique à la rencontre de notre partenaire Justiça Ambiental! (JA!) et des populations affectées par le projet de méga-barrage hydroélectrique Mphanda Nkuwa. Dans leur carnet de route qu’elles partagent ici avec vous, elles témoignent à la fois des inquiétudes des personnes rencontrées face à un projet qui mettrait en péril leur mode de vie, mais aussi des résistances qui se mettent en place.

Le projet “Mphanda Nkuwa” sur le fleuve Zambèze au Mozambique prévoit la construction d’un méga-barrage hydroélectrique de 6,4 milliards de dollars avec une mise en service prévue en 2031. Jusqu’à 350 000 personnes pourraient être affectées tant elles dépendent du fleuve pour assurer leur sécurité alimentaire. Parmi les membres du consortium se trouvent deux entreprises françaises : EDF et TotalEnergies. Dans un rapport inédit, JA!, le CCFD-Terre Solidaire et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits humains (ECCHR) montrent que le consentement des populations locales n’a pas été recueilli contrairement à ce qu’exige le droit international. Pire encore, le projet s’accompagne d’un climat de répression instauré par les autorités locales : pressions, détentions, menaces et restrictions de la liberté d’expression, qui alimentent un sentiment de peur et d’injustice. Le projet Mphanda Nkuwa illustre tragiquement une dérive de la transition énergétique : au lieu d’offrir un modèle juste et inclusif, il perpétue des logiques extractivistes et de dominations héritées du passé.  En savoir plus

« Nous sommes prévenus : ici, le réseau téléphonique s’arrête. Nous sommes encore à 1h30 de notre destination finale et empruntons des chemins sinueux pour arriver à Chirodzi-Nsanangue. Nous voici enfin, face au fleuve Zambèze dont nous avons tant entendu parler. Alexandre a hérité de l’art de la pêche de son père. Il reste le seul pêcheur vivant de sa famille et en est fier. Il nous accueille avec dynamisme. Sa mère, Avó Dodina, doyenne de la communauté et gardienne de la mémoire des peuples, nous salue à son tour et nous annonce : « Ici, la vie est rythmée par le fleuve ».  

On nous a également promis, le soir venu, de nous raconter les croyances séculaires liées à ce fleuve mythique, où crocodiles et esprits occupent une place importante. 

©Alexandre Larcan
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Nous passerons une semaine à camper sur le rivage pour comprendre la résistance qui s’est développée dans les différentes communautés locales contre le projet de méga-barrage de Mphanda Nkuwa. 

Une semaine d’échanges avec des centaines de personnes issues de quatre communautés locales, pour comprendre un projet qui est aujourd’hui porté par un consortium d’entreprises publiques et privées dont les entreprises françaises Electricité de France (EDF) et TotalEnergies.  

©Alexandre Larcan
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Assis au sol sur une natte, Chauque et Latifo – tous deux membres de l’organisation Justiça Ambiental (JA !) –  Latifo étant également originaire de la communauté voisine de Chacocoma et vivant actuellement à Chirodzi-Nsanangue – dessinent une carte. Nous y voyons le fleuve bien sûr et, sur ses rives, la délimitation des villages où vivent les différentes communautés. Si le mégaprojet se concrétise, ce sont près de 100 km² de terres qui seront submergés pour créer un réservoir destiné à alimenter des turbines hydroélectriques. Cela représente une superficie équivalente à celle de la ville de Paris. 

« Au fait, que signifie Mphanda Nkuwa ? » demandons-nous. Latifo s’exclame alors : « Mphanda Nkuwa, c’est le nom de la montagne ! ». C’est dans la vallée de cette montagne que le consortium envisage de construire le barrage. 

Lorsque nous faisons nos premiers pas dans le village de Chirodzi-Nsanangue Bairro 4, nous prenons pleinement conscience du nombre de familles – et en particulier de jeunes enfants – qui y vivent. En regardant la carte dessinée plus tôt avec nos partenaires et les terres qui seraient submergées par la construction du barrage, il est déjà possible d’imaginer les souffrances que ce projet infligerait à des milliers de personnes. 

La pleine lune se reflète sur la rivière, nous devons retourner au camp, les interviews commenceront le lendemain. » 

1 400

familles, soit plus de 8000 personnes, sont directement menacées de déplacement forcé.

350 000

personnes sont dépendantes du fleuve pour assurer leur sécurité alimentaire.

Texte : Clara Alibert et Charlotte Kreder 

Photos : Alexandre Larcan / CCFD-Terre Solidaire 

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