© Augustin Legall

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Bilan de la COP28 : ce qu’il faut retenir

Publié le 14.12.2023

Avec un Accord historique, mais “insuffisant“ pour garantir la fin des énergies fossiles, la COP28 s’est achevée mercredi 13 décembre à Dubaï après une journée de prolongation. On fait le point sur ce premier Bilan Mondial en “demi-teinte“ avec notre partenaire Mounir Hassine, du Forum Tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), présent à la COP28, et Jean-François Dubost, Directeur du Plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire.

Une “transition“ mais pas de “sortie“ des énergies fossiles

© Photo d’illustration

Après plusieurs jours de négociations houleuses, l’Accord de Dubaï acte un compromis pour une “transition hors des énergies fossiles d’une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l’action dans cette décennie“. Cet accord est inédit, car il nomme pour la première fois, la fin de l’ère des énergies fossiles (responsables de 80 % des émissions de GES). Mais il échoue — malgré les appels d’ONG et de nombreux États — à statuer sur une “sortie“ claire et ambitieuse, pourtant indispensable pour tenir l’objectif de l’Accord de Paris.

“À 20 ans de l’échéance pour la neutralité carbone et au regard du scénario qui parle déjà du dépassement de +1.5°C, on peut considérer que ce n’est pas suffisant“, estime Jean-François Dubost. “Tout l’enjeu maintenant, va être de peser auprès des États, ou de coalition d’États, ou d’organisations comme l’UE, pour que la transition s’accélère et ressemble vraiment à une intention de sortie rapide“.

Autre zone d’ombre, l’Accord laisse la porte ouverte aux technologies de “captage et stockage du carbone“ (CCS), défendues notamment par les pays producteurs de pétrole. Pour Jean-François Dubost, le risque de ces hautes technologiques est qu’elles “n’incitent pas du tout à modifier le mode de consommation et de production d’énergie. C’est aussi important de prendre conscience qu’il doit y avoir une réduction, que de réellement réussir à capter le carbone“.

À 20 ans de l’échéance pour la neutralité carbone et au regard du scénario qui parle déjà du dépassement de +1.5°C, on peut considérer que ce n’est pas suffisant

Jean-François Dubost, Directeur du Plaidoyer

Le fond “pertes et dommages“, une avancée majeure pour la justice climatique

© Augustin Le Gall

La COP28 s’est ouverte sur une bonne nouvelle : la concrétisation du Fonds “Pertes et Dommages“ destiné à soutenir les pays les plus vulnérables à la crise climatique, et pourtant les moins responsables. Ce fonds représente une avancée majeure et saluée pour renforcer les principes de la justice climatique.

Désormais, il faut que les contributions des pays historiquement pollueurs soient à la hauteur face à “l’accentuation des dégâts climatiques“, estime Mounir Hassine. À ce stade, les montants promis s’élèveraient à 655 millions de dollars, alors que les besoins réels des populations des pays vulnérables au changement climatique excéderaient les 580 milliards de dollars annuels1.

Plus d’engagement pour les énergies renouvelables

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Autre point fort de l’Accord, plus d’une centaine de pays se sont engagés à “tripler la capacité des énergies renouvelables au niveau mondial et à doubler le taux annuel moyen mondial d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici à 2030“. Cette avancée encourageante pose toutefois la question du financement de cette transition, qui reste pour l’instant opaque.

Pour Mounir Hassine, il faut aussi porter une vigilance à ce que ces “investissements“ ne “soient pas orientés vers de fausses solutions“ qui répondraient en premier lieu aux “intérêts des investisseurs“. Il rappelle que “tout choix de développement doit inclure une dimension de justice“.

Tout choix de développement doit inclure une dimension de justice.

Mounir Hassine, FTDES

L’alimentation, enfin sur la table des discussions climat

© Roberta Valerio
© Roberta Valerio

La surprise de cette COP, c’est l’introduction par la FAO d’une feuille de route pour “éradiquer la faim sans dépasser la limite de réchauffement à +1.5°C“. Ce plan d’action ambitieux liste de nombreux objectifs, parmi lesquels réduire de 25% des émissions issues de l’agro-industrie d’ici 2030. Cette initiative permet d’introduire la question de l’alimentation et de l’agriculture, généralement laissée pour compte dans les discussions et les financements pour le climat.

Cependant, cette feuille de route manque encore de clarté et de précisions quant aux financements et à la manière de réaliser cette transition. De plus, elle ne semble pas mentionner “la question de l’agroécologie“, remarque Jean-François Dubost.

La société civile sociale face au défilé des lobbyistes

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La COP28 s’est démarquée par le poids important du lobbyisme. D’après une analyse de l’ONG Kick Big Polluters Out, les lobbyistes des énergies fossiles (2.456 accréditations) étaient plus nombreux que les délégations des 10 pays les plus vulnérables au changement climatique2.

C’est un “problème“ qui “pose la question de la place de la société civile dans ces enceintes de décisions internationales et de la difficulté que l’on rencontre face à la surreprésentation et à la survalorisation du secteur privé qui bénéficie d’un accès et d’une participation très facilités“, estime Jean-François Dubost. “L’avenir du multilatéralisme et la représentation des intérêts des populations passent par un encadrement sévère de ces représentants du secteur privé“.

Mounir Hassine regrette que les “intérêts économiques“ aient dominé le débat de l’Accord de Dubaï, au détriment de la justice sociale et environnementale. “Encore une fois, je crois que nous avons laissé le temps s’écouler et que nous n’avons pas réussi à prendre les bonnes décisions pour une transition énergétique immédiate“.

Une COP “silencieuse“ et “contradictoire“

L’interdiction des manifestations aux Émirats Arabes Unies a érigé un obstacle supplémentaire à la représentation de la société civile à la COP28. La Grande Marche civile et la plupart des mobilisations militantes ont été contraintes de se dérouler dans la “Zone Bleue“ limitée et sous contrôle des Nations Unies. “C’est la première fois que j’assiste à une COP aussi silencieuse“, s’indigne Mounir Hassine. Il qualifie ce sommet climat de “contradictoire“ où la “logique“ du pays hôte n’est pas celle de la COP. Il dénonce les “restrictions des libertés“ d’expression et de mobilisation qui ont participé, selon lui, à “marginaliser les sociétés civiles“. Il s’inquiète de voir cette “démarche“ se poursuivre, alors que la prochaine COP29 est attendue en Azerbaïdjan.

Pour conclure, nous ne pouvons lancer de meilleure appel que celui du Pape François adressé à la COP28: “Les changements climatiques mettent en évidence la nécessité d’un changement politique. (…) Adoptons une vision alternative et commune : elle permettra une conversion écologique, car il n’y a pas de changement durable sans changement culturel“.

2D’après une analyse de Kick Big Polluters Out

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