Dans l’œil de… Robin, sur les traces de l’agroécologie au Pérou

Publié le 05.12.2025

Robin Villemaine est chargé de programme TAPSA dans les pays andins, un projet dont le but est de soutenir et de développer l’agroécologie paysanne sur plusieurs continents. Il y a quelque temps, il s’est rendu au Pérou dans le cadre d’un atelier organisé avec les différents partenaires du programme. Il en a profité pour visiter des initiatives de terrain. Juste avant son départ, nous lui avons remis un appareil photo jetable pour qu’il nous partage les coulisses de ce voyage. 

« Dans l’œil de » est une série du CCFD-Terre Solidaire. Égypte, République Dominicaine, Serbie… Nos salariés parcourent le monde pour rencontrer nos partenaires et porter nos combats pour la solidarité internationale. A travers leurs clichés spontanés, pris à l’appareil photo jetable, ils et elles vous emmènent découvrir l’envers du décor. ☞ Découvrez tous les épisodes   

Une semaine d’atelier sur l’agroécologie dans les Andes 

Depuis le lancement de TAPSA en 2018, chaque année ou presque, un atelier collectif rassemble Robin et les différents partenaires andins. Cette année, cet atelier avait lieu au Pérou, sous les auspices de FOVIDA, un partenaire historique du CCFD-Terre Solidaire, basé à Lima et qui accompagne des projets d’agroécologie dans différentes régions du Pérou.  

Qu’est-ce que TAPSA ? TAPSA (pour Transition vers une Agroécologie Paysanne au service de la Souveraineté Alimentaire) est un programme mondial présent dans 14 pays, mené par le CCFD-Terre Solidaire avec 25 organisations partenaires et cofinancé principalement par l’AFD et le CCFD-Terre Solidaire. Dans les pays andins que Robin suit, 6 partenaires du CCFD-Terre Solidaire sont mobilisés : CooperAcción, le Centre Bartolomé de Las Casas, FOVIDA (Pérou), IMCA (Colombie), CIPCA (Bolivie) et IPDRS (présent dans plusieurs pays). ☞ En savoir plus 

Cet atelier annuel est toujours l’occasion de se retrouver, de partager des expériences, de faire le bilan, mais aussi d’avoir des temps pour approfondir les sujets qui nous intéressent. Cette fois-ci, nous avons par exemple invité le Consorcio Agroecológico Peruano qui mène un gros travail de plaidoyer contre les pesticides les plus dangereux au Pérou.

Robin Villemaine est chargé de programme TAPSA dans les pays andins 

☞ Aller plus loin : Notre dossier sur les pesticides 

Sur cette photo, les différents participants viennent d’arriver à Huancayo, dans la cordillère des Andes, après 12 heures de bus depuis Lima et avec, surtout, un dénivelé de 4 800 mètres depuis leur départ.

Pendant une semaine, les ateliers vont s’enchaîner. Ces moments sont très importants pour faire le point, échanger des pratiques, ajuster, se projeter… Certains jours, des sorties sur le terrain sont également organisées “pour ne pas rester hors-sol et sous les néons”, comme dit Robin. 

Un réservoir d’eau pour de l’irrigation goutte à goutte, un potager diversifié, des prairies semées avec de multiples espèces pour produire du fourrage, des petits élevages de cochons d’Inde, de poules, de cochons… Cette ferme modèle est le fruit des efforts d’une famille qui a fait le pari de l’agroécologie, ainsi que des investissements techniques et financiers de FOVIDA.  

Pour FOVIDA, l’agroécologie ne peut pas se diffuser largement si elle se limite à de bonnes pratiques et à des vœux pieux : il faut trouver des débouchés économiques. C’est pourquoi l’ONG mène un travail important de renforcement des coopératives de producteurs. 

☞ Aller plus loin : Qu’est ce que l’agroécologie ? Définitions et éléments de réponse 

Une retenue collinaire pour collecter l’eau qui servira à l’irrigation
En visite dans la ferme modèle

Pour Robin, les visites de terrain sont toujours intéressantes car elles permettent aux partenaires de s’inspirer les uns les autres, mais aussi de soulever des questionnements sur les différentes formes que peut prendre l’agroécologie.

« Doit-on concentrer nos efforts sur un projet au détriment des autres fermes aux alentours ? Faut-il prendre en compte la dimension territoriale ? Comment travailler avec les autorités locales ? » Le projet TAPSA dure depuis 7 ans, donc les partenaires se connaissent bien et peuvent aborder différents sujets avec confiance, ce qui rend les échanges d’autant plus riches.

Quelques jours plus tard, les partenaires TAPSA se sont rendus à San José de Apata, à 4 600 mètre d’altitude, pour une autre visite de terrain. Là-bas, ils et elles ont assisté à une cérémonie d’offrandes pour célébrer leur venue et honorer ensemble la Pachamama. Cette cérémonie avait lieu à côté d’une retenue d’eau construite lors d’un chantier collectif, une “minga”, auquel toutes les personnes majeures de la communauté et en bonne condition physique sont tenues de participer.

Dans les cultures de l’Altiplano, c’est assez courant d’organiser une cérémonie d’offrande à la Pachamama (la Terre mère) lorsque l’on accueille un groupe. Ce qui m’a marqué, c’est que de nombreuses femmes ont pris la parole à ce moment-là, pas seulement les hommes. Cela correspond bien au travail de FOVIDA qui est très impliqué sur les questions d’égalité de genres.” 

L’Amazonie péruvienne et les risques de la monoculture 

Pour sa seconde semaine au Pérou, Robin a quitté les Andes pour rejoindre la partie amazonienne du Pérou, autour de Satipo. 

60%

L’Amazonie péruvienne couvre 60% du territoire du Pérou

5%

Seuls 5% de la population péruvienne y réside

L’économie agricole de Satipo repose en grande partie sur la production de cacao de qualité. Le prix du chocolat a explosé ces dernières années sur les marchés mondiaux, poussant les populations locales à se spécialiser encore davantage dans cette production. Or, une trop grande spécialisation peut les rendre vulnérables face à la volatilité des prix. 

L’idée n’est pas de dire que le cacao est l’ennemi, plutôt qu’il peut être la colonne économique de la région à condition que d’autres cultures subsistent et complètent cette filière. Traditionnellement, en Amazonie, il y a des dizaines et des dizaines de plantes qui peuvent être consommées. Mais avec la perte des savoirs et la globalisation, les régimes alimentaires ont beaucoup changé et les habitants consomment essentiellement du riz, des pommes de terre… qui ne sont pas forcément cultivés sur place.

La diversité des semences, des cultures, mais aussi des aliments pouvant être cueillis dans la forêt (fruits, plantes, racines…), fait partie intégrante des pratiques agroécologiques. 

Ici, un plat goûté (et approuvé) par Robin, composé d’une purée de taro, avec des chips de banane plantain, du manioc, un poisson frit et divers légumes, le tout enveloppé dans une feuille de bananier.  

En Amazonie, Robin a visité plusieurs installations agricoles qui sont accompagnées par FOVIDA dans le cadre du programme TAPSA, avec des potagers diversifiés adaptés à l’agriculture familiale. L’accompagnement de FOVIDA intègre toujours une dimension communautaire. Un travail est réalisé au niveau de la communauté, avec les autorités locales, et au niveau de l’aménagement du territoire, en créant des zones de conservation par exemple. 

Ici avec une famille venue des Andes qui a créé sa propre exploitation et qui est accompagnée par FOVIDA. 

Au Pérou comme ailleurs, l’agroécologie est une science vivante : elle s’expérimente, s’adapte aux contraintes du territoire et évolue au contact des cultures, des traditions et des savoirs locaux. Les différentes initiatives visitées par Robin sont autant d’alternatives foisonnantes à l’agrobusiness et à ses impacts néfastes. Face à la crise climatique, à l’érosion des sols et de la biodiversité, à l’appauvrissement des paysans et à la faim dans le monde, l’agroécologie paysanne et solidaire offre une réponse claire aux enjeux alimentaires et agricoles d’aujourd’hui, mais aussi de demain. 

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Accompagnée de deux collègues du CCFD-Terre Solidaire, Ysé s’est rendue en Serbie et en Bosnie-Herzégovine pour rencontrer nos partenaires sur place, mais aussi mieux comprendre la situation des personnes migrantes dans la région.

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