Sandriane du peuple Pankara, se présente aux élections municipales

Elections brésiliennes : le baromètre des droits humains au plus bas

Publié le 07.09.2022| Mis à jour le 08.09.2022

Pour la troisième année consécutive, la Coalition Solidarité Brésil, dont le CCFD-Terre Solidaire est un membre actif, publie le 7 septembre 2022, jour de la fête nationale brésilienne, les résultats de son 3ème baromètre sur la situation des droits humains au Brésil. 

Un mois avant l’élection présidentielle, l’édition 2022 du baromètre des droits humains dresse un état des lieux détaillé et actualisé de la situation sociale, politique et environnementale au Brésil. Cette nouvelle édition pointe une exacerbation des inégalités et des violences durant les quatre années de mandat de Jair Bolsonaro.

L’augmentation des violences cible les populations historiquement les plus exclues : les peuples autochtones et les quilombolas (descendants d’esclaves), les communautés paysannes, les femmes, les populations noires ou LGBTQI. Fait nouveau, le rapport met aussi en évidence à quel point les personnes migrantes sont désormais menacées.
De manière très préoccupante, le baromètre relève l’aggravation des attaques contre les défenseuses et défenseurs des droits humains et de l’environnement. 

Mais le baromètre ne se contente pas d’énumérer les violations. Il montre également la vitalité de celles et ceux qui, sur place, refusent de baisser les bras et sont entrés en résistance #BrésilRésiste.
Regroupant 17 organisations de solidarité internationale agissant pour la défense de la démocratie, des droits humains et de l’environnement, la Coalition Solidarité Brésil, qui publie ce baromètre des droits humains, se donne pour mission de faire écho aux cris d’alarme des organisations et mouvements sociaux au Brésil.

Voici sept questions à suivre dans le contexte électoral brésilien :

Une aggravation des violences politiques

Cette période préélectorale est marquée par les violences politiques avec des assassinats et des agressions contre les candidates et candidats, leurs équipes et leurs partisans. Cette violence fragilise le processus de représentation politique des groupes historiquement sous-représentés. Les candidates noires sont particulièrement visées, selon l’étude réalisée par l’Institut Marielle Franco en 2021. Au total, 98,5 % d’entre elles ont souffert de la violence politique.

Quatre ans après l’assassinat emblématique de la conseillère municipale Marielle Franco et de son chauffeur Anderson Gomes le 14 mars 2018, le commanditaire n’a toujours pas été identifié. Le baromètre rappelle que l’enquête souffre de nombreuses entraves politiques.

Le Brésil de retour sur la carte de la faim

Alors que le Brésil avait éradiqué l’insécurité alimentaire grave en 2014, elle est de retour, en quelques années seulement.

59 %

de la population brésilienne est en insécurité alimentaire

33 millions de personnes

ne mangent plus à leur faim

Cette situation est encore plus dramatique dans les zones rurales, où l’insécurité alimentaire touche 60 % des ménages et où la faim est une réalité pour 19 % des foyers.

Bien que la faim ait été aggravée par la crise générée par la pandémie, la situation actuelle met en évidence les faiblesses préexistantes du système alimentaire brésilien.
Troisième producteur mondial d’aliments en 2020 selon la FAO, le Brésil n’a cessé de battre des records dans l’exportation des produits alimentaires, passant de 85 milliards de dollars en 2016 à 120 milliards en 2021.
Pendant la même période, l’agriculture familiale, bien que représentant environ 80 % des établissements agricoles et produisant une part importante des aliments consommés au pays, n’occupait que 23 % des terres exploitables et a subi la disparition des politiques publiques de soutien.

Une destruction de la nature sans précédent 

En trente ans de carrière, au nom d’une vision libérale qui fait fi de l’urgence climatique, Jair Bolsonaro a soutenu sans faille les grands propriétaires terriens ainsi que les entreprises d’exploitation minière et forestière.
Sa gestion en matière d’environnement est marquée par le démantèlement progressif des mesures de protection de la nature, la persécution de militantes et militants et l’institutionnalisation d’un écocide généralisé.
La politique extractiviste du gouvernement a eu des impacts désastreux, si ce n’est irréversible, à la fois pour la biodiversité et pour les populations brésiliennes. Le bilan des quatre dernières années est celui de politiques foncières en faveur d’une intensification de l’accaparement des terres, et plus meurtrier encore, en faveur de l’agrobusiness, tel que décrit dans les versions antérieures de ce baromètre.

Les forces politiques désignées sous le nom de « BBB » pour « Balles, Bible, Bœuf » (armement, églises évangéliques, agro-industrie) qui ont soutenu le coup d’État parlementaire contre Dilma Rousseff (2016), puis l’élection de Bolsonaro, paralysent la Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI), organisme de l’État brésilien en charge de la démarcation territoires autochtones. Ces mêmes forces politiques ont aussi vu dans la pandémie un temps d’opportunité pour favoriser l’accaparement de terre par l’agrobusiness.

La déforestation a aussi connu une hausse significative sous le mandat de Jair Bolsonaro : entre 2019 et 2021, l’équivalent d’un peu plus de la surface de la Belgique a été rasée en Amazonie (soit 34 215 km2 ). En 2020 et 2021, le suivi par satellite a enregistré une augmentation de 22 % en un an.

L’effet de ces politiques a été l’augmentation du nombre des conflits pour la terre et l’eau au Brésil, notamment en Amazonie. Selon la Commission Pastorale de la Terre (CPT) entre 2018 et 2021, le nombre de conflits pour la terre est passé de 1 547 à 1 768 sur 418 territoires, soit une augmentation de 12,5 %.

Malgré l’approfondissement de la violence dans les campagnes brésiliennes pendant la dernière période, les mouvements sociaux continuent à se battre pour leurs droits. En 2021, presque 1 921 manifestations pour l’accès à la terre mobilisant plus de 400 000 personnes ont été recensées par la CPT.

Les populations autochtones persécutées

Durant sa carrière politique, Jair Bolsonaro n’a pas cessé d’attaquer ces populations et leur légitimité sur leurs terres, pourtant garantie par la Constitution de 1988. Ses saillies racistes, mêlées au discours développementaliste et à une gouvernance ouvertement anti-indigène, ont mis en danger la vie de près de 800 000 autochtones.
Perçues comme des « ennemis de l’intérieur » freinant le développement économique du pays, ces populations sont, depuis 2019, victimes d’une « politique génocidaire, ethnocidaire, antiécologique et anti-indigène » selon la Coalition solidarité Brésil. 

Depuis 2019, le Cimi a dénombré 519 invasions illégales (+ 141 % depuis 2018) et une explosion des incendies perpétrés par les éleveurs et bûcherons de l’agrobusiness. 430 autochtones ont été assassinés entre 2018 et 2021, dont beaucoup par des agents de l’agrobusiness ou des orpailleurs violant leurs terres.  Plusieurs projets de loi mettent en danger l’intégrité de leurs terres . 

Toutefois, les populations autochtones continuent de lutter. Lors des élections municipales de 2020, 2 212 d’entre elles se sont portées candidats (+ 27 % par rapport à 2016).  

Face à la politique mortifère de l’actuel président et aux preuves accablantes d’« extermination préméditée », l’Apib (l’Articulation des peuples indigènes du Brésil) a demandé au Tribunal pénal international d’ouvrir une enquête pour « génocide » à l’encontre de Jair Bolsonaro. 

Nous croyons qu’ont lieu au Brésil des actes qui se configurent comme des crimes contre l’humanité, comme un génocide et comme un écocide.
Étant donné l’incapacité du système judiciaire brésilien à enquêter, à intenter un procès et à juger de ces conduites, nous dénonçons ces actes à la communauté internationale, en mobilisant le Tribunal Pénal International.

Eloy Terena, coordinateur juridique de l’APIB dans le communiqué destiné au TPI

Les droits des femmes en recul 

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Pendant les quatre années de la présidence Bolsonaro, les droits des femmes et les politiques publiques qui leur sont dédiées ont subi de graves reculs. Les discours misogynes du président et de ses alliés alimentent une vision de la femme vue comme un « objet à dominer ».

21 millions de femmes

ont été victimes de violences physiques, sexuelles, psychologiques ou d’agressions en 2021

Soit une femme sur 4

Le Covid 19 a aggravé la situation, car les femmes ont cohabité plus de temps avec leur agresseur. Elles ont souffert d’un plus grand isolement et ont eu moins d’accès à des réseaux de soutien. Autre effet de la pandémie, la surcharge domestique et une précarisation des conditions de vie, qui vont souvent de pair avec la violence. 

Comment a été réalisé le baromètre des droits humains?

Aucune des données recueillies pour ce baromètre n’a été produite par les organisations membres de la Coalition solidarité Brésil. Ce sont les organisations de la société civile brésilienne qui, sur le terrain, ont travaillé pour récolter ces données et les analyser, avec grande rigueur. Souvent au péril de leur vie et en porte-à-faux vis-à-vis d’un gouvernement qui a redoublé d’efforts au long de son mandat pour fragiliser la production de ces données. Nous rendons ici hommage aux personnes assassinées dans le cadre de leur travail, telles que l’anthropologue brésilien Bruno Perreira, et le journaliste britannique Dominic Phillips, assassiné en juin 2022 dans le nord-est de l’Amazonie. 

avec le CCFD - TERRE SOLIDAIRE

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