En Colombie, défendre les droits des femmes malgré les risques

Publié le 05.03.2026| Mis à jour le 06.03.2026

En Colombie, le mouvement pour les droits des femmes prend toujours plus d’ampleur, ce qui ne l’empêche pas d’être la cible de menaces, voire pire. La directrice de Vamos Mujer, Cristina Ríos Rodas, fait le point sur la situation et sur les solutions mises en place par les associations pour tenir bon.

A l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, le CCFD-Terre Solidaire vous fait découvrir 5 portraits de défenseuses des droits humains. ☞ Retrouvez tous les portraits sur notre page dédiée.

Le pays le plus dangereux pour les défenseurs des droits

Si l’engagement pour les droits humains n’est jamais un chemin facile, en Colombie, il semble relever davantage du terrain miné. Avec 157 défenseurs et défenseuses des droits assassinés en 2024 selon l’ONG Front Line Defenders, la Colombie est le pays le plus dangereux pour les personnes qui luttent pour les droits de tous et toutes.

324

Au moins 324 défenseurs des droits assassinés en 2024 en raison de leur engagement

157

Dont 157 rien qu’en Colombie (le Mexique, deuxième pays du classement, en comptait 32)

Les violences contre les défenseurs des droits prennent différents visages : menaces, harcèlement, surveillance, arrestations arbitraires… Elles forment un continuum qui peut aller jusqu’à l’assassinat. Leur objectif est le même : faire taire les voix qui dérangent.

Droits des femmes et construction d’une paix durable en Colombie

Vamos Mujer est née en 1979 du besoin de lutter pour les droits de femmes, en particulier des femmes rurales et de milieu populaire.

Pour l’association, défendre l’autonomie économique des femmes et leur droit à une vie libérée de la violence, cela passe nécessairement par la construction de la paix.

Depuis plus de 20 ans, le CCFD-Terre Solidaire soutient son travail.

Cristina Ríos Rodas, directrice de Vamos Mujer depuis 2023 (©Anne Boisse)
Lire son interview

Vamos Mujer ne se contente pas de dénoncer les violences qui peuvent avoir lieu à l’intérieur du couple, l’association s’attaque aussi aux violences plus structurelles qu’elles soient économiques ou sexuelles, y compris lorsque celles-ci sont commises dans le cadre des conflits socio-environnementaux que traverse la Colombie. Et cela peut mettre les militantes en danger, comme l’explique Cristina Ríos Rodas, sa directrice :

Être défenseuses des droits humains et dénoncer les violences basées sur le genre nous met en danger, non seulement par rapport aux auteurs des violences mais aussi par rapport aux acteurs armés.

Cristina Ríos Rodas, directrice de Vamos Mujer

Autoprotection et autosoin

Vamos Mujer a reçu des menaces, notamment dans le cadre de son programme Ali-hadas (jeu de mots entre “aliadas” qui veut dire “alliées” et “hadas” qui veut dire “fées”). Au sein des Ali-hadas, les femmes sont formées à la prévention, à l’accompagnement des femmes victimes de violences et à la mise en œuvre d’actions politiques locales, le tout au sein d’un réseau d’entraide et de soutien entre paires. Plusieurs d’entre elles ont été menacées car s’attaquer à ce sujet c’est aussi remettre en question les rapports de pouvoir.

☞ Lire aussi : Laura Lemmel : Sensibiliser aux violences économiques en France et en Colombie

Pour Vamos Mujer et les autres organisations féministes colombiennes, il a fallu trouver des manières de se protéger.

Nous mettons en place des protocoles d’autoprotection et d’autosoin (« autocuidado ») avec d’autres associations pour nous préserver. Nous réfléchissons à des moyens de mettre en place une justice féministe dans les territoires où la justice traditionnelle n’arrive pas.

Un espoir actif pour les droits des femmes en Colombie

Au-delà de la protection, le fait même de se regrouper, d’être solidaires, de faire corps, est déjà un acte de résistance face à des violences dont le but est « d’isoler les femmes, de rompre les réseaux d’entraide » conclue Cristina.

Nous nous réunissons et ne perdons pas espoir. C’est un espoir actif qui donne du sens à notre lutte. En tant que femmes, nous sommes affectées par la situation, ce qui nous pousse à agir. Mais cette action ne peut se faire seule. C’est un choix de vie qui nous convoque.

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