En Colombie, l’extractivisme légal et illégal sont deux faces d’une même pièce
Situé au nord-ouest de la Colombie, le département du Chocó a tout d’une carte postale : des paysages luxuriants, une biodiversité exceptionnelle, de belles plages de sable fin. L’envers du décor est moins reluisant : l’extractivisme, qu’il soit légal ou illégal, met à mal la biodiversité et l’équilibre des communautés locales. Notre partenaire Siembra nous explique en vidéo quelles sont les conséquences concrètes pour la population et quelles formes prend la résistance.
Plus d’un demi-million de personnes habitent dans le Chocó dont le nom viendrait de choque, un mot aymara signifiant « or ». Alors que l’économie de ce département colombien repose en grande partie sur l’extraction minière, cet or ressemble souvent à une malédiction. Année après année, le Chocó et ses habitants doivent affronter un problème qui prend toujours plus d’ampleur : l’alliance entre les groupes armées et l’exploitation minière illégale.
Cette alliance a réussi à imposer des dynamiques contraires à la dynamique normale de ce territoire et laisse derrière elle d’énormes impacts environnementaux, des forêts détruites, des poissons contaminés…
Rodrigo Rogelis, politologue et philosophe, directeur adjoint de Siembra
Les conséquences désastreuses de l’extractivisme illégal
Les activités minières et, en particulier l’orpaillage, rejettent de nombreux produits toxiques. Le mercure et les carburants utilisés pour chercher l’or polluent les fleuves dont dépendent les habitant du Chocó.
Notre principale source de protéines vient des poissons et ces poissons sont contaminés au mercure. Nous finissons donc contaminés nous aussi.
Bernardino Mosquera, dirigeant communautaire et gardien du fleuve Atrato
Mais les conséquences négatives de l’extractivisme ne s’arrêtent pas là. Jouant un rôle actif dans cette industrie, les groupes armés soumettent les populations locales qui doivent endurer menaces, confinements et déplacements forcés. La cohésion sociale s’en trouve fortement abîmée. Certaines problématiques s’aggravent par ricochets, comme le décrochage scolaire et les grossesses précoces.
L’extractivisme et les personnes qui s’y consacrent cassent le mode de vie et l’unité de la communauté pour pouvoir faire ce qu’ils souhaitent. Les communautés restent avec les problèmes et la richesse s’en va ailleurs.
Alexander Rodríguez Mena, gardien du fleuve Atrato et membre du Conseil communautaire de Cocomacia
En Colombie, les peuples autochtones et afrodescendants ont toujours dû se battre pour ne pas disparaître. Cela les a poussés à trouver des formes d’organisations efficaces pour s’opposer à ceux qui souhaiteraient les voir quitter le territoire.
Pour résister à l’extractivisme et à ses conséquences, les communautés locales et les organisations comme Siembra luttent main dans la main et mènent différentes formes de résistance : mobilisations sociales, activisme juridique, plaidoyer à toutes les échelles, aussi bien locale, que nationale et internationale.
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Et l’extractivisme légal dans tout ça ?
L’extractivisme désigne un modèle économique basé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles. Si dans le Chocó l’extractivisme illégal fait des ravages, l’extractivisme légal n’est pas sans conséquences. D’une certaine manière, extractivisme légal et illégal sont connectés.
Dans le Chocó, la question de l’extractivisme se manifeste surtout à travers sa face illégale, mais il se connecte aussi à ce qu’on pourrait appeler sa face “légale”, parce que la chaîne de l’or permet de blanchir cet or au moyen de certificats, et de l’intégrer ainsi à la chaîne internationale, où il devient complétement légal. L’extractivisme illégal fonctionne grâce à des mécanismes légaux qui ne sont ni régulés, ni contrôlés, et qui permettent que les flux financiers sortent du territoire et ne bénéficient qu’à quelques acteurs.
Rodrigo Rogelis
Pour Siembra, c’est un thème particulièrement important. Nous voulons montrer les deux visages de l’extractivisme : celui des grandes multinationales et celui des orpailleurs illégaux – qui sont étroitement liés.
Viviana González Moreno, avocate et directrice adjointe de Siembra
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Lutter contre l’extractivisme, une nécessité collective
Qu’il soit légal ou illégal, l’extractivisme provoque des injustices multiples, détruit l’environnement et met en péril les droits humains. Ses bénéfices ne profitent qu’à une poignée d’acteurs, notamment les multinationales du Nord qui s’implantent dans des pays du Sud pour y exploiter les ressources et accumuler les richesses, sans prendre en compte le consentement des populations locales.
L’extractivisme est l’une des principales causes de violations de droits humains en Colombie.
Viviana González Moreno
Il est temps de dire NON à ce modèle économique destructeur. Rejoignez la campagne du CCFD-Terre Solidaire pour défendre le droit des populations à décider de leur avenir, protéger leurs territoires et construire un monde plus juste et durable, en signant notre manifeste.
Qui est Siembra ? Partenaire du CCFD-Terre Solidaire, Siembra est un centre socio-juridique colombien spécialisé dans les conflits environnementaux, les conflits armés et le suivi des politiques publiques. Fondé en 2020, Siembra accompagne des organisations qui luttent pour la défense de leur territoire, notamment face à des projets extractifs. Son approche croise des sujets concrets, qui impactent la vie des populations locales, avec les débats internationaux.
Photo de couverture : Eric Garault/CCFD-Terre Solidaire
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