Gens du voyage
Un après-midi à Argenteuil

Publié le 09.05.2007

Dans la cadre de l’événement « Bouge ta planète », près d’une centaine de jeunes du Val d’Oise sont allés à la rencontre de gens du voyage, dans trois campements, à Argenteuil. Ce jour-là, au fil des rencontres, des fous rires et des moments partagés, quelques préjugés sont tombés.

ll pleut en cet après-midi du 24 mars à Argenteuil. Pourtant, les collégiens et lycéens rassemblés devant l’église Saint-Jean-Marie-Vianney écoutent attentivement le père Rémi Lescot, aumônier des gitans et gens du voyage, leur expliquer : « Ils ont quitté l’Inde au IIe siècle. Les premiers d’entre eux sont arrivés en France, il y a 1 500 ans. Ils sont Français comme vous, mais subissent beaucoup de discriminations. Ils vont vous expliquer tout ça… »

Leïla, Anne-Laure, Christelle, Andrea, Kiussen, Loïse… se rendent avec curiosité et un peu d’inquiétude, derrière les tours de la Zup d’Argenteuil, rue de la Corse, là où vivent une centaine de familles. Première surprise : autour des grandes caravanes, elles découvrent des petits chalets qui servent de salles de bains ou de cuisines.

Dans le logement tout blanc et impeccable d’Annie, l’accueil est extrêmement chaleureux. Pendant qu’elle prépare un chocolat chaud pour réchauffer les jeunes frigorifiés, le dialogue s’engage, d’abord un peu difficilement. « C’est quoi nos différences ? », demande Leïla. « Vous êtes des gadjé, répond la blonde Ida, votre vie, vos coutumes sont différentes. Nous sommes Français comme vous, mais vous vivez en maisons et nous en caravanes. »

On veut vivre comme tout le monde

Ils sont ferrailleurs, couvreurs, font les marchés pour vendre des nappes, des bijoux, de la vannerie, et ont souvent du mal à joindre les deux bouts. Des difficultés économiques qu’ils ne mettent jamais en avant, nous dira plus tard l’aumônier, par pudeur. Mais au-delà des différences, ce qui fait la force des gens du voyage, c’est la solidarité.
« Ici, souligne Ida, on vit tous ensemble. C’est notre force. Si quelqu’un vient à manquer, qu’il n’a pas le sou, on fait tous une collecte. On se soutient. » Ils vivent là depuis plusieurs dizaines d’années, sous la hantise de l’expulsion. Une peur qui est le lot de la plupart des gens du voyage. « On ne veut pas qu’on nous disperse. Ici on est toléré, mais on peut nous expulser du jour au lendemain, car on se trouve en zone inondable. On n’a pas le droit de construire. » « On veut vivre comme tout le monde, renchérit Ida, mais en gardant nos coutumes, en restant ensemble. »

Comme tous les enfants manouches, Celi, une jeune fille aujourd’hui âgée d’une vingtaine d’années, a quitté l’école après le primaire, puis elle a suivi des cours par correspondance. Elle rejoint très souvent son père itinérant. « C’est dur. Tu n’aimerais pas te fixer », lui demande-t-on. Mais Celi l’affirme haut et fort, elle aime cette vie et n’en changerait pour rien au monde. « Quand tu voyages, tu découvres tout le temps. »

Le sens du partage

C’est aux beaux jours que la plupart des familles catholiques ou pentecôtistes reprennent la route pour faire les pèlerinages, pendant trois ou quatre mois. Là, ils ne sont plus tolérés, mais confrontés à un véritable rejet, un rejet qui fait mal. « Dès qu’on est itinérant, on est catalogué, on n’est plus considéré comme Français, et les problèmes commencent, raconte Ida, la voix tendue. On est traqué par la police, on est discriminé. » Une fois encore, ils n’en diront pas plus, par pudeur…

En cette fin d’après-midi, les jeunes rentrés à la paroisse rédigent un journal afin de partager avec d’autres cette expérience. Le constat est unanime, l’accueil a été très sympathique. « Nous, sédentaires, on n’aurait peut-être pas accepté d’accueillir des étrangers chez nous, eux l’ont fait de manière très naturelle ». Les garçons son tombés sous le charme : « Ces gitanes, elles sont toutes belles. » Ils ont trouvé des richesses qu’ils ne soupçonnaient pas : « Ils ont le sens du partage ». Le soir venu, cette journée mémorable va se terminer autour d’un barbecue géant, un autre moment de partage autour de la fête et de la musique.

Hélène Julllien

avec le CCFD - TERRE SOLIDAIRE

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