Publié le 14.06.2016 • Mis à jour le 01.12.2017

L’Alliance pour l’agriculture intelligente face au climat, un forum du greenwashing !

Le 14 juin 2016 à Rome s’ouvre le second Forum annuel de l’Alliance globale pour l’agriculture intelligente face au climat (ou GACSA pour « Global Alliance for Climate-Smart Agriculture »). L’Alliance a été lancée lors du Sommet de l’ONU sur le climat en septembre 2014 afin de créer une plateforme multi-acteurs sur les enjeux agricoles et climatiques. Mais celle-ci est largement dominée par les Etats du Nord et les multinationales de l’agro-business. Pour Action Contre la Faim France, le CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France et le Réseau Action Climat, ce Forum constitue un énième exercice de communication et de greenwashing des enjeux agricoles, au détriment des populations qui souffrent d’insécurité alimentaire. Et élude la question centrale : comment réformer en profondeur les modèles agricoles pour qu’ils soient en mesure de nourrir le monde, tout en respectant l’environnement et les droits humains ?

La GACSA réunit aujourd’hui 130 acteurs : Etats, secteur privé, organisations internationales, société civile et centres de recherche. Depuis l’année dernière, 43 nouveaux membres ont rejoint la GACSA, confirmant des déséquilibres importants en termes de représentativité au sein de l’Alliance. En effet, sur les 22 Etats membres de la GACSA, 13 sont des Etats du Nord ; et 80% des membres appartenant au secteur privé sont des acteurs du secteur des intrants chimiques et des multinationales de l’agrobusiness [1].

Par ailleurs, malgré des alertes répétées de plus de 300 organisations de la société civile [2], aucune démarche n’a été engagée pour définir les pratiques qui seront promues par l’Alliance ; et rien n’a été fait pour en mesurer l’impact afin d’exclure celles qui nuisent tant à la sécurité alimentaire qu’au climat. Cette question n’est pas non plus à l’ordre du jour du Forum qui s’ouvre aujourd’hui. Dénuée de cadre de redevabilité et de suivi, la GACSA englobe ainsi des modèles agricoles extrêmement différents - de l’agro-écologie à la promotion des OGM - et dont les impacts environnementaux sociaux et économiques varient. Sous couvert d’innover pour faire face aux dérèglements climatiques, la GACSA fait l’apologie de pratiques agricoles largement mises en avant par les lobbies agro-industriels [3]. Au final, ce second Forum relève plus d’un exercice de communication verte lors duquel la France prévoit pourtant de présenter son « projet agroécologique ».

L’Alliance ne souhaite pas non plus rester en marge des espaces officiels onusiens et tente de diffuser et d’imposer son agenda. Ainsi, les évènements GACSA se sont multipliés depuis un an au Comité sur la Sécurité Alimentaire Mondiale ou dans le cadre des négociations climat, telles que la COP21, le SBSTA et la COP22 à venir. Alors qu’il apparait urgent que les Etats définissent les pratiques agricoles qu’il faudra soutenir afin d’agir sur l’un des secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre (1/4 des émissions dues à l’homme) mais également fortement impacté par les dérèglements climatiques, le lobbying de la GACSA pourrait venir dévoyer le débat.

Le CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France, ACF France et le Réseau action climat réitèrent leur appel à la cohérence, notamment de la part du gouvernement français. Si la France souhaite réellement être porteuse de l’agroécologie comme solution à la lutte contre les dérèglements climatiques, alors le forum annuel de la GACSA n’est pas le lieu pertinent pour cela. A l’inverse, elle doit poursuivre la dynamique lancée par le Symposium sur l’Agroécologie organisée à la FAO en 2014 et travailler sur les critères permettant de circonscrire les pratiques agricoles qui bénéficient tant au climat qu’à renforcer la souveraineté alimentaire des populations. C’est la seule façon de s’assurer que les actions engagées dans l’agriculture aient un impact positif pour notre environnement et pour les plus de 795 millions de personnes qui aujourd’hui souffrent de la faim dans le monde.

Contacts presse :

- Action contre la Faim : Julia Belusa, jbelusa@actioncontrelafaim.org - 01 70 84 72 22 / Karima Zanifi, kzanifi@actioncontrelafaim.org - 01 70 84 72 37 / 07
- CCFD-Terre Solidaire : Karine Appy, k.appy@ccfd-terresolidaire.org - 06 66 12 33 02 / 01 44 82 80 67
- Oxfam France : Sarah Roussel, sroussel@oxfamfrance.org - 01 85 34 17 56

[1Climate-Smart revolution... or a new era of green-washing ?, CIDSE, mai 2015 et mise à jour janvier 2016

[2La société civile a lancé un appel en septembre 2015 : http://www.climatesmartagconcerns.info/

[3Voir L’agriculture « climate smart » : L’alibi climatique au service de l’industrie agroalimentaire - RAC, ACF, AVSF, CCFD-Terre Solidaire, Gevalor, Oxfam France, Peuples Solidaires, Secours Catholique, WECF – mai 2015 - http://www.rac-f.org/IMG/pdf/Fiche_climate_smart_agri.pdf

S’informer

30 novembre 2018

COP 24 : quels enjeux pour notre planète et l’humanité ? (vidéos)

Du 2 au 14 décembre 2018, les dirigeants du monde entier se réunissent à Katowice, en Pologne, à l’occasion de la COP24. Trois ans après (...)

8 novembre 2018

RDC : 9 villages portent plainte contre une banque de développement allemande (communiqué)

Neuf communautés de la République démocratique du Congo ont accompli un geste historique cette semaine : elles ont porté plainte contre la (...)

15 octobre 2018

Les pistes inexplorées pour ne pas dépasser les 1,5°C (Rapport)

Le rapport du GIEC paru la semaine dernière nous confirme qu’il est possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C et respecter (...)

Nos projets

30 novembre 2018

Cop 24 : Accorder l’humain et la planète, les initiatives qui marchent ! (carte interactive)

Il peut sembler difficile d’articuler écologie et droits humains. Pourtant, le CCFD-Terre Solidaire accompagne ses partenaires dans le (...)

5 novembre 2018

Après le séisme et le tsunami sur l’île de Sulawesi en Indonésie, l’aide s’organise

Un violent séisme suivi d’un tsunami ont durement frappé l’île de Sulawesi en Indonésie le 28 septembre dernier. Les organisations (...)

13 septembre 2018

Au Sénégal, la population vent debout contre la centrale à charbon de Bargny

Au Sénégal, la construction d’une centrale à charbon suscite une forte opposition locale. Outre son impact sur le réchauffement climatique (...)