Le regard de Bernard Pinaud :  « Nous devons nous mettre à leur service »

Publié le 10.09.2021| Mis à jour le 10.01.2022

À l’occasion de nos 60 ans, Bernard Pinaud, ancien Délégué général et compagnon de route de l’association, revient sur l’histoire du CCFD-Terre Solidaire. Il nous livre ses souvenirs les plus forts et analyse les évolutions actuelles.

Quel est votre souvenir le plus marquant au CCFD-Terre Solidaire ?

Certainement le Forum Terre d’Avenir en juin 1992 au Bourget, auquel j’ai participé alors que je n’étais pas encore salarié de l’association. 60 000 visiteurs, des milliers de jeunes, 400 associations, des centaines d’animations et de stands, 70 partenaires, des collectivités locales, un duplex avec plusieurs de nos partenaires présents au Sommet Mondial de Rio, une trentaine d’évêques, plusieurs ministres et même une prise de parole du Premier ministre de l’époque ! J’ai littéralement été subjugué par la capacité du CCFD-Terre Solidaire d’organiser un tel événement. C’était absolument incroyable. Ceux qui ont vécu cette rencontre en gardent un souvenir impérissable. À titre personnel, cela a achevé de me convaincre que je voulais travailler pour cette association capable de réunir autant de personnes et de mobiliser autant d’énergie.

Redécouvrons ensemble l’histoire du CCFD-Terre Solidaire. Quel est votre Top 5 des réussites de l’association ?

Je commencerais par la création de sa filiale Solidarité internationale pour le développement et l’investissement (SIDI) et de la finance solidaire en 1983. L’épargne solidaire ici, permet le microcrédit la bas. Il s’agit d’une vraie chaîne de solidarité, une innovation majeure au service de la solidarité internationale. Aujourd’hui, l’impact de la SIDI, c’est 102 partenaires dans 35 pays et 36,5 millions d’euros pour mener des projets concrets en faveur des plus démunis. C’est l’une des très belles réussites du CCFD-Terre Solidaire.

Puis, quelques années après le Forum Terre d’avenir, en 1999-2000, le CCFD-Terre Solidaire mène sa première grande campagne de plaidoyer, pour l’annulation de la dette des pays pauvres. Cette campagne va structurer la direction du plaidoyer du CCFD-Terre Solidaire qui sera inaugurée l’année suivante. C’est la première fois que les bénévoles de l’association participent à une action de plaidoyer. Le CCFD-Terre Solidaire coordonne alors une plateforme qui rassemble des ONG et par la suite des syndicats et des congrégations religieuses féminines. Ça donnait des échanges incroyables ! Au niveau international, 24 millions de signatures seront collectées par le collectif Jubilée 2000 dans plus de 100 pays, dont 500 000 en France. Cette campagne permettra d’obtenir des allègements de dettes et même des annulations.

L’affaire des biens mal acquis est aussi une grande avancée pour la justice sociale et une magnifique réussite pour notre association. Elle vient par ailleurs de connaître un dénouement incroyable. Quatorze ans après le dépôt de plainte contre Téodoro Obiang, Vice-président de la Guinée Équatoriale, les populations spoliées devraient en effet bénéficier prochainement du montant des biens mal acquis, soit 150 millions d’euros en programmes de développement. Rappelons-nous que ce processus a démarré par une étude menée par la direction du plaidoyer du CCFD-Terre Solidaire en 2007. C’est grâce à notre association que des hommes politiques corrompus peuvent craindre aujourd’hui de perdre leurs biens si mal acquis !

Autre réussite mémorable, la signature de l’accord de la COP 21, dit « accord de Paris ». Une signature obtenue grâce à la pression de la société civile sur les politiques. La présence du CCFD-Terre Solidaire dans la mobilisation citoyenne française, avec son réseau de bénévoles, ayant largement pesé. La synergie entre nos bénévoles, le partenariat international et le plaidoyer, sur un même événement, a renforcé l’impact tous azimuts de l’association à l’occasion de ce rendez-vous mondial.

Pour conclure le Top 5 des grandes réussites du CCFD-Terre Solidaire, je pense aussi au vote, le 21 février 2017, de la Loi relative au devoir de vigilance des sociétés mère et entreprises donneuses d’ordres. Un vote qui intervient après 4 ans de lutte menée par la société civile, avec le CCFD-Terre Solidaire en fer de lance. Cette loi est historique et reste actuellement la législation préventive la plus avancée au monde !

Quelle est la force du CCFD-Terre Solidaire, celle qui lui permet de surmonter les difficultés ?

Sa force réside dans la qualité de ses partenaires, qui permettent à 2,4 millions de personnes de sortir de la pauvreté, de voir leurs droits respectés et de s’inscrire à nouveau dans une dynamique citoyenne. Je lie cette réussite à la dynamique et à l’engagement exemplaire de son réseau de bénévoles, ainsi qu’au noyau dur de ses donateurs et bienfaiteurs. Leur fidélité a par exemple permis à l’association de maintenir son soutien aux partenaires même au plus fort de la crise sanitaire ! L’alliance des partenaires, des bénévoles et des donateurs, voilà le fondement des réussites du CCFD-Terre Solidaire.

Quels sont les enjeux auxquels le CCFD-Terre Solidaire devra faire face ces prochaines années ?

La sécurité et la souveraineté alimentaires restent au cœur des enjeux actuels, d’autant que la pandémie a plongé des millions de personnes supplémentaires dans la faim. Sur les questions économiques, le CCFD-Terre Solidaire créera certainement des alliances avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Compte tenu du réchauffement climatique, les migrations internationales seront de plus en plus présentes. La promotion de la paix et du vivre-ensemble sera, elle aussi, un enjeu majeur. Enfin, la dimension environnementale de notre association sera renforcée dans les années à venir pour bâtir une terre vivable pour les générations futures.

Comment voyez-vous l’avenir de la solidarité internationale ?

La solidarité à un avenir, parce qu’il y aura toujours des plus pauvres à aider, des inégalités à réduire. Mais l’évolution, c’est d’appréhender la solidarité dans le sens de l’appartenance à une même planète. Nous sommes passés d’une posture « nord-sud » à la compréhension des « défis globaux » dans la conscience de notre interdépendance et de notre appartenance à la même « terre patrie », dirait Edgar Morin. Je pense que la pandémie nous le redit fortement, parce qu’elle est liée à la déforestation, à la croissance urbaine, à notre modèle de développement. La solidarité c’est de relever ensemble les défis globaux. C’est ainsi qu’il faut, je pense, aborder la solidarité les prochaines années.

Ce travail est entamé, l’urgence de ces défis globaux est reconnue…

C’est vrai, mais de là à se dire ensuite « c’est important qu’on appuie des organisations des pays du Sud pour qu’elles luttent avec nous pour relever ces défis globaux », il y a encore du travail à faire…

Les partenaires du CCFD ne manquent pas pourtant de solutions. Comment les appuyer ?

L’une des particularités du CCFD-Terre Solidaire est de mettre en exergue les solutions, d’être porteur d’espérance, de dire « c’est possible puisqu’ils le font déjà ! ». Les solutions existent. Il faut savoir les voir et le CCFD-Terre Solidaire doit être en quête permanente de ces solutions proposées par les sociétés civiles. Puis il faut les donner à voir…

Mais dans quel espace d’expression commun ? Le FSM est en mode « silence radio ». Où se partagent ces solutions aujourd’hui ? Voyez-vous des espaces d’expression ?

Les sociétés civiles sont en plein bouillonnement. Pour preuve, toutes les mobilisations qui se sont déroulées avant l’épidémie, notamment de la part des jeunes, au Chili, au Liban, en Équateur, au Soudan, en Algérie, à Hong-Kong. C’est extraordinaire ! Tout cela a été freiné par la pandémie et la répression, mais cela dit que ces sociétés civiles sont vivantes, traversées par des aspirations aux droits, à la dignité, au bien-être. Ce bouillonnement prend des formes différentes d’autrefois. Il n’est pas structuré par les syndicats ou les ONG, il est plus spontané, plus jeune. Mais malheureusement, il n’y a pas d’espace où tous ces gens se rencontrent. C’était cela que permettait le FSM. Aujourd’hui, je n’en connais pas et cela manque, évidemment.

Effectivement, ces bouillonnements, ces hastags de révolte ne se cristallisent pas dans une parole plus structurée et partagée…

Si on prend la révolution du Jasmin en Tunisie, c’est bien parti de façon spontanée et cela a débordé les syndicats et les ONG. Mais ensuite, ces syndicats et ONG se sont mis à disposition de cette dynamique pour structurer des propositions. C’est ainsi qu’on a pu arriver à une assemblée constituante. Selon moi, on ne pourra jamais se passer de corps intermédiaires pour arriver à changer les institutions. Les hashtags ne suffiront pas, mais il faut les laisser vivre. Même si parfois leur expression nous déroute. Nous devons nous mettre à leur service.­­­­­

Où aimeriez-vous être aujourd’hui, aux côtés d’un des partenaires du CCFD-Terre Solidaire ?

J’aimerais être au Brésil, aux côtés de mon ami Chico Whitaker [organisateurs du Forum Social Mondial de Porto Alegre et ancien salarié du CCFD-Terre Solidaire] et de tous les militants entrés en résistance face au Gouvernement de Jair Bolsonaro. J’aimerais être avec eux, pour voir comment ils s’organisent…et pour protester avec eux.

Interview réalisée par Yann-Patrick Bazire – Mai 2021

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