Publié le 02.06.2010 • Mis à jour le 29.06.2012

RDC, promouvoir la culture de l’épargne et permettre l’accès à de petits crédits

Les MUSO au service d’un développement par le bas.

Paris, le 2 juin 2010

République Démocratique du Congo : Les MUSO au service d’un développement par le bas

Depuis 2002, le CCFD-Terre Solidaire et la SIDI ont accompagné certains de leurs partenaires de l’Afrique des Grands Lacs dans la promotion des mutuelles de solidarité (MUSO). Dans cette région, qui connaît depuis une quinzaine d’années des conflits armés nationaux aux dimensions transfrontalières, la création de caisses d’épargne - crédit autogérées revêt des enjeux multiples.

Promouvoir la culture de l’épargne et permettre l’accès à de petits crédits a considérablement amélioré les conditions de vie des membres des MUSO. En témoigne le nombre de personnes qui ont rejoint cette dynamique : la LIDE, partenaire du CCFD-Terre Solidaire et de la SIDI dans la province du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo, accompagne 1 110 MUSOS, constituées de 29 800 personnes, dont plus de la moitié sont des femmes. Les MUSO sont des groupes de personnes qui se connaissent et qui décident, selon des règles qu’elles se fixent elles-mêmes, de cotiser ensemble en vue de se constituer un capital qui leur permet de s’octroyer entre elles des crédits. Achats d’une chèvre ou d’une vache et petits commerces de produits agricoles transformés (farine) sont les principales activités génératrices de revenus initiées par les membres des MUSO. Ces derniers rencontrent ainsi moins de difficultés pour scolariser leurs enfants et pour faire face aux dépenses de santé.

Au-delà de l’amélioration des revenus monétaires, les MUSO ont permis de retisser le lien social, durement mis à l’épreuve par des années de conflits armés d’une violence extrême. « Au cours des opérations militaires de l’armée congolaise en 2009 contre les groupes rebelles, des personnes ont dû fuir leurs villages du fait de l’insécurité. Etant membres d’une Muso, ils ont été se réfugier chez des membres d’une autre Muso, lesquels se sont cotisés spécialement pour les assister », raconte un membre. Les liens de solidarité entre membres des MUSO font de ce réseau un véritable capital social, ô combien important dans un contexte où l’Etat est sinon absent sinon prédateur et où les hommes en arme tentent d’imposer la loi de la violence.

Cette dynamique a pris une telle ampleur dans les territoires de Beni et de Lubero, rayon d’action de la LIDE, que les MUSO ont créé leur propre caisse de refinancement, véritable banque, dont elles détiennent majoritairement le capital. Cette caisse, encore fragile, dispose au 31 décembre 2009 d’un capital de 179 317 dollars américains, ce qui témoigne d’une capacité de mobilisation étonnante.

Que de débats et de discussions pour en arriver là ! Et c’est là également l’un des enjeux du développement de ces MUSO. Réunis en groupement de MUSO, les membres débattent de leurs difficultés quotidiennes et prennent des initiatives pour y répondre, enclenchant un cercle vertueux comme l’exprime ce témoignage d’un animateur de la LIDE : « Des membres d’une Muso ont sollicité un prêt pour acheter un groupe électrogène, lequel grâce à la turbine déjà installée, a permis de générer de l’électricité. Le centre de santé et la paroisse catholique ont maintenant le courant. De même, des activités économiques ont pu voir le jour : centre informatique, photocopieuse. Un comité de gestion de l’électricité hydraulique a été mis en place. Les revenus issus de la vente de l’électricité permettent de verser une « redevance » aux propriétaires de la turbine, de rembourser le crédit via la Muso, de gérer les pannes et de rémunérer des agents recrutés à cet effet. Lieux de débats et d’exercice de la citoyenneté, les groupements de MUSO commencent à impulser un véritable développement par le bas. Reprenant prise sur leur avenir, les membres des MUSO ont retrouvé leur dignité. Alors, l’espoir renaît.

Isabelle MANIMBEN
Chargée de mission Afrique au CCFD-Terre Solidaire

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