Un avenir sans faim

Publié le 16.09.2013 • Mis à jour le 23.03.2016

Prévenir les conflits communautaires en Guinée

En Guinée forestière, l’accès à la justice fait souvent défaut. Grâce à des médiateurs issus de la population locale, l’association ACORD encourage les communautés à chercher des solutions avant que les conflits ne dégénèrent.

Des régions fragilisées

Les sources de tensions se sont multipliées dans la région ces dernières années. La Guinée forestière, située à la frontière de la Côte d’Ivoire, de la Sierra Léone et du Libéria, est confrontée depuis plusieurs décennies à l’instabilité politique de ses pays voisins. Elle accueille régulièrement des populations déplacées qui fuient les combats de leur pays, et représente souvent une base arrière pour les mercenaires. Au fil des années, le tissu social s’est fragilisé.
L’accès à la terre est devenu conflictuel, une partie du patrimoine a été détruit, la population s’est appauvrie et l’environnement s’est dégradé. Ce contexte favorise le développement de conflits au sein des communautés : entre agriculteurs et éleveurs, à l’intérieur des familles autour des questions d’héritages et de mariages, suspicion envers les déplacés… Le contexte politique guinéen, qui tend à jouer sur les divisions communautaires, aggrave cette situation déjà tendue.

Des médiateurs pour désamorcer les conflits

Ils sont maintenant plus de 400 médiateurs bénévoles accompagnés et formés par l’association ACORD (Agence de Coopération et de Recherche pour le Développement), qui cherchent à comprendre l’origine des litiges et travaillent avec les communautés villageoises ou urbaines au rétablissement de la paix sociale.
Ce sont des jeunes et des « anciens », des hommes et des femmes, des paysans et commerçants, des notables et des religieux, issus des différentes ethnies... Les médiateurs doivent être le plus représentatifs possible de la population pour se voir reconnaitre une légitimité et être crédible dans la recherche de solution en cas de conflit.
En encourageant les parties prenantes à s’exprimer, ils éclaircissent les causes des litiges, luttent contre l’impunité et entreprennent des négociations chargées d’aboutir à des engagements pacifiques. La médiation reprend en cela des mécanismes traditionnels de régulation des conflits, souvent tombés en déshérence.
« Le pays est dans un entre-deux, explique Hélène Barbier, chargée de mission pour la Guinée. Le système de régulation traditionnel des conflits est oublié. Et le système de justice régalien, confronté à la corruption et à l’éloignement, ne fonctionne pas encore. Il se trouve notamment incapable de trancher les litiges générés par la pression sur les ressources. »

Encourager la population à se saisir des institutions

En s’attachant à construire des espaces de résolution des conflits au niveau local grâce au travail des médiateurs issus de la population, ACORD travaille aussi à la construction d’une citoyenneté capable d’influencer positivement les décideurs.
Aujourd’hui ACORD souhaite aller plus loin : s’étendre géographiquement à des zones très menacées par les violences électorales, notamment en Haute Guinée proche de la frontière malienne, et approfondir le travail de prévention des conflits en favorisant l’adoption par les communautés de « pactes sociaux communautaires ».

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