Un avenir sans faim

Publié le 11.04.2011 • Mis à jour le 19.09.2013

RDC : des ressources naturelles qui tuent

Des ressources naturelles qui tuent

Créée en 2007, la Cern, la Commission épiscopale ad hoc pour les ressources naturelles en République Démocratique du Congo, dénonce les conséquences de l’exploitation, souvent sauvage. Coco Mbangu, secrétaire adjoint de la Cern, nous parle plus particulièrement de celle des minerais, dans la région du Kivu.

Dans quel contexte se fait cette exploitation ?

La région du Kivu est parcourue par des bandes armées, arrivées après le génocide au Rwanda et qui ne sont jamais reparties. Il y a aussi des militaires congolais et des forces d’autodéfense populaire locales. Tous ces gens là ont compris qu’ils pouvaient se faire beaucoup d’argent très facilement avec les minerais (Ndlr : coltan, wolframite, cassitérite, or...). Lesquels seront ensuite revendus à des grandes firmes internationales qui en ont besoin pour fabriquer des téléphones, des ordinateurs ou des fusées. Et ces grands financiers, pour avoir le minerai à vil prix, préfèrent laisser la région dans cet état de non droit afin de mieux imposer leurs prix.

Quelles sont les problèmes soulevés par ces exploitations minières ?

C’est d’abord le problème de l’exploitation de l’homme. Imaginez-vous ces gens qui creusent des trous à la pelle et entrent sous terre pour y chercher ces ressources naturelles. Il y a des éboulements, des gens ensevelis. Il y a aussi la question de l’environnement. Là où il y a la forêt et qu’on a découvert le minerai, on déboise, on creuse des trous et, dès qu’on a les métaux, on va les laver dans les rivières, et les polluer. D’autre part, avec tous ces trous partout, il n’y a plus moyen de faire les champs et cela a également des répercussions au niveau agricole pour la population locale.

Le discours de l’Église sur cette question est-il entendu ?

L’an dernier, nous avons appris qu’il y avait une proposition de loi au Sénat américain dont certains articles sur les minerais issus des zones de conflits concernaient la RDC. Les évêques congolais se sont alors rendus aux États-Unis, où ils ont pu discuter avec des sénateurs et la loi Dodd-Frank est passée (Ndlr : le 15 juillet 2010). Normalement, au mois d’avril, les Américains devraient donc interdire l’importation de ces minerais. Quelque temps après, le président Kabila a pris l’initiative de suspendre l’exploitation minière à l’est du pays. L’appui de l’église a peut-être permis de faire bouger les choses. Il faut que les gens comprennent que ces minerais sont peut-être un trésor, mais un trésor qui tue.

Propos recueillis par Patrick Chesnet

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