Publié le 15.05.2007 • Mis à jour le 12.07.2012

Antonio Carlos Portes

La Pastorale ouvrière a fait le choix de l’autogestion pour appuyer un autre modèle d’économie.

Pour une économie solidaire

Antônio Carlos Portes est aumônier de la Pastorale ouvrière, service de l’épiscopat brésilien créé en 1978 pour agir en milieu urbain. Elle est présente dans plus de 80 diocèses.
La Pastorale ouvrière est partenaire du CCFD

Paris, le 17 mars 2007

Au premier abord, la situation du chômage au Brésil semble assez similaire à celle des villes d’Europe, au regard des chiffres officiels : São Paulo (11,3 %), Recife (15,3 %), Salvador (14,4 %), Belo Horizonte (9,1 %). Mais il y a pourtant un gouffre quand on considère les conditions de vie des gens. En effet, le Brésil n’a jamais été un « État-providence » : chez nous, derrière le chômage, il n’y a rien, pas de filet de secours du RMI, plus de riz, plus de haricots. Et avec des familles de cinq enfants en moyenne, surtout parmi les plus pauvres… En fait, seulement 40 % de la population économiquement active dispose d’une carte de travail officielle, les autres dépendent d’activités informelles.

Attention, « informel » n’est pas nécessairement synonyme de « précaire ». Le problème, c’est que cette forme de travail, même si elle est dominante, n’est pas reconnue par l’État, ni par le droit du travail. Résultat, c’est la jungle, comme avec ces guerres sporadiques que se livrent actuellement à São Paulo les vendeurs ambulants entre eux, et avec la police, qui vient « nettoyer les rues » à la demande de gérants de magasins se plaignant de concurrence déloyale.

Pour notre part, nous défendons un modèle d’économie solidaire réfutant le capitalisme, abolissant les modes d’exploitation entre patrons et employés, fondé sur l’autogestion de la production et une répartition égale des bénéfices de l’activité entre les membres de la communauté des travailleurs.

Boulangeries, pharmacies, ateliers textiles, activités de service, fabrication de produits de nettoyage..., la Pastorale ouvrière accompagne quelque 70 groupes de ce profil dans tout le pays. On les trouve principalement dans le Sud du pays, foyer traditionnel d’expérimentations sociales, mais aussi dans le Nordeste pauvre, par nécessité.

Le Brésil reconnaît bien un statut à l’économie solidaire, ouvrant droit à des aides. Mais il est très rigide. Il exige par exemple, pour la création d’une coopérative, 20 membres minimum, un enregistrement, l’élection de responsables... Le choix de l’autogestion que nous avons fait, entre autres, nous met hors-jeu. Aussi, nous tentons d’assouplir ces règles au sein du Conseil national d’économie sociale, instance mixte créée fin 2006. En demandant par exemple que soit abaissé à cinq familles le seuil de création d’une entreprise d’économie solidaire. Mais nous sommes peut-être encore plus attachés à la reconnaissance d’un autre mode de relations dans le milieu du travail, basées sur la solidarité et non sur l’argent.

Dans nos communautés d’économie solidaire, on se réunit au moins une fois par semaine pour débattre. De la production, mais surtout de formation et de citoyenneté, afin de dépasser l’individualisme et travailler à la transformation sociale. C’est pourquoi nous appuyons les mouvements de chômeurs, avec l’objectif de faire pression sur les politiques publiques.

L’influence de ces groupes a désormais dépassé le stade des États : ils sont articulés depuis trois ans au niveau fédéral dans le Forum national des travailleurs sans emplois. Parmi leurs revendications : gratuité des transports pour les chômeurs, exonération de charges de scolarité, d’eau ou d’électricité pour les jeunes qui veulent étudier, revenu d’existence minimum.

Quant au gouvernement Lula, nous ne croyons absolument plus en ses annonces. Ainsi, à quoi bon le récent « Programme d’accélération de la croissance », si l’on affecte en priorité les excédents budgétaires au payement de la dette ? Pourquoi ne pas créer un service de paiement de la « dette sociale », c’est-à-dire ce qui est dû au nom de la justice et de l’équité ? C’est tout le modèle qu’il faut changer.

Propos recueillis par Patrick Piro

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