Un avenir sans faim

Publié le 06.12.2011 • Mis à jour le 23.11.2015

Jocelyne Colas, femme de paix

C’est sur le Champs de Mars que sont installés les bureaux de l’organisation « Justice et Paix ». Chaque matin, Jocelyne Colas traverse cette place, où près de 37 000 personnes vivent dans des camps de fortune, pour aller travailler. Une réalité qui lui rappelle chaque jour le tremblement de terre du 12 janvier 2010. C’est là que nous l’avons rencontrée. Elle nous parle de son parcours, de la situation de son pays et des projets qu’elle y mène quotidiennement, notamment avec le soutien du CCFD-Terre Solidaire.

Pourriez-vous nous parler du début de votre engagement à « Justice et Paix » ? Quelle était la situation du pays à l’époque ?

Je me suis engagée à « Justice et Paix » en 1994, lorsqu’une commission a été mise sur pied dans mon quartier : la paroisse Saint Pierre, à Pétionville. Une de mes amies m’a proposé de participer à une formation et depuis cette date, je travaille pour cette organisation. À l’époque, nous étions dans un contexte particulier, celui du coup d’Etat. Le pays était en proie à beaucoup de violence, de tueries, de violation des droits humains. Je suis entrée à « Justice et Paix » en tant que trésorière, puis j’ai gravi les échelons. J’avais étudié les sciences humaines et sociales et j’ai pu y compléter mes connaissances en suivant des formations juridiques.

Qu’est-ce que le séisme a provoqué comme changement dans le quotidien de votre vie professionnelle ?

Le séisme a instauré une nouvelle forme de pression sur l’ambiance générale ainsi que dans nos tâches quotidiennes. Je descends chaque matin de Pétionville jusqu’au Champs de Mars. La place est devenue un camp gigantesque. Cette nouvelle réalité me frappe quotidiennement. Avant je restais travailler jusqu’à 17 ou 18 heures. Aujourd’hui on ferme les portes à 15 heures et on rentre. Régulièrement, il y a des actes de banditisme. Même si on ne se sent pas à proprement parler « en danger », l’insécurité domine. Le pays manque de policiers, de contrôle et de coordination au niveau de la sécurité publique.

Cet événement nous a aussi fait réaliser à quel point il fallait accélérer la décentralisation du pays. C’est d’ailleurs l’un des sujets d’étude de « Justice et Paix », soutenu par le CCFD-Terre Solidaire. C’est à cause de cette forme de gouvernance que 250 000 personnes sont mortes à Port-Au-Prince. La ville n’était pas prête à accueillir l’exode rural de ces dernières années.

Quels sont les nouveaux projets que vous souhaitez développer ?

Cette année, en faisant le lien avec la décentralisation, nous travaillons sur le thème de l’environnement. Il existe déjà en Haïti des textes pour mener des réflexions sur la décentralisation ou l’environnement, mais ce qui manque au pays c’est le respect des lois. La reconstruction passera par la réappropriation de certaines choses qui existent déjà, et qui restent nécessaires, tout en en construisant de nouvelles.

D’où vous vient ce désir de justice ? Avez-vous été vous-même une « victime » ?

Je ne suis pas une victime à titre personnel, mais je le suis par sentiment d’appartenance à une société, une Nation. Jusqu’à présent je n’ai pas été menacée, mais je suis dans un pays où l’on vit dans l’insatisfaction. C’est terrible de voir tous les jours des gens qui vivent dans une situation d’extrême pauvreté, surtout lorsque cette pauvreté s’explique par une mauvaise répartition des richesses, une mauvaise gouvernance, des dirigeants qui ne prennent pas en main leurs responsabilités. C’est ce qui me motive en tant que témoin : un engagement pour la justice, l’égalité, le respect de la dignité humaine et des droits humains.

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