Brésil : des habitants en guerre contre la bauxite

Publié le 08.10.2022

La compagnie minière américaine Alcoa a déjà anéanti la vie de milliers d’habitants en Amazonie. Cette menace pèse aujourd’hui sur le projet de colonisation agro-extractiviste (PAE) Lago Grande, un territoire pourtant protégé, où les populations se mobilisent pour éviter le pire.

Adilberto Souza Pereira n’oubliera jamais le 26 décembre « Je suis allé pêcher en pirogue dans l’igarapé (“ petite rivière ”) près de ma communauté. D’habitude, on pouvait voir le poisson à travers l’eau limpide. Mais ce jour-là, la rivière était trouble et il y avait une odeur nauséabonde. » En remontant jusqu’à la source du cours d’eau, Adilberto découvre que le barrage, qui retenait les déchets de la mine de bauxite exploitée à quelques centaines de mètres sur un plateau en amont, a en partie cédé à la suite des fortes pluies de la veille.

Des milliers de tonnes de boue ont dévalé et contaminé l’ensemble de l’igarapé. À partir de ce jour, nous n’avions plus la possibilité de pêcher ni de boire cette eau. Impossible également de se laver et pour les enfants de jouer dans la rivière, car le contact de l’eau provoque des plaques rouges sur la peau et des démangeaisons.

Le site d’extraction sur les hauteurs a lui aussi altéré la vie des habitants. « Le bruit des machines a fait fuir le peu de gibier qui restait et la défores­ta­tion a fait grimper les températures », conclut Adilberto. Si le drame était redouté, il n’a pas vraiment surpris la cinquantaine de familles du village de Jauari, installées depuis le milieu des années 1980 au bord de la lagune près du fleuve Amazone, à 55 kilomètres de Juruti, à l’extrême nord-ouest de l’État du Para (voir Amazonie : la lente agonie de la forêt). Depuis son implantation dans la région, au début des années 2000, la compagnie minière Aluminum Company of America (Alcoa), leader mondial de l’aluminium – dont la bauxite est un composant essentiel –, constitue une menace pour l’environnement et les populations.

Le coupe-coupe qu’Haroldo de Souza, du village de Jauari, tient dans la main lui permettait auparavant de se frayer un chemin dans la forêt primaire lorsqu’il allait chasser. Aujourd’hui, depuis qu’Alcoa exploite la mine, c’est devenu un désert.
Photo © Jean-Claude Gerez

Une menace d’autant plus importante que l’aluminium aux multiples usages industriels : de la capsule de café en passant par la carlingue d’avion et les réseaux électriques, connaît des cours boursiers records : 2 500 USD la tonne.

Fondée à la fin du xixe siècle aux États-Unis, Alcoa opère au Brésil depuis 1965 où elle emploie plus de 6 000 personnes. En 2000, la multinationale a obtenu le droit d’exploiter les importants gisements de bauxite dont regorge le sous-sol de la région de Juruti. La concession, obtenue pour 50 ans, s’étend sur 118 000 hectares. À ce jour, seule 40 % de cette superficie a été exploitée, mais elle a déjà largement défiguré la forêt primaire par ses gisements à ciel ouvert de couleur ocre.

« Outre l’activité minière, ce territoire est aussi menacé par des forestiers et des pêcheurs illégaux, ainsi que par l’élevage extensif et les producteurs de soja », explique Sammys Vieira de Brito, éducateur populaire au sein de la Fédération d’organisations d’assistance sociale et éducative (Fase), un partenaire historique du CCFD-Terre Solidaire. « Pour faire face à ces menaces, 154 communautés rurales regroupant près de 35 000 personnes ont créé, en 2005, le projet de coloni­sation agro-extractiviste (PAE) Lago Grande. Ce territoire de 250 0000 hec­tares abrite des populations vivant essentiellement de l’agriculture fami­liale, de la pêche, de la chasse et de la cueillette des fruits de la forêt. »

Un territoire censé être protégé

« Le PAE Lago Grande est un assentamento, un territoire cédé aux familles par l’Institut national de la colonisation et de la réforme agraire (Incra) au titre de la réforme agraire, précise Sara da Costa Pereira, elle aussi éducatrice populaire à la Fase. La possession des terres y est collective, ce qui veut dire qu’aucune famille ne peut vendre indi­viduellement son lopin de terre. »

Mais, 17 ans après sa création, le PAE Lago Grande n’a toujours pas reçu de l’Incra le contrat de concession qui permet de transférer les terres publiques de la province aux familles, regroupées au sein de la Fédération des associations et communauté agro-extractivistes de la glèbe de Lago Grande (FEAGLE). « C’est un document indispensable pour la créa­tion d’infrastructures (routes, écoles, postes de santé…) auxquelles les popu­lations ont droit. Mais la création du PAE constitue déjà un instrument efficace pour empêcher les familles de ce terri­toire de perdre leurs terres », assure la représentante de la Fase. Notamment face aux pressions exercées par les représentants de la multinationale.

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