© Ana Caroline de Lima

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En Bolivie, les communautés indigènes menacées par l’élevage et les mines

Publié le 21.11.2023

Miguel Vargas, avocat et directeur du CEJIS (Centro de estudios juridicos e investigacion social) était en France pour alerter sur de nouveaux projets qui menacent les communautés indigènes. Le développement de l’élevage extensif et les exploitations du gaz et de l’or entraînent une accélération de la déforestation.

En quoi consiste votre lutte en Bolivie ?

Miguel Vargas : Le CEJIS a été fondé il y a 45 ans dans la ville de Santa Cruz, le cœur économique de la Bolivie. Le but de cette ONG – partenaire du CCFD -Terre Solidaire depuis trois ans – est d’assister les agriculteurs sur le plan juridique. Nous leur faisons connaître leurs droits. Nous défendons leurs territoires face aux grands intérêts économiques.

Entre 1996 et 2010, 24 territoires indigènes ont été reconnu par l’administration bolivienne. Ils représentent en tout 11 millions d’hectares. En 2009, une nouvelle Constitution a établi un « État bolivien pluri national ». Depuis, nous soutenons les luttes indigènes pour que cette Constitution qui reconnaît leurs droits se traduise dans les faits. Cela a été le cas en 2010 avec la mobilisation contre le projet de la route interaméricaine qui devait passer par des territoires indigènes. Nous avons gagné, le projet a été abandonné.

Partout, nous luttons contre ceux qui prétendent que ces territoires indigènes ne sont pas productifs. Des politiques et des industriels veulent industrialiser nos ressources naturelles…

Quels sont les projets actuels qui vous mobilisent ?

Nous avons étendu notre activité de la région de Santa Cruz, base de l’industrie du gaz et des grands éleveurs de bétail, vers les départements du Beni et de Pando, situés plus au nord.

Partout, nous luttons contre ceux qui prétendent que ces territoires indigènes ne sont pas productifs. Des politiques et des industriels veulent industrialiser nos ressources naturelles, qu’il s’agisse du gaz ou de la terre. Ils ont l’appui du président bolivien Luis Arce, pourtant issu du MAS, le parti de l’ancien président Morales.

Les territoires indigènes représentent la reproduction de la vie par les cultures du cacao, du maïs, du haricot et par la conservation de la forêt qui permet d’atténuer le changement climatique.

© Ana Caroline de Lima

La politique de déforestation pour permettre l’élevage extensif conduit à des incendies massifs. On brûle la forêt pour dégager des pâturages. En 2019, six millions d’hectares ont brûlé. La moitié des territoires indigènes a été concerné par ces incendies.

Cette politique modifie le climat. Un exemple : à Riberalta, dans le Beni, les arbres calcinés ne sont plus une barrière contre le vent. Maintenant, ce vent empêche la floraison des amandiers. La récolte s’en ressent d’autant. Détruire la forêt bolivienne augmente également le stress hydrique en modifiant le rythme des précipitations.

En quoi les exploitations du gaz et de l’or sont-elles dangereuses pour les communautés ?

Ce sont aussi des « coopératives » – au nombre de 1 100 – qui exploitent l’or alluvial dans le département de Béni. Ce statut permet de travailler dans les parcs nationaux et les territoires indigènes et de ne payer que 2,5% sur la valeur de l’or trouvé.

Les réserves de gaz dans le département de Santa Cruz sont en voie d’épuisement. Le gouvernement a décidé d’ouvrir l’exploration de gaz dans 106 zones des départements du Beni, de Pando et de La Paz. 80% d’entre elles sont situées sur des territoires indigènes. Ces recherches sont effectuées par des « coopératives minières ». Ce statut permet de contourner le recours à une autorisation préalable des communautés concernées. Ce n’est pas acceptable.

Depuis cinq ans, la recherche d’or est en très forte progression. Mais, cette activité est dangereuse pour les populations. Elle utilise un mélange à base de mercure liquide chauffé, dont les émanations contaminent les plantes et les cours d’eau. Les poissons ingurgitent le mercure. Ils contaminent ensuite la population et attaquent le système nerveux des enfants et des femmes. Une étude de l’organisation Mondiale de la Santé (OMS) a montré, par exemple, que 80% des Ese Ejja – un peuple indigène nomade et chasseur – présentaient une dose de plomb dans leurs corps huit fois supérieures à la normale !

Pierre Cochez

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