Honduras : “Berta a semé”, l’hommage à la militante Berta Cáceres 10 ans après son assassinat
Il y a 10 ans, alors qu’elle s’opposait à la construction d’un méga-barrage qui mettait son peuple en péril, Berta Cáceres était assassinée au Honduras. En mars dernier, des centaines de personnes se sont rassemblées à Esperanza pour un hommage plein de vie. Retour en images.
Les violences subies par le peuple Lenca ne sont pas venues à bout de son sens de la poésie. Au centre du chapiteau qui accueille pendant une semaine la commémoration des 10 ans de la mort de Berta Cáceres, une bannière flotte. On peut y lire “Berta Cáceres : 10 años de siembra”, qui pourrait se traduire par “10 ans de graines semées”. Ce mot d’ordre, prononcé comme une prière, revient sans cesse dans les chants et les discours des participants.
Enfant du peuple Lenca, Berta défendait sans relâche l’environnement et les droits des communautés autochtones, notamment au sein du Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes (COPINH) qu’elle a cofondé. En 2006, le projet Agua Zarca prévoit de bloquer le fleuve Gualcarque avec un barrage hydroélectrique.
Le Gualcarque est un fleuve sacré et vital pour le peuple Lenca. La construction de ce méga-barrage menaçait directement leur existence.
Kathia Cardenas, chargée de mission Mésoamérique au CCFD-Terre Solidaire
Un engagement qui lui coûtera la vie
Berta organise la résistance : manifestations, blocages, campagnes internationales… L’action de COPINH permet de retarder le projet et de remporter des victoires. En 2015, Berta reçoit même le prix Goldman pour l’environnement pour la lutte contre le projet Agua Zarca. Ce “Prix Nobel Vert” récompense les plus grands défenseurs de la nature à travers le monde.
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Mais un an plus tard, en pleine nuit, alors que Berta rentrait chez elle, des tueurs à gages l’abattent froidement à son domicile. Elle avait 44 ans. C’est une onde de choc, l’information est reprise dans de très nombreux médias et dépasse largement les frontières du Honduras.
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10 ans après son assassinat, la famille et la communauté de Berta ont organisé un hommage. Plus d’une centaine d’organisations latinoaméricaines ont répondu à l’appel, tout comme des institutionnels – l’Ambassade de France, la Coopération espagnole… Kathia Cardenas, chargée de mission Mésoamérique au CCFD-Terre Solidaire était également présente, le COPINH étant devenu partenaire de l’ONG récemment.
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Une semaine d’hommage à Berta Cáceres
Tables-rondes, projection du documentaire “Water for life”, inauguration d’un nouveau centre documentaire, visite de la maison de Berta qui va être transformée en musée, des concerts, une cérémonie spirituelle au cimetière… Cette commémoration s’est étalée sur une semaine entière, ponctuée de nombreuses activités.
Les nombreux témoignages et discours ont souligné l’engagement de Berta y compris pour la solidarité internationale. Elle croyait aux liens qui peuvent être créés. Elle voulait donner du pouvoir aux communautés.
Kathia Cardenas
Un rapport accablant
Si les assassins de Berta Caceres ont fini par être arrêtés, cela n’a jamais été le cas des commanditaires. Il faudra attendre 2025 pour qu’un groupe d’experts indépendants puisse enquêter sur cet assassinat. Soutenu par la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), le rapport établit que la mort de Berta est le résultat d’une opération criminelle organisée et financée par des hauts responsables du barrage. La complicité de l’Etat hondurien est attestée, lui qui peine à poursuivre les responsables, une famille très puissante du pays.
L’assassinat de Berta Cáceres est un crime d’entreprise, financier et politique, exécuté au moyen d’une architecture criminelle complexe articulant des intérêts économiques, des financements internationaux, des structures de sécurité, la corruption institutionnelle et de graves omissions de l’État […]
Extrait du rapport soutenu par la CIDH
La commémoration s’est déroulée dans le village de Berta, à Esperanza. “Espérance” en français. Comme un clin d’œil à cette militante qui n’a jamais baissé les bras pour défendre les droits humains et l’environnement, et dont l’héritage continue d’inspirer 10 ans après sa mort.
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