Publié le 25.09.2017 • Mis à jour le 03.04.2018

Au Mexique, la disparition de 43 étudiants reste toujours impunie

Le 26 septembre 2014, 43 étudiants mexicains disparaissaient près de la ville d’Iguala. Leur disparition a mis en évidence le problème des disparitions au Mexique : en dix ans plus de 30 000 personnes ont disparu au Mexique.

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« Pour nous, organisations de la société civile mexicaine, il est primordial que ces phénomènes de disparitions massives soient relayés dans les médias du monde entier. Car Peña Nieto, le président mexicain, est sensible aux pressions internationales et à l’image du Mexique à l’extérieur. »

C’est ainsi qu’Alberto Solis, directeur de Serapaz (Service et Conseil pour la Paix), organisation partenaire du CCFD-Terre Solidaire, s’exprime. Il insiste avec vigueur sur l’importance de la médiatisation de ces événements en dehors du Mexique.

En effet, dans la nuit du 26 septembre 2014, des bus d’étudiants furent attaqués. Ils roulaient vers une manifestation destinée à commémorer le massacre de Tlatelolco en 1968 (plus de 300 étudiants avaient à l’époque été tués par l’armée).

Le bilan est lourd :

  • 43 disparus
  • 6 assassinats
  • 40 blessés
  • plus de 180 violations des droits humains,
  • un total de 700 victimes selon des études de la société civile
Le Mexique subit une explosion du nombre de disparitions, plus de 30.000 depuis 2006. © Serapaz

Si le Mexique fait souvent les gros titres en raison de phénomènes d’ultra violence, rares sont les évènements qui ont eu une telle portée internationale. Les raisons sont nombreuses :

  • le nombre de victimes tout d’abord,
  • l’âge et la condition étudiante des personnes concernées,
  • la mobilisation immédiate de personnalités et de la société civile,
  • et surtout la force morale des pères et mères des disparus, qui n’ont jamais cessé de faire entendre leur voix.

Le Mexique connait une explosion du nombre de disparitions, avec plus de 30.000 cas depuis 2006, et une vive expansion des atteintes graves aux droits humains, y compris la torture. Dans ce contexte, Ayotzinapa est un évènement particulièrement significatif des collusions existant entre crime organisé et forces de sécurité, et de l’impunité qui y est liée.

Malgré les recommandations, aucune mesure n’a été prise par le gouvernement

Le scandale a poussé l’État mexicain à accepter, sous la pression de la Commission inter-américaine des droits humains, une mission d’un "groupe interdisciplinaire d’experts indépendants" (GIEI). Ce groupe a recommandé la mise en place, notamment :

  • d’un registre national des personnes disparues
  • d’un parquet spécialisé sur les questions de disparitions
  • d’un protocole de réparations pour les familles des victimes, ainsi que des mesures de protection à leur encontre face aux menaces de groupes de délinquants
  • d’une formation des forces de sécurité aux questions des droits humains

Les conclusions de ce groupe d’experts indépendants ont aussi servi à alimenter un travail de plaidoyer pour la mise en place d’une Loi générale des disparitions. Serapaz (Service et Conseil pour la Paix), organisation partenaire du CCFD-Terre Solidaire, est particulièrement mobilisé sur ce sujet.

Après deux ans de tergiversations parlementaires une loi pour lutter contre les disparitions a été définitivement adoptée, jeudi 12 octobre 2017, par la Chambre des députés mexicaine. Les agents de l’Etat impliqués dans des disparitions forcées risquent désormais 60 ans de prison, et 50 ans pour des particuliers. Cette loi prévoit également la création d’un système national de recherches de personnes afin de faciliter les recherches des familles des victimes.

Marche silencieuse : Trois ans après, nous les cherchons toujours

Les familles de disparus manifestaient le 26 septembre 2017.

Elles participaient à une marche silencieuse en brandissant le slogan "3 ans après, nous les cherchons toujours".

Cette marche était organisée dans le cadre d’une campagne inter organisations pour défendre l’adoption de la Loi générale sur les disparitions en cours de discussion au sénat.

Emmanuel Cochon, chargé de mission Amérique latine

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