Un avenir sans faim

Publié le 12.11.2004 • Mis à jour le 29.06.2012

Dina Raouf Khalil Fahmy - Egypte

L’éducation est la clé de voûte du développement

L’éducation est la clé de voûte du développement
Novembre 2004

Quel est le contexte socio-économique dans lequel les Egyptiens évoluent aujourd’hui ?
Selon l’indice de développement humain (IDH) fourni par le PNUD (Programme de Nations unies pour le Développement) , l’Egypte qui était 105 ème sur 162 pays en 2001 est aujourd’hui classée au 120 ème rang sur 177. Cette dégradation, les Egyptiens la vivent au jour le jour. Pendant certaines périodes de ces dernières années, les prix à la consommation courante augmentaient parfois toutes les semaines. Le gouvernement a dû imposer un prix maximum pour le pain et l’huile, tant la situation devenait critique. L’écart ne cesse de se creuser entre une petite classe de gens qui s’enrichissent beaucoup et très vite, et les pauvres de plus en plus nombreux.

Comment expliquez-vous cette dégradation ?
C’est une conjonction de facteurs. En 1990, l’Egypte a lancé un programme d’ajustement structurel : privatisation des entreprises publiques, libéralisation des prix et du commerce, adoption de nouvelles mesures pour l’investissement, réforme du système bancaire… Dans cette logique, il privilégie les projets macro-économiques (infrastructures portuaires, réseau de télécommunications) qui demandent des investissements à très long terme, alors que nous continuons d’importer beaucoup plus que nous exportons. Le gouvernement a mis en place un fonds social de développement pour réduire l’impact de ces réformes sur les personnes les plus démunies, mais il est mal géré. Exemple : des terres ont été distribuées par des ONG sans que les bénéficiaires du programme ne reçoivent le support technique adapté. A cela s’ajoutent les répercussions de la guerre d’Irak sur le secteur touristique. Nombreux sont les hommes d’affaires qui ont laissé des dettes colossales à nos banques.

Qu’en est-il dans le domaine de l’éducation ?
Le taux d’alphabétisation est faible - 55,6% - et en dépit des nombreux programmes internationaux , les filles continuent d’être moins éduquées que les garçons. Soixante à soixante-dix enfants dans la même classe… Parfois deux services à la journée (un premier contingent d ‘enfants viennent à l’école le matin et un autre l’après-midi)... Le contexte n’est pas brillant. Comme la loi rend l’école obligatoire sous peine d’amendes, certaines familles ne déclarent pas les naissances pour pouvoir se soustraire à cette obligation. Le gouvernement, il est vrai s’est efforcé de construire de nouvelles écoles, essentiellement dans le primaire, mais il reste un vrai problème de qualité. Mal payés, les professeurs désertent le public pour le privé. Et si le nombre de scolarisés augmentent, le nombre d’enfants qui laissent tomber l’école en cours de route aussi. Pour l’enseignement supérieur, nous nous confrontons à d’autres types de problèmes. Seule l’université, alors qu’elle offre très peu de débouchés professionnels, attirent les étudiants. A l’inverse, les écoles techniques qui offrent davantage d’opportunité sont méprisées.

Quelles sont les modes d’intervention de votre association ?
Notre association a aujourd’hui une expérience dans l’éducation formelle et informelle vieille de 64 ans. Elle a été fondée par Henry Ayrout, un Jésuite convaincu que l’éducation était la clef de voûte du développement. Aujourd’hui nous animons 36 écoles, qui accueillent 10 000 élèves, chrétiens et musulmans confondus. Nous insistons sur la formation des enseignants et encourageons la création d’associations de parents de manière à ce que les communautés soient parties prenantes de l’éducation des enfants. Dans le domaine de l’éducation informelle, nous développons des cours d’alphabétisation pour les femmes et des programmes destinés aux enfants qui ont décroché de l’école, en adaptant nos horaires à leur mode de vie car beaucoup aident leurs parents aux travaux des champs. Ça fonctionne plutôt bien, 75 % d’entre eux, réintègrent une école à la suite de ce programme. Nous intervenons aussi dans 22 écoles gouvernementales pour diffuser nos méthodes d’enseignement.

Propos recueillis par Bénédicte Fiquet

Dina Raouf Khalil Fahmy est chargée des programmes de développement pour l’AHEED -Association de la Haute Egypte pour l’Education et le Développement.

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