Numéro 265 - avril 2012

 

Rédigé le 12 avril 2012

L’austérité n’est pas une fatalité

Alors que les plans d’austérité se multiplient en Europe sur fond de crise de la dette, de l’Équateur à l’Islande, des solutions alternatives ont été expérimentées. Preuve que le remboursement des créanciers, sans discussions préalables, n’est pas une fatalité.

Auteur(s) : Laurence Estival
Mots-clés :

Explosion du chômage, coupes dans les budgets sociaux, paupérisation des populations… Ce qui se passe de la Grèce au Portugal en passant par l’Espagne, a des allures de « déjà vu ». Asphyxiés par les dettes, les pays en développement avaient en effet connu des expériences similaires lorsqu’ils avaient dû passer, dans les années 1990, sous les fourches caudines du FMI adoptant alors des programmes d’ajustement structurel réduisant fortement leurs marges de manœuvre pour réduire la pauvreté.

Depuis le lancement de la campagne Jubilé 2000, la mobilisation des ONG s’était amplifiée dans une cinquantaine de pays pour réclamer l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Sous la pression des mouvements sociaux, regroupés au sein de Jubilé 2000, le gouvernement équatorien a créé, en 2007, une commission d’audit de la dette composée de citoyens représentants de plusieurs mouvements de la société civile (Latindadd [1], Conseil latino-américain des Églises, Eurodad, CADTM…). «  En nous appuyant sur des documents comptables, nous avons pu déterminer que 90 % de la dette commerciale, qui s’élevait à 3 milliards de dollars, soit 40 % de nos créances, étaient illégitimes car ces prêts n’avaient en rien profité à la population, explique Hugo Arias, coordinateur de Jubilé Équateur et ancien président de Latindadd. Ces emprunts avaient été contractés entre 1976 et 1979 par le gouvernement militaire de l’époque, au moment où des réserves pétrolières ont été découvertes. Les créanciers voulaient s’approprier les revenus du pétrole en échange de leurs subsides. Un tiers de ces montants ont, de plus, été affectés à l’achat d’armement. » Aux termes de négociations, l’Équateur a ainsi épargné quelque sept milliards de dollars [2].

« De quoi permettre au gouvernement actuel d’augmenter les investissements dans la lutte contre la pauvreté. La part des dépenses consacrées à l’éducation est passée de 10 % à 22 % quand celle de la santé s’est accrue de 4 % à 12 % », ajoute Hugo Arias. Après s’être attaquée à la dette privée, la commission d’audit est en train de passer à la loupe les prêts consentis par la Banque mondiale et de nouvelles dispositions ont été introduites dans la Constitution : les demandes de crédits doivent désormais être approuvées par une commission citoyenne.

Mobilisation européenne

En Europe, aussi, le ton monte, notamment en Islande, ruinée en 2008 suite à la faillite de son système bancaire [3]. Alors que la Commission européenne et le FMI font pression pour que le nouveau gouvernement rembourse les dettes de la banque en ligne Icesave à ses créanciers, principalement britanniques et néerlandais, 93 % des Islandais refusent par référendum, en 2010, de se soumettre à ces injonctions. En février 2011, le Parlement approuve un plan de remboursement renégocié et rééchelonné de la dette, mais un nouveau référendum aboutit au même résultat. L’Islande a d’ailleurs intenté un procès à son ancien Premier ministre, jugé pour son incapacité à prévenir la crise.

« Si la richesse de certains Islandais provenait des prêts irresponsables de banques européennes, ces dernières n’ont-elles pas accepté de courir un risque de non-paiement qu’il leur appartient d’assumer ?, s’interroge Gaël Giraud, jésuite et économiste dans La Croix [4]. Quant aux épargnants britanniques et hollandais, lésés par le non-remboursement des dettes d’Icesave, pourquoi devraient-ils être remboursés par les chômeurs islandais ? C’est au système bancaire européen, à partir des bénéfices colossaux qu’il engendre, en partie grâce à la politique monétaire laxiste des banques centrales, de constituer un fonds de sauvetage des victimes que provoquent ses propres dérèglements. »

L’Islande n’est pas une exception : de la Grèce au Portugal, les citoyens descendent dans la rue pour exprimer leur colère. En France, l’appel pour un « Audit citoyen de la dette », lancé par une trentaine d’organisations, relayé par une centaine de comités locaux, a déjà recueilli près de 60 0000 signatures. Un exemple suivi de près par Hugo Arias : « Dans le système financier international, le premier objectif du crédit est l’accumulation de richesses par les créanciers, peu soucieux de savoir ce que font les gouvernements de l’argent. Par conséquent toutes les dettes doivent être vérifiées par les sociétés civiles du Nord et du Sud. »

[1réseau de plaidoyer pour une politique fiscale, en Amérique latine, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, travaillant notamment sur la dette des pays du Sud.

[2Si on comptabilise aussi les intérêts que le pays n’aura pas à verser.

[3En cinq ans, les trois principales banques du pays ont emprunté des sommes équivalentes à dix fois le PIB islandais.

[4La Croix, 8 mars 2011

Article mis en ligne le 15 octobre 2012

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