Publié le 20.01.2015 • Mis à jour le 05.02.2015

Au Brésil, la réinsertion passe aussi par la revalorisation des déchets

Basé à Campina Grande, dans l’état de la Paraiba, au nord-est du Brésil, le Centre d’Action Culturelle (Centrac), partenaire du CCFD-Terre Solidaire depuis 1996, se mobilise pour que les personnes exclues des processus de participation et d’inclusion sociale, puissent participer à l’élaboration des politiques publiques.

Il y a sept ans, l’horizon de Lourdes et Socorro se limitait à la décharge publique de Campina Grande, au cœur de l’Etat de Paraiba, au nord-est du Brésil. Plastique, aluminium, métaux... Plus de quatorze heures par jour, ces deux amies, la quarantaine, cherchaient dans des montagnes d’ordures ce qui pouvait être recyclable. Gagnant à peine de quoi se nourrir, elles « vivaient » dans une baraque composée de planches de bois et de tôles ondulées, à la lisière de la décharge. «  La vie était très dure, se souvient Lourdes. On était pauvres et, surtout, pour la plupart des gens, on n’existait pas. On était comme des ombres.  »

En 2008, tout change. Avec l’appui, notamment, du Centre d’Action Culturelle (Centrac), partenaire du CCFD-Terre Solidaire, une vingtaine de « récupérateurs de matériels recyclables » créent la Coopérative « Catamais » (« récupère plus »). Objectifs ? «  Sensibiliser les habitants de Campina Grande sur l’importance du tri sélectif des déchets et développer la commercialisation de ces matières recyclées pour offrir aux sociétaires de la coopérative et à leurs familles une meilleure qualité de vie. »

Contribuer à la formulation des politiques publiques

CENTRAC a été créé en 1986 par un groupe de professeurs et étudiants de l’Université Fédérale, dont certains étaient déjà impliqués dans des activités pastorales. « Dès le début, l’objectif a été de contribuer à former une culture citoyenne, explique Ana Patricia Sampaio, Coordinatrice Institutionnelle de Centrac. Il s’agissait aussi de favoriser la participation des organisations de la société civile et de citoyens impliqués dans la consolidation de la démocratie et de la justice sociale, pour contribuer à la formulation de politiques publiques qui bénéficient à la société. » Avec une priorité : « Se concentrer sur des segments de la population qui sont exclus des processus de participation et d’inclusion sociale. »

Y compris les jeunes pour lesquels de nombreuses actions et projets sont mis en place pour accompagner, former et qualifier afin d’améliorer leur intervention sur les politiques publiques. Le tout, sans oublier l’une de ses missions centrales : « Effectuer un strict contrôle social de la gestion publique, qui est un peu la marque de fabrique du Centrac, depuis l’adoption de la dernière Constitution en 1988. »

Évoluer en restant cohérent

Cette mission initiale est pourtant en train d’évoluer. « 2014 a constitué une année charnière pour le Centrac, car nous avons mis en place trois grands projets en partenariat avec le Gouvernement Fédéral, souligne en effet Ana Patricia Sampaio. Outre la constitution d’associations de récupérateurs de déchets recyclables, nous avons développé une démarche de valorisation du travail domestique en collaboration avec le Secrétariat Spécial des Politiques pour les Femmes. Enfin, nous travaillons également au programme de mise en place de citernes destinées à récupérer les eaux de pluie, tant pour les besoins domestiques que pour le développement de l’agriculture familiale, dans la région semi aride de l’État de la Paraiba. » Une petite révolution dans l’histoire de Centrac.

« De contrôleur des politiques publiques, nous sommes passés à devoir exécuter des politiques publiques, souligne en effet la Coordinatrice. C’est un grand défi que nous relevons au quotidien, car la logique gouvernementale et la manière de travailler ne nous permettent pas d’agir librement. »

Cette nouvelle donne n’empêche pas pour autant le Centrac de rester concentré sur les différentes thématiques qui lui sont chères. Avec la conviction qu’il existe une cohérence globale. « Notre mission est de faire en sorte que les populations laissées pour compte aient accès aux politiques publiques, martèle Ana Patricia Sampaio. Et ces dernières sont diverses : certaines répondent à des problématiques universelles comme l’accès à l’eau. D’autres sont plus spécifiques, comme par exemple les femmes. »

(Re)conquérir sa citoyenneté

L’expérience menée avec Lourdes, Socorro et les autres femmes de la coopérative « Catamais » est fait d’ailleurs figure de symbole. « C’est une grande satisfaction, car nous sommes parvenus à donner une visibilité à une catégorie de la population particulièrement marginalisée, et qui plus est des femmes, s’enthousiasme la Coordinatrice du Centrac. C’est gratifiant de savoir que l’on travaille avec succès sur la citoyenneté de ces personnes. Car dans un pays comme le Brésil, où l’on parle beaucoup de « reconquérir » sa citoyenneté, il s’agit dans ce cas-là de permettre à des personnes d’en avoir enfin une ! »

Des femmes qui, avec l’aide de Centrac, peuvent enfin accéder, pour elles-même et leurs enfants, à des programmes sociaux et devenir ainsi des citoyennes à part entière. Voire même des exemples à suivre en termes de respect de l’environnement.

Jean Claude Gérez

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