Noël contre la faim

Publié le 20.11.2014 • Mis à jour le 20.11.2014

Brésil, une banque communautaire prospère

Créée en 1998 dans une favela de Fortaleza, au nord-est du Brésil, la banque communautaire Palmas soutenue par le CCFD-Terre Solidaire est devenue un exemple de développement économique alternatif grâce à sa monnaie locale et à ses réussites en termes de création d’entreprises et de formation.

« Comercial Quixada » est un petit supermarché brésilien presque comme les autres, avec ses rayons bien achalandés et son espace cafétéria. La seule différence intervient au moment de régler ses courses. Comme l’indiquent les écriteaux installés sur les caisses du magasin, les clients ont en effet le choix de payer en Réal, la monnaie nationale brésilienne ou bien en « Palmas », la monnaie locale déclinée en plusieurs billets ornés d’un palmier blanc sur fond vert. Mieux, pour inciter à utiliser cette dernière, le magasin accorde jusqu’à 5% de remise sur l’ensemble des achats.

Cette pratique est partagée aujourd’hui par plus de 400 commerçants et artisans du Conjunto Palmeiras, une favela (quartier défavorisé) de Fortaleza (3,5 millions d’habitants), la capitale de l’état du Céara, au nord-est du Brésil. Elle couronne ainsi les efforts du « Banco Palmas », la première banque communautaire du Brésil, créée en 1998 par l’association des habitants de la favela. Un établissement bancaire qui dispose, depuis 2002, de sa propre monnaie, indexée à parité sur le Réal (1 euro = 3,22 Réais).

« Pourquoi sommes-nous pauvres ? »

« L’idée de cette monnaie sociale est venue lorsque nous avons décidé en 1998 de créer une banque communautaire destinée à accorder des microcrédits aux habitants, explique Joaquim Melo Neto, ancien séminariste et coordinateur de l’établissement. En nous posant la question : « pourquoi sommes-nous pauvres ? », nous avons constaté que, même dans un quartier défavorisé comme le nôtre, il existait des ressources (salaires, retraites, pensions, etc…), mais que la pauvreté était largement due au fait que la majeure partie de ces revenus était dépensée à l’extérieur. »

C’est de là qu’est né le concept d’une monnaie qui n’aurait de valeur marchande que dans l’enceinte du Conjunto Palmeiras, soit un territoire peuplé de 30 000 personnes environ.
« Pour les commerçants et artisans du quartier, poursuit Joaquim Melo Neto, le Palmas représente la garantie que l’argent des habitants est effectivement dépensé localement. En contrepartie, ils s’engagent à accorder des ristournes sur leurs produits et services. » Résultat ? Les clients payent moins cher et les commerçants peuvent les fidéliser. Et surtout, l’argent circule localement. Et peut être changé au guichet de la Banque Palmas.

Prêts accordés sur des critères humains

« La Banque a été créée en respectant trois principes essentiels, rappelle Joaquim Melo Neto. La gestion doit être faite par la communauté elle-même. Elle doit favoriser la création d’un système intégré de développement local à même de promouvoir le crédit, la production, la commercialisation et la formation. Enfin, le Palmas, considérée comme une monnaie circulante locale complémentaire avec la monnaie officielle (real), doit être acceptée et reconnue par les producteurs, commerçants et consommateurs du quartier. »

Concrètement, un habitant pourra donc emprunter une somme d’argent en Palmas (100 Palmas maximum) dans l’un des trois guichets de la banque pour faire face à ses besoins de trésorerie. Des prêts accordés sur la base de critères plus humains (enquête de voisinage, implication dans la communauté, etc…) que comptable. « A tout moment, il est possible d’échanger les Palmas contre des Réais, explique Joaquim. « Par exemple lorsqu’un commerçant doit reconstituer ses stocks en faisant appel à un fournisseur extérieur au quartier. » Une souplesse qui a convaincu Maria Dacilia de Lima Silva de réaliser son rêve.

Créer son entreprise dans la favela

Lassée de passer 12 heures par jour à l’extérieur du Conjunto Palmeiras pour un travail mal payé, cette couturière d’une cinquantaine d’années a en effet été l’une des premières clientes de la banque. « Après une formation pour apprendre les rudiments de gestion, nous avons, avec onze autres couturières, emprunté 15 000 reais (environ 4 650 €) en 1999 pour acheter des machines à coudre et du tissu. Nous nous sommes installées dans un local mitoyen de la banque et nous avons commencé à produire. C’est ainsi qu’est née « Palmafashion. » Les clients ? « Au départ on n’en avait pas, sourit Maria Dacilia. Mais on savait qu’ils existaient, ne serait-ce qu’en vendant nos produits sur les marchés environnants. »

Dix ans après, le pari semble gagné. L’entreprise, gérée comme une coopérative, compte jusqu’à 17 personnes, percevant chacune un revenu mensuel moyen de 550 reais (environ 170 €), soit un peu plus que le salaire minimum. L’emprunt a été remboursé et « Palmafashion » s’est même spécialisée dans la confection de jeans, produisant quelques 2000 pièces par mois. « Surtout, nous sommes nos propres patronnes, se réjouit Maria Dacilia. Et nous travaillons près de chez nous et tâchons de dégager du temps pour transmettre notre savoir. »

Plus de 100 « Bancos Palmas » créées

Ces résultats ont évidemment attiré l’attention des autorités brésiliennes. Poursuivi devant la justice lors de son lancement pour avoir utilisé de manière illicite le terme de « Banque », le Banco Palmas est aujourd’hui montré comme un exemple de réussite et une solution pour pallier à l’absence des institutions financières dans les quartiers défavorisés et dans les zones rurales enclavées de ce pays grand comme 17 fois la France. La preuve ? En 15 ans, plus de 210 entreprises et près de 2 000 emplois ont créés. Suite à ce succès, 103 autres « Bancos Palmas » ont vu le jour dans le Nordeste brésilien. Quant à Joaquim Melo, le fondateur, il a reçu en 2013 le prix des Objectifs du millénaire pour le développement pour l’Institut Palmas.

Jean-Claude Gerez.

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