Un avenir sans faim

Publié le 04.12.2013 • Mis à jour le 23.03.2016

Au Laos, un village résiste à la prédation des ressources naturelles

Le village de Long Lan au Laos est devenu un modèle de gestion communautaire durable des ressources naturelles, dans un contexte de déforestation intensive. Des paysans de toute la région du Mékong viennent découvrir son expérience pour s’y former aux techniques agroécologiques et apprendre à défendre leurs droits.

Déforestation et déstabilisation des populations locales dans la région du Mékong

Les régions traversées par le Mékong, au Laos, au Vietnam, au Cambodge, en Thaïlande et en Birmanie, bénéficient d’une nature très riche en biodiversité. Mais la politique d’exploitation intensive des ressources naturelles destinées à l’exportation (mines, bois, électricité hydraulique, agriculture chimique, monocultures de riz ou de caoutchouc) tend à laisser à l’écart les populations locales et détruit peu à peu leur environnement exceptionnel. En 35 ans, la forêt tropicale restante a été diminuée de 30%. Les minorités ethniques vivant dans ces zones sont particulièrement exposées et peu informées des conséquences pour elles des évolutions économiques et légales. Les migrations urbaines se développent dans un contexte de perte des valeurs traditionnelles, de destruction d’écosystème, et d’expropriation des terres.

SPERI veut valoriser la biodiversité et les habitants de la région du Mékong

L’association SPERI (Institut de recherche en politique sociale et écologique) est une association vietnamienne qui cherche à valoriser la biodiversité de la région du Mékong, au bénéfice des populations locales, dans le respect de leurs cultures et de la nature. Recherches biologiques, connaissance des systèmes juridiques et fonciers, études anthropologiques, l’association multiplie les initiatives pour capitaliser les connaissances des populations locales et améliorer leurs conditions de vie. SPERI valorise le rôle joué par les villageois dans la préservation de la forêt tropicale et encourage leur prise de participation à la vie politique locale et nationale. Elle les forme en parallèle pour leur donner une meilleure compréhension du contexte légal et économique dans lequel ils vivent, ainsi que les moyens d’action qu’ils peuvent utiliser.

Long Lan, un ilot de résistance

Le village de Long Lan au Laos est un village peuplé de Hmongs, une population souvent mal considérée car perçue comme ayant collaboré avec les Américains pendant la guerre. En 1996, les villageois sont déplacés de force des hauteurs de la forêt tropicale. Ils doivent changer leur mode de vie, leurs pratiques agricoles, et leurs coutumes liés aux lieux. La population se reconstitue un nouveau village dans la forêt et s’organise en association pour éviter que ses traditions ne disparaissent. Cette association leur permet de résister aux pressions extérieures : ils rejettent les offres d’entrepreneurs privés qui veulent racheter leurs terres pour la monoculture ou l’exploitation du bois. La rencontre avec SPERI va leur donner de nouveaux horizons.

Les Hmongs de Long Lan, reconnus protecteurs de la forêt par les autorités

Voir aussi le reportage photos publié sur Alterasia "Chez les protecteurs de la forêt laotienne, à Long Lan"par Arnaud Dubus et Guillaume Payen

Dans le village, peu de terres sont privatisées, une gestion communautaire régit la majeure partie du territoire en se basant sur le droit coutumier. Le travail mené avec SPERI va permettre aux villageois de nommer leurs pratiques, d’expliciter leur mode de gestion des différentes zones : réservées à la régénération de la forêt, à la récolte d’herbes médicinales, à la captation des eaux, à l’élevage, et à l’agriculture. Ce travail leur permet de faire reconnaitre leur rôle de gestion et de protection de la forêt par les autorités, qui sont officiellement engagées dans un plan de protection de la forêt tropicale.

En parallèle, SPERI propose à une quinzaine de jeunes villageois d’aller se perfectionner dans l’un de leurs centres de formation en agroécologie au Vietnam. De nouvelles techniques sont expérimentées : « Aujourd’hui nous produisons plus de 700 tonnes de légumes chaque année. Nous avons des revenus beaucoup plus stables. Nous pouvons envoyer nos enfants à l’école. » explique le chef du village .

Ces trois dernières années, SPERI, après être resté très discret a assis sa notoriété de manière à protéger les villages dans lesquels il travaille. Les terres de Long Lan, très convoitées par les entrepreneurs exploitant la forêt tropicale, ont été montrées dans des émissions de télévision, et des articles ont été publiés.

Une source d’inspiration pour toute la région du Mekong

Cette expérience de ’village écologique humain’ fait aujourd’hui l’objet d’une capitalisation. SPERI travaille à la publication d’un ouvrage ethno-botanique recensant la diversité biologique et culturelle de Long Lan. Cet ouvrage servira de base à la candidature de Long Lan pour se faire reconnaitre Patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 2016. La réalisation de cet ouvrage se fera sur la base d’ateliers inter-villages et inter-districts avec les anciens, les jeunes agriculteurs, les artisanes…

Le village de Long Lan accueille de plus en plus de visiteurs intéressés par son expérience. Les villageois ont décidé, avec l’aide de SPERI et le soutien du CCFD-Terre solidaire, de proposer des sessions de formations : techniques agro-écologiques, commercialisation et marketing, expériences alternatives, enjeux régionaux…
L’objectif de ce projet est de valoriser, à travers l’expérience réussie de Long Lan, la nécessité d’une cogestion des ressources sur la base des lois coutumières et traditions dans la région du Mékong.

L’approche développée à Long Lan servira aussi de base pour le plaidoyer pour une gestion durable conjointe des ressources naturelles. Elle a vocation à servir de source d’inspiration pour les activités de SPERI et ses alliés dans la région du Mékong.

Le CCFD-Terre Solidaire travaille avec SPERI depuis cinq ans. « C’est un partenariat relativement nouveau, mais la qualité du lien est exceptionnel dans la mesure où les échanges de vues sont toujours enrichissants pour les deux parties. Nous avons une grande convergence de valeurs. » explique Lucie Bouton-Blaise, chargée de mission pour le Laos et le Vietnam.

Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire était en visite au Laos mi-novembre 2013 avec un groupe de voyage du journal La Vie pour les rencontrer.

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