Publié le 28.03.2011 • Mis à jour le 23.03.2016

Sri Lanka, favoriser le respect à caractère universel, indivisible et interdépendant des droits de l’homme

Le CCFD-Terre Solidaire soutient l’association Law and Society Trust créée en 1982 à Colombo au Sri Lanka. Engagée dans la défense et la promotion des droits de l’homme, l’association axe son travail autour des droits civils et politiques, des droits économiques sociaux et culturels (DESC), ainsi que sur la question des droits humains en conflit et post-conflit.

L’objectif central de LST est de favoriser le respect à caractère universel, indivisible et interdépendant des droits de l’homme et d’assurer, sur cette base défendue, la justice pour tous. Menaces, disparitions forcées, assassinats...

La situation des droits de l’homme ne semble guère avoir évolué depuis la fin du conflit armé en mai 2009. « Elle a même empiré » déplore Ruki Fernando, responsable du programme Droits humains de Law and Society Trust partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

Opposants politiques, avocats, journalistes, leaders religieux continuent à subir les foudres d’un pouvoir dictatorial, en partie concentré entre les mains d’une même famille, celle du président de la République, et de ses frères, l’un ministre de la Défense et l’autre, chef de l’entité en charge du développement du nord du pays.

Prageeth Ekneligoda, journaliste et dessinateur est porté disparu depuis le 24 janvier dernier. Me Weliamuna, avocat des droits de l’homme et directeur de Transparency International, a fait l’objet de menaces et d’une campagne de diffamation.

Environ 11 000 personnes sont emprisonnées car suspectées d’avoir combattu aux rangs des LTTE (Tigres de libération de l’Eelam tamoul), certaines d’entre elles enrôlées de force. Des mois de captivité pour quelques jours de combat forcé alors que des leaders sanguinaires des Tigres sont aujourd’hui ministres, dénonce Ruki Fernado ! « Tant que le gouvernement appliquera l’impunité et une justice sélective, il n’y aura pas de réconciliation possible » insiste-t-il.

Quelques avancées néanmoins : deux tiers des déplacés tamouls (soit environ 200 000 personnes) ont repris le chemin de leurs villages et les 80 000 personnes, toujours présentes dans les camps, sont libres de leurs mouvements.

En revanche, aucune action, ni même réflexion ne sont menées au niveau politique sur les causes profondes du conflit (discriminations, domination culturelle, militarisation des territoires...). « Au Nord, dans les anciennes zones de combat, là où la population est tamoule hindoue, on construit des statues de Bouddha et des panneaux signalétiques en cinghalais » se désespère Ruki Fernando.

Les défenseurs des droits de l’homme sri-lankais font donc une nouvelle fois appel à la communauté internationale. Ils réclament une enquête indépendante et des poursuites en justice sur les crimes commis avant, pendant et depuis la guerre. Ils souhaitent un retour à l’Etat de droit avec notamment la fin des mesures d’Etat d’urgence et de lutte contre le terrorisme. Mesures qu’ils estiment aujourd’hui caduques mais qui autorisent tous les abus.

Enfin, pour éviter l’éclatement d’un nouveau conflit, il est urgent de lancer un débat public et politique sur la question des minorités. Les maigres espoirs de réconciliation reposent en partie sur la capacité de conviction qu’aura la communauté internationale sur le gouvernement de Colombo.

Plus de deux ans après la fin de la guerre qui a opposé, au Sri Lanka, les forces gouvernementales aux Tigres tamouls, la situation des populations tamoules semble toujours aussi critique. Ruki Fernando, qui, au sein du Law and Society Trust, une organisation de recherche et de plaidoyer sri lankaise fondée en 1982, à Colombo, s’occupe du programme Droits de l’homme et conflit, revient sur leur triste sort.

La guerre est-elle vraiment finie ?

Après trois décennies de combats, la guerre est effectivement terminée. Mais la fin de cette guerre et la défaite militaires des LTTE [Ndlr : les Tiges de libération de l’Eelam tamoul] ne signifient en rien que le problème de la question tamoule, qui dure depuis bien plus longtemps, soit résolu. Le gouvernement ne fait aucun effort pour trouver une solution politique à ce conflit ethnique.

Le gouvernement sri lankais a pourtant initié, en mai 2010, une commission de réconciliation ?

Les gestes ont souvent plus de valeurs que les paroles. Comment voulez-vous que des gens qui voient les tombes de leurs soldats [Ndlr : membres des LLTE] désacralisées par les troupes gouvernementales, des femmes qui sont sans nouvelles de leurs maris emprisonnés depuis dix ans sans raison, des familles qui ne peuvent obtenir de certificats de décès pour leurs disparus aient envie d’entendre parler de réconciliation ? Il ne pourra y avoir de véritable réconciliation tant que tous ces problèmes n’auront pas été réglés.

Quelle est aujourd’hui la situation sur place ?

L’armée sri lankaise a réquisitionné de nombreux terrains un peu partout pour des raisons de sécurité ou pour y construire ses campements. Cette forte présence militaire est loin de rassurer les populations locales. D’autant qu’ils construisent également des pagodes bouddhistes et qu’ils « cinghalisent » les noms des villages ou des routes. Ce qui est difficile à faire accepter à une population hindoue ou chrétienne et tamoulophone, qui vit cela comme une domination bouddhiste cinghalaise. Il ne faut pas oublier que la marginalisation de la langue tamoule est l’une des raisons du conflit entre les deux communautés.

Quid des déplacés ?

Ce conflit a fait des centaines de milliers de déplacés et la plupart d’entre eux sont désormais sortis des camps de réfugiés pour retourner chez eux. Mais dans quelles conditions ? Ils n’ont toujours pas d’habitations dignes de ce nom, ils n’ont aucune possibilité de travailler ou de subvenir à leurs besoins, les gamins étudient sous les arbres et il n’y a rien pour la santé. Ils ne reçoivent pratiquement aucune aide et même ceux qui vivent encore sous des tentes sont considérés comme des « relocalisés ». À cela s’ajoutent de nombreux problèmes de sécurité.

C’est-à-dire ?

Il y a de nombreux cas de viols et d’abus sexuels commis par des membres des forces armées sri lankaises. D’autre part, certains cadres des LTTE, qui, après s’être rendus, ont pourtant été réhabilités et relâchés, sont aujourd’hui victimes d’enlèvements ou de menaces. On est quand même assez loin de ce que l’on peut appeler un « retour à une vie normale », comme le fait le gouvernement.

Peut-on parler de racisme des Cinghalais à l’encontre des Tamouls ?

Racisme n’est peut être pas le bon mot. Mais c’est vrai que les Cinghalais ont tendance à croire que le Sri Lanka est une terre cinghalaise et bouddhiste et à se sentir supérieur aux autres. Ces croyances sont largement entretenus par notre Constitution, qui, pendant trente ans à fait du cinghalais la langue unique de ce pays, ou qui, tout en reconnaissant la liberté religieuse, donne la première place au Bouddhisme.

Propos recueillis par Patrick Chesnet

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Photo : Patrick Chesnet

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