©Nour Arafa

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Plan Trump : quelle est la situation à Gaza deux mois après le début du cessez-le-feu ? 

Publié le 18.12.2025| Mis à jour le 26.01.2026

Il y a deux mois, le 10 octobre, le cessez-le-feu entre l’Etat israélien et le Hamas entrait en vigueur. Quelques jours plus tôt, la Maison Blanche avait dévoilé un plan en vingt points, présenté comme une feuille de route vers une sortie définitive de la guerre. Si le « plan Trump » a souvent été présenté comme un plan de paix, force est de constater que la situation en Israël-Palestine reste explosive et que les conditions de ce plan ne permettent pas de garantir une paix durable à long terme. Deux mois après la signature du cessez-le-feu, nous décryptons la situation.  

La situation à Gaza expliquée par notre partenaire Filastiniyat 

Wafa Abdel Rahman est présidente de Filastiniyat, une organisation partenaire du CCFD-Terre Solidaire, qui soutient les femmes journalistes en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Elle fait le point en vidéo sur la situation à Gaza. 

Lire aussi : Wafa Abdel Rahman : Donner une voix à celles qui racontent le Proche-Orient

68 000

Plus de 68 000 Gazaouis ont été tués par l’armée israélienne depuis le début du génocide.

1,9 millions

Plus de 1,9 millions de déplacés forcés sur la même période (sur 2,2 millions d’habitants).

2 mois après le début du cessez-le feu, que penser du plan Trump ? 

Le plan Trump appelle à un cessez-le-feu immédiat, au retour des otages, à la démilitarisation de la Bande de Gaza, ainsi qu’au déploiement d’une « force internationale de stabilisation » dans la zone. Il est signé dans un contexte où Gaza est exsangue, affamée et croûle sous les débris des immeubles bombardés. 

Tour à tour, les journalistes partageaient le même sentiment de vide. Elles ne ressentaient absolument rien. Elles n’ont confiance ni dans les autorités israéliennes, ni dans les autorités états-uniennes pour faire tenir ce cessez-le-feu. Elles redoutent par-dessus tout de devoir s’affronter à la réalité : tout est détruit à Gaza. 

Wafa Abdel Rahman – Présidente de Filastiniyat 

Un cessez-le-feu non respecté 

Entré en vigueur le 10 octobre 2025, le cessez-le-feu a très vite montré sa fragilité. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, s’est dit « profondément préoccupé par ces violations continues », essentiellement de la part d’Israël. En deux mois, au moins 350 personnes supplémentaires ont été tuées par l’armée israélienne. 

Une aide humanitaire largement insuffisante 

En août 2025, l’ONU a officiellement déclaré la situation de famine à Gaza, utilisée comme arme de guerre par les autorités israéliennes, qui imposent un blocus quasi-total de l’aide humanitaire. 

Deux mois après le début du cessez-le feu, la situation reste dramatique à Gaza. La population gazaouie continue de manquer de tout : nourriture, médicaments, logements… 61 millions de tonnes de débris jonchent le sol de Gaza. 

Dans un contexte où tout, à Gaza, relève de l’urgence absolue, seuls deux points d’accès (au sud et au centre) peuvent être empruntés par les convois humanitaires. Les autorités israéliennes ont mis en place des restrictions drastiques à l’encontre des ONG. Ainsi, les principales organisations humanitaires se voient toujours refuser l’entrée sur le territoire. Et les Palestiniens de Gaza continuent de souffrir de la faim. 

Les Gazaouis se sentent isolés. Plus personne ne les regarde. Les médias ne s’intéressent plus à eux. C’est la pire chose qui puisse arriver. 

Wafa Abdel Rahman – Présidente de Filastiniyat 

Un plan Trump taillé sur mesure pour Israël 

Le plan prévoit un retrait de l’armée israélienne de Gaza en trois étapes consécutives. Or, aucun calendrier n’a été imposé au gouvernement israélien. De plus, la fameuse “ligne jaune” derrière laquelle l’armée israélienne s’est retirée à Gaza n’est pas physiquement marquée. Ainsi, depuis le début du cessez-le-feu, plusieurs citoyens gazaouis ont été abattus sous prétexte qu’ils avaient dépassé la zone autorisée… zone qu’ils et elles ne peuvent donc pas voir. 

Toujours selon le plan proposé par Trump, Israël gardera le contrôle de toutes les frontières de Gaza, y compris celle partagée entre le territoire palestinien et l’Egypte. Ceci représente un gain majeur pour l’Etat hébreu. 

Ce ne sont que quelques exemples du déséquilibre flagrant, au bénéfice d’Israël, qui caractérise le Plan Trump. 

Aucune mention de la Cisjordanie dans le plan Trump malgré la colonisation et l’explosion des violences 

De plus, la Cisjordanie est totalement absente de la feuille de route proposée par les Etats-Unis. Pourtant, cette question ne peut être isolée de Gaza, et doit être vue comme une prolongation du génocide

1000

Depuis octobre 2023, plus de 1000 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne ou par des colons, en toute impunité

5 fois/jour

En moyenne, les colons israéliens attaquent des villages palestiniens cinq fois par jour en Cisjordanie

Cette violence structurelle ne peut être ignorée par la communauté internationale, qui a le devoir de dénoncer cette annexion de facto et le régime d’apartheid mis en place par le gouvernement israélien. 

☞ Lire aussi : La colonisation israélienne en 10 questions

Des Palestiniens dépossédés de leur avenir 

Le plan Trump et la résolution des Etats-Unis proposée à l’ONU écartent pour une durée indéterminée la possibilité que les dirigeants palestiniens – hors Hamas – soient impliqués dans l’avenir de Gaza. Ainsi, en l’état, les Palestiniens et Palestiniennes ont une marge de manœuvre très limitée quant à leur propre destinée politique. 

La mise en place et la composition du “Conseil de la paix” apparaît hautement problématique. Emanation des pays occidentaux, excluant totalement tout représentant palestinien, ce Conseil serait présidé par Donald Trump, soutien inconditionnel du gouvernement israélien.  

La mention de la création d’un Etat palestinien était certes inespérée, mais essentielle pour que les pays arabes de premier plan – Arabie saoudite, Egypte, Jordanie, Qatar – acceptent le plan proposé par Donald Trump. Cependant, le “programme de réforme de l’Autorité palestinienne” n’est pas précisé, laissant craindre une tutelle du “Conseil de la paix” occidental pour une durée indéterminée. 

☞ Lire aussi : Reconnaissance de l’État palestinien : une première étape, mais insuffisante face à l’urgence

Ainsi, le scénario proposé par Donald Trump ne garantit absolument pas le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination. 

Les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ne doivent pas être oubliés

Pour le CCFD-Terre Solidaire, sur le moyen et long terme, le plan Trump ne garantit en aucune manière les conditions nécessaires pour permettre une paix durable en Palestine et en Israël.  

La trêve fragile ne doit pas non plus faire oublier l’étendue des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par les différentes parties, notamment le gouvernement israélien, à Gaza comme en Cisjordanie. La fin de l’impunité est une condition sine qua non pour une paix juste et durable, et la France doit tout faire pour s’engager dans cette voie. 

☞ Aller plus loin : Notre dossier Guerre à Gaza : comprendre et se mobiliser

Beaucoup se contentent de ce prétendu cessez-le-feu. Nous leur demandons de ne pas encore se reposer. Au contraire, de travailler plus. De documenter les crimes. De parler des populations, de leurs souffrances et de leur résilience, leurs espoirs.

Wafa Abdel Rahman – Présidente de Filastiniyat 

Les demandes du CCFD-Terre Solidaire 

Le CCFD-Terre Solidaire appelle la France et la communauté internationale à agir pour une paix juste et durable.

Nous appelons la France à s’engager pour la fin de l’impunité, en soutenant les mécanismes internationaux de justice, en conditionnant ses relations bilatérales avec Israël au respect du droit international, et en plaidant pour une solution politique inclusive avec les acteurs palestiniens.

Découvrez le détail de nos demandes, ainsi que notre décryptage complet du Plan Trump, dans notre note « Israël-Palestine, le jour d’après« .

La situation de la population à Gaza reste dramatique. 90% de la population a été déplacée. 92% des habitations ont été détruites. Seules 1,5% des terres agricoles restent intactes. Nos partenaires locaux continuent de se mobiliser : ils accueillent les personnes déplacées et doivent accroître leurs capacités. Tentes, nourriture, eau et électricité sont essentielles. ☞ Faites un don dès aujourd’hui au CCFD-Terre Solidaire pour soutenir la population à Gaza

Photo de couverture : Nour Arafa

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