La colonisation israélienne en 10 questions

Publié le 14.05.2024| Mis à jour le 17.05.2024

En quoi consiste la colonisation israélienne ? Pourquoi des Israéliens décident-ils de vivre dans des colonies? Quels sont les impacts de ces colonies sur la population palestinienne et les perspectives de paix ? Quels sont les enjeux au regard du conflit en cours ? Retour sur la colonisation israélienne en dix questions. 

Après l’attaque du 7 octobre 2023 et la gravité de ce qui se passe dans la bande de Gaza, la question de la colonisation israélienne en Cisjordanie peut paraître éloignée du conflit. Pourtant l’occupation et la colonisation du territoire occupé par Israël depuis 1967 sont au cœur des tensions depuis des décennies. Voici dix clés pour comprendre.

Travaux pour étendre la colonie illégale Avnei Hefetz, près du village de Shufa, dans la région de Tulkarem, le 8 février 2019. ©Anne PAQ/CCFD-Terre Solidaire

1. Qu’est-ce que la colonisation israélienne ?

La colonisation israélienne fait référence à l’implantation de populations civiles israéliennes dans les  territoires occupés militairement par Israël suite à la guerre des Six jours de 1967. Les colonies sont aujourd’hui principalement située en Cisjordanie et dans la partie Est de Jérusalem, ainsi que sur le plateau du Golan.

280

colonies ont été construites depuis 1967.

710 000

colons sont installés en Cisjordanie et à Jérusalem.

Le territoire Palestinien ne cesse de se rétrécir au fil des années :

2. Comment a commencé la colonisation israélienne ?

Après la guerre des six jours en 1967, Israël conquiert militairement plusieurs territoires :  la Cisjordanie (auparavant administrée par la Jordanie), la bande de Gaza (administrée par l’Egypte), le Sinaï (égyptien), et le Golan (syrien). Le gouvernement israélien encourage alors l’installation “d’implantation de peuplements” dans ces territoires occupés militairement : à Jérusalem puis dans toute la Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans le Sinaï.

La colonisation s’accélère à partir de 1977 et l’arrivée du Likoud (droite israélienne) au pouvoir. Suite à la signature des accords de Camp David avec l’Egypte en 1978, les colonies du Sinaï sont évacuées en 1982 et le Sinaï est restitué à l’Egypte.

Les accords d’Oslo de 1991, basés sur le principe de la paix contre des territoires, suscitent un immense espoir. Une Autorité palestinienne, destinée à se transformer en État, se met en place en Cisjordanie et à Gaza. Mais la colonisation reprend et s’accroit.

Les collines de Cisjordanie se couvrent de colonies, de tunnels et de routes de contournements qui rendent impossible la vie quotidienne des Palestiniens bientôt exclus de ces infrastructures réservés aux colons. La colère gronde chez les Palestiniens, qui y voient une trahison des promesses d’Oslo, pendant que l’Etat israélien ignore les problèmes et continue d’investir dans les colonies.

La colonie de Har Homa près de Bethléem face à des oliviers palestiniens en 2007. ©Anne PAQ/CCFD-Terre Solidaire

La colonisation est l’une des principales causes du deuxième soulèvement populaire palestinien (Intifada) qui éclate en 2000.

Israël invoque sa sécurité et commence la construction d’un mur pour se protéger des attentats. En juillet 2004, la Cour internationale de Justice conclut à l’illégalité du mur construit par Israël en territoire palestinien, principalement parce que son tracé a été établi de façon à incorporer du côté israélien de nombreuses colonies, rendant 9,4 % de la Cisjordanie inaccessible à la population palestiniennne et annexant de facto 51 % des ressources en eau.

En 2005, les colonies de Gaza finissent par être évacuées par l’armée israélienne tandis qu’un blocus implacable boucle l’étroit territoire. En Cisjordanie la colonisation, loin de ralentir, s’accroit.

3. Quels sont les problèmes posés par la colonisation israélienne ?

Pour la population palestinienne, la colonisation se traduit par l’expropriation de ses maisons, de ses terres et de ses ressources en eau. Elle assiste impuissante à la destruction de son habitat, de ses infrastructures, de son patrimoine et de son cadre de vie. Au fur et à mesure, la population palestinienne vit sur un territoire de plus en plus fragmenté, qui se réduit en peau de chagrin. 

Les colonies empêchent toute continuité territoriale en Cisjordanie. Les Palestiniens doivent emprunter des routes de contournement et des détours improbables pour circuler d’une ville à l’autre. Un trajet qui prenait 15 minutes auparavant prend désormais une heure pour contourner les colonies.

La colonisation brise l’espoir de la création d’un Etat palestinien sur un territoire viable. 

Que ce soit pour produire, commercer, se déplacer, étudier, travailler, se soigner, tous les domaines de la vie de la population palestinienne sont gravement affectés par la colonisation israélienne.  

Toutes les villes et villages de Cisjordanie sont sous la pression des colons.

A Jérusalem la partie palestinienne de la ville occupée depuis 1967 est grignotée et encerclée par des colonies, qui l’isolent du reste de la Cisjordanie.

4. Combien de colons vivent en territoire palestinien ?

A la fin 2020, plus de 710 000 colons selon l’Onu résidaient en territoire palestinien, avec une croissance démographique plus rapide que celle d’Israël. Cela incluait environ 220 000 colons à Jérusalem Est

La population de colons a plus que doublé depuis les accords d’Oslo en 1993. 

710 000

colons israéliens installés en Cisjordanie

3,2 millions

d’habitants palestiniens en Cisjordanie.

5. Pourquoi certains Israéliens choisissent-ils de vivre dans une colonie ?

Les motivations varient. Elles peuvent être religieuses, historiques, idéologiques ou liées à des considérations économiques, pratiques et sociales.  

Pour de nombreux colons, la décision de s’installer dans une colonie est motivée par des considérations religieuses et historiques. C’est le cas par exemple dans le quartier de Silwan à Jérusalem qui serait bâti sur le palais du roi David. C’est aussi le cas à Hébron, où 800 colons sont venus s’installer au cœur de la vieille ville palestinienne près du tombeau d’Abraham. 

Les recherches archéologiques cherchant à prouver la présence passée de personnages bibliques sur un lieu précis sont ainsi régulièrement le prétexte à l’installation de nouvelles colonies. D’autres mouvements du judaïsme critiquent cette manière d’utiliser les textes pour des revendications territoriales.  

Beaucoup peuvent aussi être attirés par des incitations économiques, comme l’accès à la propriété et à des logements abordables. En effet, Israël investit massivement dans les colonies et les infrastructures et proposent de logements à bas coûts aux Israéliens pour les inciter à venir dans les colonies. A l’inverse, il n’y a pratiquement pas de politiques de construction de logements sociaux en Israël même.

©Anne PAQ/CCFD-Terre Solidaire

Panneaux publicitaires israéliens pour des logements dans les colonies, près de la colonie de Givat Assaf, en Cisjordanie, le 20 octobre 2022. Sur le panneau central, on peut lire : “Ici, nous construisons des normes élevées, sionisme 2.0”.

6. La colonisation est-elle violente ?

Au-delà des motivations individuelles des colons, les colonies font partie intégrante d’un projet politique plus large visant à consolider le contrôle israélien sur le territoire palestinien occupé, notamment en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

Les gouvernements israéliens successifs ont souvent soutenu, directement ou indirectement, la création et l’expansion des colonies, en mettant en place des politiques qui facilitent leur création et leur croissance et en fournissant des infrastructures telles que des routes, des réseaux de transport et des services publics. 

Les colons israéliens sont protégés par le gouvernement et les soldats israéliens. Beaucoup de colons sont armés et n’hésitent pas à harceler les Palestiniens. Les Palestiniens doivent appeler l’armée israélienne pour se protéger, mais celle-ci n’hésite pas à prêter main-forte aux colons, arrêtant violemment les Palestiniens qui tentent de défendre leurs terres ou lançant du gaz lacrymogène en direction de maisons et écoles palestiniennes. En cas d’exactions de la part des colons, les recours juridiques restent inefficaces, et l’impunité la règle.

Des colons armés israéliens harcèlent des fermiers palestiniens et des activistes pacifiques venus les aider à récolter leurs olives dans le village de Jibya le 28 octobre 2022. © Anne Paq/CCFD-Terre Solidaire

En outre, le système d’apartheid mis en place impose des restrictions aux Palestiniens sur les permis de voyage ou sur l’accès aux ressources naturelles et aux services publics par exemple. Les différences de traitement devant la loi renforcent ce système de discrimination institutionnalisée. 

Un rapport de l’ONU de mars 2024 montre que, depuis le 7 octobre 2023, il y a eu 603 attaques de colons contre des Palestiniens. Au total, 1.222 Palestiniens de 19 communautés d’éleveurs ont été déplacés en conséquence directe de la violence des colons. 

Un enfant palestinien marche sur une route séparée dans la zone H2 d’Hébron, en Cisjordanie, le 6 mai 2018. Les Palestiniens ne peuvent marcher que sur le côté droit de la route, tandis que les colons marchent sur la gauche.

7. La colonisation israélienne est-elle légale ou illégale?

La politique de colonisation d’Israël est illégale et constitue une violation grave du droit international, en particulier de l’article 49 de la 4e convention de Genève de 1949 qui interdit à la puissance occupante de « procéder à la déportation ou au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ». 

Au regard de cette convention, toutes les colonies sont donc illégales. Pourtant, les Israéliens ne parlent de colonies illégales que lorsqu’elles ne sont pas reconnues par l’Etat israélien. Et même ces colonies illégales finissent souvent par être reconnues par l’Etat d’Israël.  

Malgré la reconnaissance du caractère illégal de la politique israélienne de colonisation au regard du droit international et la condamnation unanime de celle-ci par la communauté internationale, rien n’a permis jusqu’ici d’y mettre un terme. 

Au contraire, l’Etat d’Israël continue son expansion.  En 2018, l’adoption des lois fondamentales de l’Etat d’Israel mentionne clairement le développement de la colonisation comme une valeur nationale :

L’État considère le développement de la colonisation juive comme une valeur nationale et agit pour encourager et promouvoir sa création et sa consolidation. 

Loi fondamentale de l’Etat d’Israël (2018)

8. Quelle est l’importance économique des colonies pour Israël ?

Une importante vie économique s’est déployée ces dernières décennies au sein des colonies israéliennes, particulièrement florissante dans le domaine de l’agriculture, avec une production estimée à environ 500 millions de shekels, soit 100 millions d’euros par an. 

Un rapport de la Banque mondiale en 2013 a estimé que l’activité économique dans les colonies israéliennes en Cisjordanie représentait environ 4% du produit intérieur brut (PIB) d’Israël à cette époque. 

En 2020, le haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU a publié une base de données a étudié les cas de 112 entreprises liées directement ou indirectement aux colonies israéliennes dont 3 entreprises françaises : Alstom, Egis et Egis rail. Systra, jusque 2018, était également engagée dans l’extension du tramway reliant Jérusalem Ouest aux colonies en Cisjordanie. Plusieurs autres entreprises françaises sont ou ont effectivement été impliquées dans la colonisation israélienne. 

9. L’économie des colonies profite-t-elle aussi aux populations palestiniennes ?

Au contraire, l’accaparement par les colonies des activités économiques constitue la cause principale des difficultés de l’économie palestinienne. L’impossibilité pour la Palestine d’y déployer des activités économiques entraîne, selon la banque mondiale, un manque à gagner d’environ 3,4 milliards de dollars en Cisjordanie, soit 85 % du PIB palestinien. 

De manière générale, les restrictions de mouvement, d’accès et de commerce imposées par le gouvernement israélien sont la contrainte la plus importante à la croissance palestinienne. 

Un groupe de Palestiniens, d’internationaux et d’Israéliens marchent ensemble contre les colonies lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur de séparation israélien à Al Ma’sara, en Cisjordanie, le 16 juillet 2010.

10. Existe-t-il des solutions à la colonisation israélienne ?

En Israël, des voix s’élèvent depuis plusieurs années pour critiquer la colonisation israélienne et les choix de société qui en découlent. 

La France et l’Union européenne (UE) condamnent aussi la colonisation israélienne et appellent, de façon récurrente, Israël à y mettre fin. Mais ces appels n’ont jamais fait fléchir la volonté d’expansion des colonies de la part des différents gouvernements israéliens successifs. 

Le premier levier d’action pour les Européens est d’arrêter immédiatement tout commerce et investissement dans ces colonies. 

Les échanges économiques et commerciaux entre l’UE et Israël sont très importants. En 2022, la France a importé 1,5 milliard d’euros de biens israéliens, dont une partie provient des colonies. Le volume des échanges entre l’Union européenne, la France et les colonies israéliennes est difficile à établir car, dans l’écrasante majorité des cas, Israël indique l’origine des produits des colonies comme « made in Israël », malgré l’obligation d’étiqueter les produits des colonies en tant que tels. De nombreux produits israéliens commercialisés en Europe (fruits, légumes, vins, produits manufacturés…) sont donc susceptibles de provenir de colonies israéliennes. 

Une interdiction des importations de biens et services provenant des colonies en direction de l’UE permettrait de rompre le cycle de soutien économique qui alimente l’expansion continue des colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. 

Un autre moyen efficace de faire pression sur le gouvernement israélien est de suspendre les accords commerciaux, tels que l’accord d’association UE-Israël, conditionnés au respect des droits humains et du droit international. 

© Ophélie Chauvin

La suspension des accords commerciaux entre l’UE et Israël pourrait aussi constituer un moyen pour l’Union européenne d’agir de manière décisive face à la situation persistante à Gaza. Signez notre pétition pour demander à l’Union européenne d’agir ! 

En savoir plus sur le conflit à Gaza :

En savoir plus sur la colonisation israélienne :

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