n°306 - Octobre 2018
Décryptage

Article mis en ligne le 30 octobre 2018

La Bosnie-Herzégovine, cul-de-sac pour les migrants

Depuis la fermeture de la route des Balkans en mars 2016, nombre de migrants continuent de tenter leur chance pour rejoindre l’Europe en empruntant de nouvelles voies. La situation est devenue explosive en Bosnie-Herzégovine, cul-de-sac pour les réfugiés en quête d’un avenir meilleur.

Début mai 2018, à Sarajevo, les habitants découvrent à deux pas de la Bibliothèque nationale, un camp de fortune dans lequel quelque 500 personnes vivent sous des tentes installées dans le square mitoyen par des ONG, désireuses de créer une prise de conscience. De quelques centaines l’année dernière, le nombre de réfugiés s’accroît de mois en mois et pourrait, selon le ministre de la Sécurité bosniaque, atteindre les 9 000 d’ici la fin 2018. Du jamais vu dans un pays resté à l’écart des grands mouvements enregistrés à l’automne 2015 quand plus d’un million de personnes fuyant la guerre ou la pauvreté se pressaient sur la « route des Balkans », en direction de l’Europe.

En mars 2016, ce couloir humanitaire a été fermé mais les candidats à l’exil ne se sont pas pour autant résignés à renoncer à leur espoir de vie meilleure...

« Depuis décembre, nous devons faire face à une augmentation continue du nombre de réfugiés, explique Dorijan Klasnic, un des porte-parole de l’UNHCR à Sarajevo. Il y a ceux qui ont été bloqués dans un des pays situés sur la route des Balkans, principalement en Serbie. Et ceux qui ont cherché de nouvelles routes : depuis la Grèce, ils ont franchi l’Albanie, puis le Monténégro avant de se retrouver en Bosnie. »

De plus en plus de familles avec de jeunes enfants sont ainsi depuis deux ou trois ans sur les routes, ballotées de camps en camps en quête d’une porte de sortie. À l’image de Nadia, jeune syrienne, pas plus haute que trois pommes, qui berce son petit frère, comme d’autres enfants jouent avec un poupon, en attendant sa mère partie récupérer des vivres à la distribution organisée par des bénévoles.

Sarajevo n’est d’ailleurs qu’une étape pour les migrants qui souhaitent mettre le cap vers le Nord. Ils seraient entre 4 000 et 5 000 à chercher la faille afin de sortir de ce qui est devenu, du fait de la fermeture de derniers points de passage, un véritable cul-de-sac. À Bihac, à la frontière avec la Croatie, 3 000 personnes sont abritées depuis le printemps dans des bâtiments toujours en ruine depuis la fin de la guerre qui a opposé les pays de l’ex-Yougoslavie au début des années 1990. Dans un premier temps, la population locale s’est montrée solidaire, mais le maire constatait début août les premières tensions, vu le flux ininterrompu des arrivées... À 60 kilomètres de là, plus au nord, la localité de Velika Kladusa, est, elle aussi, débordée.

Le pays n’est pas préparé à faire face à de tels flux : il n’existe que trois centres d’accueil sur tout le territoire et plus grave encore, le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires, en dépit des cris d’alarme lancés par la société civile ou les organisations internationales. Dès le printemps, l’UNHCR s’est rapprochée d’ONG comme la Croix-Rouge, pour tenter de gérer les situations d’urgence. Et aussi des autorités locales pour mettre en place des procédures facilitant la reconnaissance des droits de ces populations en transit et permettre, aux rares personnes qui le désirent, de déposer une demande d’asile. Mais la division du pays en deux entités – la fédération de Bosnie et d’Herzégovine et la Republika Srpska – paralyse depuis des années le pouvoir politique.

L’approche des élections législatives, en octobre, n’incite pas les uns et les autres à aller de l’avant. L’entité serbe a même refusé catégoriquement d’accueillir un réfugié sur son sol et a accusé les Bosniaques de chercher via l’accueil de migrants à changer les équilibres démographiques entre Serbes, Croates et musulmans ! Face au chaos, l’Union européenne est elle aussi aux abonnés absents. Elle a certes débloqué une aide financière de 1,5 million d’euros pour couvrir les dépenses d’urgence, mais les blocages persistants au sein des pays membres sur la question de l’accueil des migrants risquent de transformer le cul-de-sac bosniaque en poudrière...

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