L’agro-industrie : un modèle en question

Publié le 30.10.2025

L’agro-industrie domine aujourd’hui une grande partie du secteur agricole, soulevant de nombreuses interrogations sur son impact économique, social et environnemental. Quels en sont les enjeux et les conséquences ?

Qu’est-ce que l’agro-industrie ?

L’agroindustrie désigne l’ensemble des activités liées à la production, la transformation et la commercialisation des produits agricoles à grande échelle. Elle repose sur une logique industrielle qui maximise les rendements à court terme, en utilisant des intrants de synthèse, des semences hybrides ou OGM, des machines lourdes et des systèmes de production intensifs. Cette approche vise à accroître la production agricole, uniquement sur un critère de volume, et soulève des critiques quant à ses conséquences sur les paysans et sur l’environnement.

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Les avantages de l’agro-industrie

A court terme, l’agroindustrie permet d’assurer une production massive de produits alimentaires et de matières agricoles (aliments pour le bétail, agrocarburants…), garantissant ainsi une offre abondante sur les marchés mondiaux. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production agricole mondiale a triplé depuis les années 1960 grâce aux progrès technologiques et aux techniques de culture intensive, même si aujourd’hui, dans les pays du Nord, les rendements ont tendance à stagner, voire à décliner.

Le secteur agricole industriel génère également des milliers d’emplois, avec 19 000 entreprises françaises employant près de 465 000 salariés en 2024, selon le ministère de l’Agriculture. De plus, il favoriserait la compétitivité des produits agricoles, permettant une baisse des prix pour les consommateurs et une augmentation des exportations dans de nombreux pays. Cela reste à nuancer car une partie de cette compétitivité est rendue possible par des subventions, notamment la PAC (Politique Agricole Commune), qui favorisent les grosses exploitations. 

Les inconvénients de l’agro-industrie

L’agro-industrie présente de nombreux effets négatifs. D’abord, elle accentue la disparition des petites exploitations familiales : en France, près de 100 000 fermes ont disparu entre 2010 et 2020, selon les chiffres de l’Insee. La concentration des terres profite aux grandes exploitations. 

La dépendance des agriculteurs aux industries agroalimentaires les rend économiquement vulnérables. Or, on oublie souvent que l’agriculture paysanne et familiale assure 80 % de la production alimentaire mondiale. Pourtant, ce sont ces petits producteurs qui, paradoxalement, souffrent le plus d’insécurité alimentaire.

L’agroindustrie s’accompagne d’une financiarisation de l’alimentation et de pratiques spéculatives. Les spéculateurs parient sur les évolutions du prix des denrées alimentaires, entraînant une hausse significative des prix des aliments pour les consommateurs dans certains cas, comme au déclenchement de la guerre en Ukraine, ce qui prive de nombreuses personnes d’un accès à une alimentation saine et abordable. Au Liban, le prix du pain a ainsi doublé en 2022.

Par ailleurs, l’utilisation intensive d’engrais et de pesticides de synthèse a des conséquences désastreuses sur l’environnement et sur la santé des populations, en premier lieu celle des agriculteurs et agricultrices. Les maladies comme Parkinson, le lymphome non Hodgkinien, les myélomes multiples et le cancer de la prostate sont reconnues en France comme maladies professionnelles liées à l’usage des pesticides.

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Enfin, contrairement aux idées reçues, l’agroindustrie n’est pas la clé pour nourrir la planète. Ce modèle, axé sur la productivité et le profit, fait abstraction des causes profondes de la faim : le changement climatique, les inégalités économiques, la pauvreté et les conflits.

Les branches de l’agro-industrie

L’agroindustrie se divise en plusieurs branches, et notamment :

  • Le secteur de l’amont : englobe l’agrochimie, les semenciers, le matériel agricole.
  • La production agricole : comprend les cultures céréalières, maraîchères, fruitières ainsi que l’élevage intensif.
  • La transformation agroalimentaire : inclut la production de biens finis comme les produits laitiers, la viande transformée et les plats préparés.
  • La distribution : dominée par de grands groupes imposant leurs conditions aux producteurs.

Pourquoi l’agroindustrie accapare les terres et les eaux

L’essor de l’agro industrie s’appuie sur l’achat massif de terres fertiles, souvent au détriment des populations locales. De grandes entreprises s’approprient des millions d’hectares, fragilisant l’agriculture paysanne et mettant en péril la sécurité alimentaire des populations. De plus, l’accaparement, la privatisation et la surexploitation des ressources hydriques pour l’irrigation des cultures industrielles assèche les réserves naturelles, aggravant la crise de l’eau dans de nombreuses régions.

Enjeux et perspectives pour 2026

Face aux dérives de l’agro industrie, de nombreuses voix s’élèvent pour promouvoir un modèle plus durable. Le développement de l’agroécologie paysanne et solidaire, qui préserve les ressources naturelles et réduit la dépendance aux intrants de synthèse, constitue une alternative crédible. Par ailleurs, des réformes sont nécessaires pour garantir une répartition plus équitable des terres et une meilleure rémunération des agriculteurs. En 2026, l’enjeu sera d’encadrer les pratiques industrielles pour limiter leurs effets néfastes tout en assurant une production agricole et alimentaire suffisante, saine et adaptée, qui réponde aux enjeux de la souveraineté alimentaire.

Le CCFD-Terre Solidaire continue de plaider pour repenser en profondeur notre système alimentaire afin qu’il soit plus résilient face aux crises d’aujourd’hui et de demain et que l’agriculture serve avant tout à nourrir les populations plutôt qu’à enrichir une minorité d’acteurs de l’agro-industrie.

Texte : Daphnée Breytenbach

Photo de couverture : Christophe Da Silva

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