© Sidonie Hadoux / CCFD-Terre Solidaire
1. Des motivations pour un projet
Pourquoi partir ? Partir pour quoi ?
Partir par curiosité touristique, par recherche d’exotisme, pour le soleil et la mer, pour du tourisme solidaire ; partir pour un voyage d’études, pour un plus au CV ; partir pour rencontrer d’autres religions, d’autres cultures ; partir pour échanger, confronter des idées ; partir pour vivre une expérience ; partir pour retrouver ses racines ; partir entre amis ; partir pour donner et partir pour recevoir ; partir pour relever un défi ; partir pour se sentir utile ; parce que « l’humanitaire c’est branché » ; partir pour changer de vie : « maintenant ou jamais » ; partir sur un coup de tête ; partir, car c’est sûrement mieux là-bas ; partir au moindre coût… partir avec soi-même !
1. Pourquoi travailler sur les motivations ?
Partir à l’autre bout du monde n’est pas un acte neutre. Il peut changer celui ou celle qui s’est lancé ou lancée dans l’aventure. Faire l’expérience d’une immersion dans un pays autre que le sien peut aussi bien se révéler une expérience positive déterminante qu’un échec, un rendez-vous manqué de la rencontre, de l’ouverture à l’autre. Ces échecs trouvent le plus souvent leur explication dans un manque patent de préparation au départ. Les jeunes n’expriment-ils et elles pas souvent la motivation de partir pour « aider », « faire de l’humanitaire » ? Faute d’un véritable accompagnement dans la réflexion et la construction de leurs motivations personnelles puis collectives, on ne pourra éviter l’écueil du malentendu (une perception faussée des personnes « aidées », par exemple, une vision biaisée des rapports internationaux, etc.) pouvant conduire à un contre-témoignage, à la diffusion ou la confirmation de clichés, à un malaise au cours du séjour.
Le travail sur les motivations constitue un véritable enjeu dans la préparation au départ. Il y a mille raisons – déclarées ou encore sous-jacentes – pour avoir envie de partir en voyage. Nous vous proposons ici d’éclaircir ces motivations. Cela doit permettre aux jeunes de passer, entre autres, de l’accroche « humanitaire » au désir de la « rencontre » et de prendre conscience de la pluralité des motivations en soi et au sein du groupe pour mieux préparer le séjour.
Les motivations de chacun·e et celles de l’ensemble du groupe, exprimées, rédigées et compilées feront une excellente base de travail quand il s’agira, au retour, de restituer l’expérience vécue. Un préalable qui permet ensuite d’aller bien au-delà du « bon souvenir ».
Travailler sur les motivations doit également permettre une projection à plus long terme, en plaçant le voyage comme une étape d’un parcours personnel et notamment d’engagement. En effet, l’expérience du voyage ne se résume pas au seul temps du séjour : elle se joue aussi dans l’« avant », l’« après » et dans l’évaluation que l’on peut faire du chemin parcouru par les jeunes grâce à cette expérience. Il s’agit alors de réfléchir en amont à l’apport de cette expérience sur un engagement ou des actions faisant suite au voyage (cf. étape 6 « Revenir… s’y préparer pour continuer »).
Le véritable objectif du voyage est la rencontre humaine.
2. Des motivations individuelles au projet collectif
Dans un premier temps, il s’agira de faire ressortir les différentes motivations au départ de chacun et chacune des membres du groupe et de mettre en évidence le fait qu’au cœur de nos motivations, il y a… nous-mêmes ! En effet, toute envie part de soi-même et, finalement, on part d’abord pour soi – découvrir, apprendre, se faire plaisir, se sentir utile… Malgré cela, sans motivation spécifique, pas de départ, donc pas de projet : toute motivation est légitime dans le sens où elle est cohérente, logique avec un parcours personnel, et il est important d’en prendre conscience avant de partir.
Les motivations de certains et certaines peuvent être ambivalentes, il est nécessaire de déculpabiliser : les désirs et les craintes, le voyage « pour l’autre » et le voyage « pour soi », chacun et chacune doit pouvoir les exprimer. Être au clair avec ses motivations permet aussi de vivre une expérience qui répondra aux attentes de chacun et chacune. Il est important alors de mettre en avant qu’un groupe est finalement une somme d’individus et donc une somme de motivations : chaque motivation sera à prendre en compte dans la construction du projet de groupe.
Un travail de convergence des motivations individuelles vers des motivations collectives sera nécessaire, tout en étant vigilant que les motivations individuelles ne viennent pas à l’encontre du projet collectif.
Une fois le projet mieux défini, au croisement des volontés personnelles, on demandera au groupe d’imaginer concrètement les effets envisageables de leur action à plus ou moins long terme.
Les jeunes pourront, pour ce faire, après les avoir exposés, croiser leurs compétences, leurs talents et leurs centres d’intérêt, et les mettre en regard du projet défini et des attentes des partenaires sur place. À ce moment, l’animateur ou l’animatrice soulignera le fait que l’aide souvent invoquée comme motivation reste finalement bien relative : le véritable objectif du voyage est la rencontre humaine.
Il est également à prendre en compte que les motivations évoluent. Il s’agit donc de se donner les moyens d’évaluer ce qui change en se référant régulièrement aux premières motivations afin de construire un projet qui correspondra à la recherche du groupe. De plus, cela permet de faire prendre conscience à chacun et chacune au fur et à mesure, du déroulement du projet, qu’il ou elle change, modifie son regard, ses opinions, ses attentes. Il ou elle développe ses capacités d’analyse, son sens critique.
L’échange avec d’autres groupes qui se préparent au départ ou qui sont déjà partis est souvent d’une grande richesse dans le cadre de ce travail : pour aider à formuler, renforcer, élargir les motivations, mais également pour tirer des enseignements d’autres projets. Des échanges dont les jeunes sont la plupart du temps très friands.
NB : tout le groupe ne partira peut-être pas, l’animateur ou l’animatrice doit garder cet état de fait à l’esprit. Cependant, ce travail de préparation s’adresse à toutes et tous, car l’enrichissement du voyage profitera à l’ensemble du groupe : il participe de sa fondation et assure sa cohésion.
3. Les motivations des partenaires
Les partenaires ont eux aussi des attentes et des craintes par rapport à ce voyage. Comme celles des jeunes du groupe, elles sont toutes légitimes. Il s’agit de prendre le temps de les recueillir, de les écouter, de les décoder pour les mettre en rapport avec le rôle que doivent jouer ces partenaires. Apprendre à accueillir les motivations du partenaire, c’est une première démarche dans la rencontre interculturelle. Elle renvoie aux différences de langage, aux différents sens donnés aux mots. Mais aussi aux différences de niveau de vie, à la réalité des relations entre pays, à la complexité de l’Histoire…
Ce travail tend à mettre en évidence la manière dont le groupe considère les personnes qui vont les accueillir : comme des « bénéficiaires » ? Comme des personnes, des individus avec lesquels échanger et bâtir un projet commun ? (cf. étape 5 « Vivre la relation partenariale. ») Ainsi, connaître les motivations des partenaires permet de renforcer le sens donné au voyage : il repose sur la rencontre, l’échange réciproque, l’accueil de chacun et chacune avec ses propres motivations, au sein du groupe et avec les partenaires.
4. Les motivations de l’entourage
À l’instar de celles des partenaires, connaître les motivations de l’entourage est essentiel, car les attitudes et réactions auxquelles le jeune va être confronté peuvent impacter la construction de son projet. Les parents, le mouvement ou l’association, l’institution, les partenaires financiers, les animateurs et animatrices ont eux aussi, qu’ils les expriment ou non, des motivations, des stratégies, des désirs ou des craintes par rapport à ce voyage. Dans le cas où la structure accompagnatrice est à l’initiative du projet, il semble indispensable que soient partagés les objectifs et motivations de celle-ci avec les jeunes participants.
→ Article suivant : 2. Développement et solidarité internationale
Les fiches d’animation
Fiche 1 – Je veux partir
Faire exprimer les motivations de chacun et chacune et mettre en valeur leur diversité.
Fiche 2 – Construire la confiance au sein d’un groupe
Travailler la connaissance mutuelle et la cohésion au sein du groupe.
Fiche 3 – Pourquoi, nous, on partirait ensemble ?
Prendre conscience de manière ludique de la pluralité des motivations et favoriser l’échange sur les différentes motivations individuelles pour construire des motivations communes.
Fiche 4 – Partir ensemble : un peu, beaucoup, pas du tout ?
Favoriser l’échange sur les différentes motivations individuelles pour construire des motivations communes.
Fiche 5 – Les craintes et les attentes : le tableau de bord
Exprimer les attentes et les craintes individuelles et les capitaliser comme outil de suivi pendant et après le voyage.
Fiche 6 – Qu’est-ce que je vais chercher ?
Interroger les jeunes sur leurs attentes quant à la rencontre que constituera le voyage.
Fiche 7 – Rédiger une charte
Créer une charte comme outil de « vivre-ensemble » pour le groupe.
Fiche 8 – Jeu Solidarité et Afrique
Appréhender la diversité des attentes et motivations d’un individu, d’un groupe ou d’un partenaire et susciter une réflexion sur les préjugés que peuvent avoir les différents acteurs d’un projet de solidarité internationale, les uns envers les autres.
Fiche 9 – Le projet de voyage, étape d’un engagement solidaire sur le long terme
Découvrir la notion d’éducation à la citoyenneté et la solidarité internationale, et prendre conscience que le voyage n’est qu’une étape d’un projet plus global.
Fiche 10 – Partons ensemble
Construire des motivations communes à partir de motivations personnelles.
Fiche 11 – Être au clair avec ses motivations
Exprimer les motivations personnelles et mettre en valeur leur diversité et légitimité. Prendre conscience qu’au cœur de toute motivation il y a le « moi ».
Fiche 12 – Un voyage au cœur du monde
Réfléchir aux motivations personnelles et collectives, notamment sur Partir pour rencontrer/Partir pour aider, à travers des exemples de projets mis en place par d’autres groupes.
Quelques références sur la question des motivations
Learn&Kiff : Et si on voyageait autrement
Alice Vitoux et Stéphane Kersulec, éditions ABM
Alice et Stéphane ont décidé de faire un tour du monde. L’appel de l’aventure, le rêve du voyage au long cours. Mais une question toute simple a véritablement bouleversé leur réflexion : pourquoi voulaient-ils voyager ?
Un ouvrage relatant un voyage autour du monde d’un jeune couple dont l’envie était de partager et d’aller à la rencontre des habitants des pays traversés. Truffé de conseils pratiques, ce livre s’adresse donc aussi bien à ceux qui souhaitent franchir le pas qu’aux globe-trotters chevronnés.
Désirs d’ailleurs, essai d’anthropologie des voyages
Franck Michel, Les Presses de l’Université Laval, 2004
Pourquoi voyage-t-on ? L’auteur explore les différentes motivations (plus ou moins conscientes, plus ou moins avouées !) qui mènent au voyage. Par le tourisme responsable, il aborde de façon très explicite les désirs qui conduisent à ces voyages solidaires. Pour aussi prendre conscience que, quoi qu’il en soit, nos voyageurs sont aussi des touristes !
L’invention de soi, une théorie de l’identité
Jean-Claude Kaufmann, Hachette Littératures, 2004
Un des enjeux majeurs, une des motivations souvent inconscientes, de ces voyages solidaires est la construction de soi. Être sujet de son existence, dessiner le cours de sa vie implique un travail complexe, éprouvant et risqué. En nous ouvrant les portes de la fabrique à s’inventer, ce livre nous donne à voir ce processus de construction où alternent passion créative et désarroi.
Le « sauveur blanc »
Le complexe du sauveur blanc, Draw my news, France Télévisions, 2018 et d’autres vidéos, disponible ici
Vous trouverez sur les plateformes de nombreuses vidéos qui décrivent la notion de « sauveur blanc » pour la dénoncer. En effet, depuis quelques années, on interroge les motivations des jeunes partant en voyage solidaire sous ce prisme. Cela permet de se questionner pour partir de façon plus responsable et respectueuse.
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