Un avenir sans faim

Publié le 12.07.2017 • Mis à jour le 17.07.2017

Sri Lanka : aider les personnes déplacées par la guerre, en particulier les veuves

#SriLankaAprèsGuerre (1/3)

Après des années d’un long conflit meurtrier, l’association sri lankaise Nafso accompagne le retour des personnes déplacées par la guerre, notamment beaucoup de veuves dépossédées de leurs biens.

Huit ans après la fin de la guerre [1], le retour des réfugiés dans le nord et le nord-est du pays s’effectue peu à peu. Francis Priyankara Costa, coordinateur et formateur auprès du Nafso, association soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, explique :

« Lorsque la nouvelle équipe gouvernementale est arrivée au pouvoir en janvier 2015, il y avait à Jaffna, dans le nord de l’ile, quarante-deux camps de déplacés pour cause de guerre. Aujourd’hui, il n’y en a plus que vingt-neuf ».

Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là :

« Le problème est que l’on s’est contenté de renvoyer les déplacés dans des lieux qui leur avaient été désignés, pas forcément sur leurs terres. Le gouvernement a confondu réinstallation et relocalisation. Et personne ne veut aller vivre dans certains lieux retournés à la jungle après trente années de guerre. »

La possibilité pour les déplacés d’avoir accès à la terre, au logement, et à la restitution de leurs patrimoines à leur retour est compliquée. En cause, les destructions causées par le conflit, l’occupation irrégulière des terres par des opportunistes, y compris par des forces armées, la création de lotissements permanents destinés à accueillir de nouvelles populations cinghalaises, et de zones économiques spéciales.

Accompagner les veuves dans un pays où le droit à la propriété est réservé aux hommes.

Parmi les déplacés, on ne compte pas moins de 80 000 veuves, dont un grand nombre qui doivent désormais subvenir seules aux besoins de leurs enfants. Traditionnellement, et légalement, la femme n’est pas propriétaire des terres qu’elle occupe avec son mari. Elle ne peut donc faire valoir ses droits à la propriété commune en cas de décès de l’époux :

" La plupart des veuves de guerre s’est retrouvée dépossédée de ses biens et les “jeunes veuves”, celles de la seconde génération, qui n’a connu que les camps ou les déplacements perpétuels, elles, n’ont carrément rien. "

Autant d’injustices auxquelles le Nafso s’attaque. Il aide les femmes à pouvoir récupérer de manière légale leurs biens. Il les encourage aussi à s’unir dans une grande fédération afin de mieux faire entendre leurs voix. Se réunissant régulièrement, elles sont incitées à prendre la parole, et à assumer de nouvelles responsabilités.

Grâce à Nafso, 800 familles réinstallées sur leur terre

Et les résultats sont là. Comme lorsque huit cent familles de déplacés sont réinstallées sur leurs terres dans la région de Sampur, à l’est du pays. Un combat qui fut long.

Francis se souvient :

« Après plusieurs mois de manifestations et de lobbying, le gouvernement a finalement accepté de leur rendre leurs terrains en février 2015. Mais, sur place, les autorités locales, civiles et militaires, ont refusé, arguant qu’elles n’avaient toujours pas de titres de propriété.
Alors elles ont repris leurs actions et, le 27 mars 2016, le dimanche de Pâques, elles ont décidé d’occuper “illégalement” leurs terres. Depuis, elles ont finalement eu le droit de s’y installer en toute légalité. Maintenant, elles continuent de se battre pour obtenir une maison. »

Dans un contexte de restauration démocratique progressive à Sri Lanka, NAFSO va poursuivre dans les années qui viennent son travail de plaidoyer et de mobilisation sociale sur les questions de réinstallation des déplacés internes tamouls et de réconciliation nationale. L’association veut aussi redonner un peu plus d’attention aux enjeux liés à la pêche et à la gestion des littoraux qui sont confrontés à la multiplication de grands projets de développement économique destructeurs dans l’ensemble du pays.

A lire aussi : A Sri Lanka, appuyer les pêcheurs face à l’accaparement du littoral


Patrick Chesnet

a consacré plusieurs articles à ce partenaire en mars 2017 :
Herman Kumara, pour le respect des simples habitants du Sri-Lanka
Neranjan Senapathi, au nom de la plage

Lire aussi les recommandations de Francis Priyankara Costa : Tourisme au Sri-Lanka : Six conseils pour voyageurs responsables

[1Le conflit opposant les Tamouls au gouvernement central a duré de 1983 à 2009. Il a fait plus de 100 000 morts.

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