Un avenir sans faim

Publié le 11 juillet 2017

Le programme Paies, une nouvelle approche pour soutenir la transition écologique et sociale à partir de l’Afrique

Le CCFD-Terre Solidaire accompagne un ambitieux Programme d’appui aux initiatives économiques pour une transition écologique et sociale des territoires ruraux (le Paies) déployé dans un premier temps au Sahel et en Afrique des Grands Lacs.
De grande ampleur, il marque le début d’une nouvelle approche du CCFD-Terre solidaire pour favoriser l’accès des populations du Sud à leur souveraineté alimentaire.

Jean-Baptiste Cousin, ‎directeur du partenariat international au CCFD-Terre Solidaire, nous explique la nouvelle philosophie d’approche de ce programme


A quels défis le programme Paies répond-il ?

Jean-Baptiste Cousin : Le Paies a été lancé pour répondre à trois grands enjeux :

  • la conquête de la sécurité et de la souveraineté alimentaire,
  • le renforcement des capacités du monde paysan
  • l’adaptation des populations aux dérèglements climatiques.

Il ne s’agit plus seulement de lutter contre la faim, la pauvreté ou les inégalités. Mais bien d’enclencher une transition sociale et écologique pour répondre en profondeur aux besoins des populations rurales. Le projet accompagne les partenaires dans chacun de leur territoire respectif pour bâtir un système viable et alternatif.

La dimension symbolique est forte : avec les associations partenaires avec qui nous travaillons, dans une réflexion commune, nous prenons conscience d’être engagés non plus dans le colmatage d’injustices, mais dans la construction d’un système différent, et à valeur de modèle. C’est très motivant.

Pour quelles raisons commencer ce programme au Sahel et dans l’Afrique des Grands Lacs ?

Les deux zones retenues correspondent à des biotopes très différents, par le climat, la nature des sols, les reliefs. Mais dans les deux régions :

  • une partie de la population ne mange pas à sa faim.
  • les dérèglements climatiques et l’érosion des ressources, avec des effets différents, se font sentir de manière de plus en plus pressante
  • L’emploi des jeunes est une préoccupation majeure
  • L’agroindustrie n’est pas encore très implantée, comparée à d’autres régions africaines.

Pourquoi l’agroécologie est-elle au cœur du programme Paies ?

Dans les deux régions, la solution agroécologique s’impose comme une évidence :

  • elle permet une amélioration des rendements et de la souveraineté alimentaire des populations ;
  • elle représente une réponse performante aux conséquences du dérèglement climatique qui se font sentir d’une manière différente mais avec la même acuité ;
  • face à l’érosion des ressources, elle représente une alternative à l’impasse d’une agriculture intensive nécessitant une forte dose d’intrants ;
  • elle mobilise une main d’œuvre importante et permet à des jeunes de rester sur leurs terres.

Pour nous l’agroécologie ne promeut pas seulement un basculement technique.

Elle comprend :

  • la maîtrise des ressources : semences, terre, eau, savoir-faire paysans, mais aussi la commercialisation,
  • le renforcement des circuits courts,
  • la promotion des femmes,
  • l’inclusion des jeunes,
  • l’établissement de gouvernances collectives
  • la promotion d’un autre rapport à la nature.

Elle a une dimension sociale et politique que nous appelons « agroécologie paysanne ».

Comment les organisations paysannes africaines accueillent-elles l’agroécologie ?

Beaucoup des associations ou mouvements paysans partenaires avec qui nous travaillons pratiquent déjà l’agroécologie.
D’autres commencent leur « révolution copernicienne », abandonnant la perspective de l’agriculture industrielle, modèle officiel de la plupart des gouvernements et poussé par la Banque mondiale. Il leur faut concevoir que l’agroécologie n’est pas une régression.
Certaines organisations paysannes, même si elles sont convaincues de la justesse de cette nouvelle approche, doivent aussi tenir compte de nombre de leurs membres qui demandent toujours des intrants, de la technologie…

À ce stade, le Paies permet à tous de prendre conscience qu’il existe une vision alternative prometteuse. Il crée une dynamique collective autour de l’agroécologie, par le partage d’expériences et la mise en réseau.

Dans les différents pays, le Paies encourage ainsi la création de plateformes nationales d’agroécologie.

Quels résultats pour cette première phase, qui s’achève à l’automne prochain ?

Nous nous donnons dix à quinze ans pour juger de transformations durables des pratiques, et mesurer des résultats sociaux, économiques et écologiques.
Les indicateurs de cette première phase concernent le nombre d’ouvrages créés pour la rétention d’eau, de parcelles engagées en agroécologie, de formations administrées, etc. Et tout est en bonne voie.
Cependant, nous avons d’ores et déjà des réponses très positives sur l’esprit même de la démarche.

Sur un continent focalisé par la lutte contre la faim, nous pouvions redouter que l’agroécologie soit perçue comme une approche plaquée par le Nord, en réponse à nos propres angoisses. Il n’en est rien, et c’est même une surprise de constater que ces nouvelles pratiques font tâche d’huile.

L’approche agroécologique crée un débat dans l’ensemble du monde paysan, non seulement par la réponse immédiatement crédible qu’elle apporte sur le terrain aux paysans les plus affectés par les perturbations du climat, mais aussi parce qu’elle fait écho à des pratiques et des valeurs ancestrales qui sont encore bien ancrées dans les mentalités.

En quoi le programme Paies est-il innovant dans sa méthode ?

Nous dépassons le format habituel des programmes de solidarité internationale — des actions portées par une organisation impliquant une ou plusieurs ONG dans un seul pays.
Avec le Paies, nous intervenons sur de grandes zones transfrontalières impliquant plusieurs pays — Sahel et région des Grands Lacs pour la première phase. La gouvernance est assumée par quinze organisations partenaires. Ce sont par exemple les organisations de terrain qui assument les tâches de compte-rendu et de rapport, fonctions généralement dévolues aux ONG du Nord.

Quelles sont les perspectives à plus long terme ?

Après cette première phase africaine, nous travaillons à un déploiement du programme en Amérique Latine, dans les Andes, ainsi qu’en Asie, dans la région Timor Leste - Indonésie. Nous en sommes au tout début, mais le Paies sera la priorité du CCFD-Terre solidaire sur toutes ces zones pour la décennie à venir.

Propos recueillis par Patrick Piro

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