© Roberto Valerio
COP29 : tout ce qu’il faut savoir sur le rendez-vous climat de 2024
La COP29, qui se tient du 11 au 22 novembre 2024 en Azerbaïdjan, est attendue au tournant pour répondre à l’urgence climatique. Mais qu’est-ce qu’une COP et quels sont les enjeux de la COP29 ? On fait le point.
Quand et où a lieu la COP29?
La COP29 se déroule du 11 au 22 novembre 2024 à Bakou, en Azerbaïdjan. Elle est présidée par Mukhtar Babayev, le Ministre azerbaïdjanais de l’Écologie et des Ressources Naturelles, et ancien cadre de la compagnie pétrolière SOCAR.
La COP29 est la conférence annuelle internationale des Nations Unies sur le changement climatique. Comme son nom l’indique, la COP se réunit pour la 29ème fois.
Pourquoi la COP29 est-elle attendue ?
Sur tous les continents, les effets du dérèglement climatique s’intensifient et s’accélèrent. Cette année encore, la planète a connu une série d’événements climatiques extrêmes. L’été 2024 a été le plus chaud jamais enregistré. Des mégafeux ont décimé le Canada, la Californie et la Grèce. Le Kenya, le Brésil et l’Europe ont été ravagés par des inondations sans précédent. Des typhons d’une ampleur inédite ont secoué l’Asie. En Méditerranée, les températures de la mer ont atteint des niveaux record.
Dans son dernier rapport, l’ONU alerte que l’objectif de 1.5°C « sera bientôt mort » et « sans réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, le monde pourrait être confronté à une augmentation inévitable et catastrophique de la température de 3.1°C » au cours du siècle.
« Soit les dirigeants parviennent à combler l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions, soit nous plongeons tête baissée dans une catastrophe climatique affectant les plus pauvres et les plus vulnérables », avertit Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU.
Quels sont les enjeux de la COP29 ?
Le financement de la transition énergétique
La question du financement de l’action climatique sera au cœur des débats de la COP29. Les négociations doivent aboutir à un accord sur le Nouvel Objectif Collectif Quantifié (NOCQ), qui vise à augmenter le soutien financier aux pays en développement d’au moins 100 milliards de dollars par an pour les aider dans leurs efforts d’atténuation et d’adaptation face à la crise climatique.
Les discussions sur la mise en œuvre du Fonds pour les Pertes et Dommages, destiné à soutenir les pays historiquement les moins pollueurs, mais les plus durement touchés par la crise climatique, devront également se poursuivre.
Les États doivent renouveller leurs engagements climatiques
La COP29 marque également le début de la période durant laquelle les gouvernements devront soumettre leurs nouvelles Contributions Déterminées au niveau National (CDN). Ces CDN représentent les engagements pris par les États signataires pour répondre aux objectifs de l’Accord de Paris.
D’après l’ONU, l’objectif de 1.5°C serait irréaliste d’ici quelques années, à moins que les nations ne s’engagent collectivement à réduire de 42% les émissions annuelles de GES d’ici 2030 et de 57% d’ici 2035 dans le cadre de la prochaine série de CDN.
Énergies fossiles : la crainte d’une emprise des lobbies sur les débats
À l’issue de la COP28, l’Accord de Dubaï a appelé à un compromis inédit pour une « transition hors des énergies fossiles », sans toutefois imposer aux États un plan de sortie.
La désignation de l’Azerbaïdjan — un pays autocratique et grand exportateur de pétrole — pour accueillir la COP29 a suscité des inquiétudes quant à sa volonté de poursuivre les négociations pour une sortie effective des combustibles fossiles, responsables à 75% des émissions de GES. À quelques jours du début de la conférence, un rapport met en garde contre les risques de corruption et d’influence des lobbies. Les sociétés civiles craignent que l’intégrité des débats sur le climat à la COP29 ne soit minée par les intérêts des énergies fossiles.
Qui sont les participants de la COP29 ?
Les participants sont les chefs d’État et de Gouvernement de l’ensemble des États signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, des représentants régionaux ou locaux.
La conférence accueille aussi des acteurs non-étatiques qui ont un statut d’observateurs, comme ceux du secteur privé : des représentants de la finance, des entreprises, et des investisseurs. Des membres de la société civile et des ONG peuvent également assister aux débats comme observateurs. Seuls les États participent aux négociations.
Qu’est-ce qu’une « COP » ?
L’acronyme COP (Conference of Parties) signifie la conférence de toutes les parties (ou états) signataires de la Convention-Cadre de l’ONU sur les changements climatiques. Cette convention (CCNUCC), adoptée en 1992, reconnaît l’existence de dérèglements climatiques et vise à stabiliser le taux d’émission de gaz à effet de serre (GES) en proposant des solutions dans le cadre d’une coopération internationale.
Quelle est l’histoire de la COP ?
C’est la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Climat qui a donné naissance à la COP. Ainsi, depuis 1995, les états signataires se retrouvent une fois par an, dans une ville différente, pour deux semaines de discussions et de négociations autour du climat. L’enjeu : trouver des solutions pour ralentir le réchauffement climatique et assurer un suivi des accords mis en place.
À quoi servent les COP ?
Les COP ont pour objectif de limiter les émissions des gaz à effet de serre anthropiques (d’origine humaine) responsables du réchauffement climatique. Les gaz à effet de serre (GES) sont des gaz qui absorbent les rayons solaires et qui les retransmettent dans l’atmosphère sous forme de radiations : c’est l’effet de serre. Parmi ces gaz, on retrouve le dioxyde de carbone (CO2), mais pas seulement : le méthane et le dioxyde d’azote ont aussi un impact très important. L’activité humaine accroît leurs émissions dans l’atmosphère, ce qui contribue au phénomène du réchauffement climatique. Il existe des COP sur de nombreux sujets, mais seules celles qui portent sur le climat font l’objet d’un sommet annuel.
Retour sur 28 COP : l’historique de la bataille pour des mesures contraignantes en faveur du climat
Il faut attendre 1997 pour qu’un mécanisme contraignant voie le jour, grâce au protocole de Kyoto, qui contraint les états à réduire de 5,2 % leurs émissions de GES d’ici 2020.
C’est une première étape, mais celle-ci reste insuffisante : seulement 37 pays industrialisés ont ratifié le traité. Et surtout, les sanctions relatives au non-respect du protocole n’ont pas été définies.
En 2009, la COP 15 qui s’est tenu au Danemark, se solde par un échec historique. Une grande partie de la scène internationale et de la société civile, dont le CCFD-Terre Solidaire, attendaient un prolongement du protocole de Kyoto avec un accord plus ambitieux.
Le texte adopté affirme certes la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, mais il ne reste qu’un accord de « façade » non-contraignant.
En 2015, est signé le fameux « Accord de Paris ». Pour la première fois depuis 1997, les états réunis s’entendent sur un objectif commun : ils s’engagent à contenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C, voir de 1,5°C, d’ici 2100.
Autre bonne nouvelle : les deux plus grandes puissances pollueuses, la Chine et les États-Unis, ont ratifié l’accord. Mais un an après sa signature, les émissions sont déjà trop élevées pour atteindre l’objectif fixé.
Cinq ans plus tard, aucun pays n’est en voie de l’atteindre. Les prévisions estiment que la température risque d’augmenter de 3°C à 5°C d’ici la fin du siècle.
En 2019, à Madrid, la COP la plus longue de l’histoire a laissé un goût amer au sein de la communauté internationale et de la société civile.
L’accord minimal, qui a été péniblement conclu, illustre le manque d’ambition et les profondes divisions entre les états qui n’ont pas réussi à s’entendre sur les principaux points à la table des négociations : mettant ainsi à mal le multilatéralisme dans la lutte contre le dérèglement climatique.
À la COP26, qui s’est déroulée à Glasgow, les pays devaient rehausser leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Peine perdue. Les efforts supplémentaires annoncés ne devraient permettre de limiter qu’à la marge le réchauffement, qui pourrait atteindre 2,7°C à la fin du siècle.
- Des réticences pour aider les pays du Sud à faire face aux dérèglements climatiques
Lors de la COP26, les pays riches, émetteurs historiques des émissions de GES , ont été frileux sur le principe d’accorder des financements nécessaires aux pays du Sud pour leur permettre de s’adapter aux impacts des dérèglements climatiques. Ces pays, historiquement peu responsables du réchauffement climatique, sont pourtant en première ligne face aux dégâts déjà constatés : canicules, ouragans, inondations, sécheresses… En 2009, les pays riches et industrialisés, ont promis d’octroyer 100 milliards de dollars par an aux pays du Sud à partir de 2020. Mais cette promesse peine à voir le jour.
- Adoption de l’article 6 qui valorise la compensation carbone
Avec l’adoption de l’article 6 de l’Accord de Paris, les États ont décidé de mettre en œuvre des mécanismes de marché carbone. Ces mécanismes ouvrent la voie aux pratiques de compensation carbone. En effet, derrière ces mécanismes de compensation, se cachent de nombreuses menaces aux conséquences irrémédiables : accaparement des terres, expropriation des populations locales, souveraineté alimentaire mise à mal, accentuation des dérèglements climatiques, etc.
⮕ Bilan de la COP26 : six avancées insuffisantes
- Un fonds de compensation pour les pays les plus vulnérables
La COP27 s’est soldée sur une avancée majeure : les pays du Sud ont obtenu la création d’un fonds de compensation des pertes et dommages climatiques. Un fonds destiné à financer la réponse aux impacts des catastrophes climatiques, dont sont majoritairement victimes les pays les plus vulnérables alors qu’ils ont le moins contribué au réchauffement de la planète. Si la COP 27 en a acté le principe, c’est la COP 28 qui va en définir les contours et lui donner corps véritablement. Il va notamment falloir que les Etats les plus riches s’engagent à le financer.
- L’échec à contenir le réchauffement
Parmi les grosses déceptions de la COP 27 figure l’échec à fixer de nouveaux engagements pour la baisse des émissions de GES, alors que l’objectif de contenir le réchauffement à +1.5°C, et même à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle, devient irréalisable.
- Carton rouge attribué à John Kerry
L’envoyé spécial de Joe Biden pour le climat a annoncé le lancement d’un marché de crédits CO2 élargi, largement privé, dans l’idée d’accélérer la transition énergétique. Derrière l’apparente bonne intention, l’initiative, unilatérale, court-circuite le prudent travail collectif effectué à la COP 27 sur ces marchés de CO2
- Un compromis inédit sur les énergies fossiles
L’Accord de Dubaï acte un compromis pour une “transition hors des énergies fossiles“. Cet accord est inédit, car il nomme pour la première fois, la fin de l’ère des énergies fossiles (responsables de 80 % des émissions de GES). Mais il échoue à statuer sur une “sortie“ claire et ambitieuse, pourtant indispensable pour tenir l’objectif de l’Accord de Paris.
- Concrétisation du Fonds Pertes et Dommages
La COP28 s’est ouverte sur une bonne nouvelle : la concrétisation du Fonds “Pertes et Dommages“ destiné à soutenir les pays les plus vulnérables à la crise climatique, et pourtant les moins responsables. Ce fonds représente une avancée majeure et saluée pour renforcer les principes de la justice climatique.
- La société civile à l’épreuve du défilé des lobbyistes
La COP28 s’est distinguée par une forte présence de lobbyistes, dont le nombre dépassait celui des délégations des dix pays les plus vulnérables au changement climatique. Parallèlement, la représentation de la société civile a été limitée en raison de l’interdiction des manifestations. « C’est la première fois que j’assiste à une COP aussi silencieuse », s’est indigné notre partenaire Mounir Hassine, du FTDES.
Pour aller plus loin :
COP26 : l’impact des systèmes agricoles sur le climat et l’humanité
Cinq ans après l’accord de Paris, l’Amérique centrale frappée par les dérèglements climatiques
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