Publié le 02.03.2018 • Mis à jour le 05.03.2018

Des ONG humanitaires dénoncent les attaques explosives empêchant l’acheminement de l’aide humanitaire dans la Ghouta orientale malgré la résolution de l’ONU (communiqué)

D’après une coalition d’organisations humanitaires internationales, les frappes aériennes et les tirs d’artillerie sur la Ghouta orientale ont empêché l’acheminement de l’aide humanitaire à l’intérieur de l’enclave assiégée, ainsi que les évacuations médicales, et ce, cinq jours après l’adoption par le Conseil de Sécurité de l’ONU d’une résolution appelant à une cessation immédiate des hostilités dans toute la Syrie.

Des bombardements et frappes aériennes féroces survenus après le vote de samedi ont bloqué l’arrivée d’une aide humanitaire vitale dans la Ghouta orientale. D’après les Nations Unies, les convois inter-agence sont prêts à partir à destination de 10 zones assiégées ou difficiles d’accès, notamment un convoi de 45 camions contenant de l’aide pour 90 000 personnes à destination de la ville de Douma dans la Ghouta orientale. Les bombardements et les combats ont empêché les convois de livrer cette aide vitale.

« La réticence des membres permanents du Conseil de Sécurité à utiliser leur influence pour assurer la mise en place effective de la trêve est honteuse, » a déclaré David Miliband, président et directeur exécutif de l’International Rescue Committee. « Si les demandes du Conseil de Sécurité ne sont pas rapidement mises en œuvre, la Ghouta orientale continuera d’être un enfer sur terre pour des centaines de milliers de civils ».

La Résolution 2401 du Conseil de Sécurité de l’ONU, adoptée le 24 février dernier, demande « une pause humanitaire durable d’au moins 30 jours consécutifs sur l’ensemble du territoire syrien pour permettre d’acheminer durablement, en toute sécurité et sans entrave l’aide humanitaire et les services connexes et de procéder à l’évacuation sanitaire des personnes gravement malades et des blessés. » Le Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Mark Lowcock, s’est adressé hier au Conseil de Sécurité, déclarant « La Résolution 2401 du Conseil de Sécurité a-t-elle été implémentée ? Y a-t-il un cessez-le-feu en Syrie ? Non. Et non. ».

Presque 400 000 personnes sont piégées dans la Ghouta orientale, et doivent faire face à un manque grave de nourriture. Les livraisons d’aide vers la Ghouta orientale ont sévèrement été restreintes ces dernières années, avec seulement un convoi ayant réussi à y entrer depuis novembre 2017. Quelques organisations locales ont permis la distribution d’un peu d’aide de survie déjà stockée à l’intérieur de la Ghouta orientale, mais ces dernières ne peuvent couvrir les besoins immenses de la population.

« Nos partenaires ont permis la distribution de 15 kilos de farine par famille, à environ 2000 d’entre-elles, durant les courtes heures de répit de ces derniers jours. Mais cette aide vient de stocks prépositionnés, et ne suffira pas à commencer à répondre aux énormes besoins de la population. Nous devons être capables d’aider nos partenaires à récupérer plus de nourritures et d’articles de première nécessité pour les personnes qui en ont besoin, » a déclaré Wouter Schaap, directeur Syrie de CARE.

Lundi, la Président russe Vladimir Poutine a ordonné la mise en place d’une pause journalière de cinq heures des assauts du gouvernement syrien sur la Ghouta orientale, et la création d’un « couloir humanitaire » afin de permettre aux civils de partir. Ce mardi, le Comité Internationale de la Croix Rouge s’est dit prêt à apporter de l’aide humanitaire dans la Ghouta, mais a souligné qu’il est « impossible » d’y acheminer un convoi d’aide en seulement cinq heures, tandis que les résidents y font état de bombardements constants depuis l’annonce russe.

Alors que la Résolution 2401 du Conseil de Sécurité de l’ONU affirme que les actions militaires contre l’organisation Etat Islamique, Al Qaeda et le Front al-Nosra, ainsi que d’autres groupes désignés par le Conseil comme terroristes, peuvent continuer, celle-ci demande également que toutes les parties s’acquittent sans délai des obligations que leur impose le droit international, y compris la protection des civils. Mardi, des groupes de civils et des groupes d’opposition armés ont écrit une lettre au Conseil de Sécurité de l’ONU affirmant qu’ils étaient prêts à expulser des groupes terroristes désignés en dehors de la Ghouta orientale si un vrai cessez-le-feu était mis en place pour créer les conditions nécessaires à cette opération.

« Nous avons besoin d’une cessation réelle et effective des hostilités afin de permettre à l’aide humanitaire d’atteindre les civils, et de faire naître l’espoir d’une solution plus durable, » a indiqué Susannah Sirkin, Directrice de la Politique Internationale et des Partenariats chez Physicians for Human Rights. « La Résolution 2401 peut encore sauver des vies. Pour le bien de l’Humanité, nous appelons la Russie à user de son influence pour traduire les demandes du Conseil de Sécurité en actes. »

Note aux rédactions :

• Pour des interviews de porte-parole de la coalition, merci de contacter en anglais Gareth Sweeney à New York (gareth.sweeney@crisisaction.org ou +1 646-429-2585) ou Richard Alam à Beyrouth (richard.alam@crisisaction.org or +961 71 562 750)

• La coalition d’ONG humanitaires et de solidarité internationale est composée de : CARE International ; CCFD-Terre Solidaire ; Independent Doctors’ Association (IDA) ; International Rescue Committee (IRC) ; Médecins du Monde ; Mercy Corps ; Physicians for Human Rights (PHR) ; et l’UOSSM (Union des Organisations de Secours et de Soins Médicaux).

Auteur(s): Sophie Rebours

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