Guinée : L’indispensable adaptation au changement climatique

Publié le 12.11.2025| Mis à jour le 15.12.2025

En Moyenne-Guinée, dans le massif du Fouta-Djalon, une fédération de paysans soutenue par le CCFD-Terre Solidaire s’organise face aux conséquences du changement climatique dans la région. En sensibilisant les populations aux pratiques agroécologiques et à la préservation des ressources en eau, elle propose des solutions concrètes afin d’assurer la durabilité des récoltes et des ressources naturelles. Un espoir pour une région menacée par des pluies torrentielles et de fortes sécheresses.

Cet article est tiré de notre magazine Echos du monde, le magazine de la solidarité internationale En savoir plus

Amadou Souaré en est convaincu, « quand la case brûle, il faut sortir les gens qui sont dedans avant d’éteindre le feu ». Casquette verte sur la tête, regard concerné, le quarantenaire prend la parole dans le débat « Faut-il privilégier atténuation ou adaptation ? » devant une vingtaine de représentants d’organisations paysannes. Comme les autres, Amadou a parcouru des centaines de kilomètres depuis Timbi Madina pour participer à l’atelier sur le changement climatique et l’agriculture en Guinée, organisé dans la ville de Kindia par Accord Guinée en partenariat avec le CCFD-Terre Solidaire et le Gret, une ONG de solidarité internationale également.

Quand la case brûle, il faut sortir les gens qui sont dedans avant d’éteindre le feu.

Amadou Souaré

Un havre de paix menacé par le changement climatique

Agriculteur depuis 20 ans, Amadou est référent gestion des ressources en eau à la Fédération des paysans du Fouta-Djalon (FPFD) qui compte près de 35 000 adhérents en Moyenne-Guinée. Considéré comme le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest », le massif du Fouta-Djalon abrite une biodiversité riche. C’est là que les grands fleuves du Sénégal, de Gambie et du Niger, qui alimentent en eau près de 300 millions de personnes, prennent leur source. Un havre de paix menacé : les scénarios du ministère guinéen de l’Environnement prévoient une élévation de température d’environ 5°C à l’horizon 2100.

Ajoutés à des bouleversements pluviométriques intenses, ces changements déjà perceptibles en 2025 pourraient entraîner le décalage des saisons, la migration et la disparition de certaines espèces animales et la perte de terres agricoles et des récoltes. « Les conséquences sont déjà désastreuses », déplore Ibrahima Sory Bah, responsable de la station météorologique de la ville de Kindia.

Cultiver pour survivre

Près de Mombéya, dans la préfecture de Dalaba, des vaches cherchent désespérément les dernières herbes d’une forêt incendiée. L’acte est volontaire, une pratique courante pour les agriculteurs de la région. « Certains paysans brûlent des forêts, des collines entières, pour pouvoir y planter du riz ou du fonio », soupire Mamadou Diao Barry, membre de la FPFD, désolé par la scène. « Il n’y a plus assez de terres fertiles et cultivables. C’est parfois leur dernier choix pour subvenir à leurs besoins. »

En 2023, 58 % de la population guinéenne tirait ses revenus de l’agriculture, selon la Banque mondiale. La même année, la Fédération des paysans du Fouta-Djalon lance le projet Pronad (Protéger la nature est notre devoir), avec le soutien du CCFD-Terre Solidaire et de l’Agence française de développement (AFD).

58%

En 2023, 58% de la population guinéenne tirait ses revenus de l’agriculture selon la Banque mondiale.

+5°C

Le ministère guinéen de l’Environnement prévoit une élévation de température de 5°C d’ici 2100.

Cette initiative joue un rôle clé dans la sensibilisation des communautés locales et le renforcement de leurs compétences en pratiques agroécologiques. Réparer avant d’adapter.

☞ Lire aussi : En Inde, il initie des centaines de personnes à l’agroforesterie

Au fil des années, les arbres qui protégeaient les berges ont été abattus, notamment pour le bois de chauffe, et remplacés par des périmètres agricoles – surfaces délimitées dans l’objectif d’y développer une production agricole organisée et durable, et des briqueteries, très consommatrices en eau.

Une ressource vitale mais inégalement partagée : certains agriculteurs usent de barrages artisanaux ou de motopompes pour irriguer leurs champs, asséchant les rivières en aval. Ressource vitale, mais polluée par les déchets alimentaires, les couches pour bébé et les vieux vêtements abandonnés par les lavandières.

« Réparer nos erreurs est possible »

Sur la place du village, les marmites de fonio brûlant et d’oignons confits circulent de table en table. Les habitants de Koulouma se sont réunis autour d’un repas, décidés à trouver une solution au tarissement du cours d’eau qui irrigue leurs productions agricoles. Il y a plusieurs semaines, les arbres qui entouraient la tête de source ont été abattus pour l’agriculture et la vente de bois. Sans ce bouclier naturel, cette dernière a fini ensevelie par des coulées de terre provoquées par des pluies torrentielles et l’érosion des sols.

 Réparer nos erreurs est possible, mais cela risque de prendre du temps. Mon rôle est aussi de dire de cesser de couper, de brûler.

Thierno Abduraman Diallo, imam et sage du village

En Guinée, replanter l’avenir

Depuis mars 2023, la FPFD accompagne plusieurs milliers de paysans dans la mise en place de nouvelles pratiques comme le curage des rivières et la fabrication de cordons pierreux, protecteurs des cours d’eau. Près de Mombéya, une trentaine de femmes et deux hommes se sont ainsi alliés pour partager une parcelle fertile.

« Nous avons été formés à protéger nos plantations avec des clôtures et à creuser des puits. Chaque semence, chaque goutte d’eau est répartie équitablement entre nous », explique Adamawa Diallo, responsable du groupement, en arpentant avec fierté les allées d’aubergines et de tomates. Cette mère de famille a trouvé dans cette union un soutien collectif et une indépendance financière.

Dans la région, nombreux sont les hommes à partir en migration économique, parfois pour de longs mois, laissant aux femmes la responsabilité du foyer et de l’exploitation agricole. Pioches en main, plantant des manguiers le long des berges et nettoyant les rivières, elles incarnent l’espoir d’un avenir plus stable.

☞ Lire aussi : Cristiane Katzer : Défendre l’agroécologie et la solidarité paysanne

Nos actualités sur la COP30 :

/

Texte : Pauline Gauer

Photo : Anne-Laure Lemancel / CCFD-Terre Solidaire

J'ai 1 minute

Partagez et relayez nos informations et nos combats. S’informer, c’est déjà agir.

Je m'informe

J’ai 5 minutes

Contribuez directement à nos actions de solidarité internationale grâce à un don.

Je donne

J’ai plus de temps

S'engager au CCFD-Terre Solidaire, c'est agir pour un monde plus juste ! Devenez bénévole.

Je m'engage

Vous n'avez <span>qu'une minute ?</span>

Vous pouvez participer à la vie du CCFD-Terre Solidaire

Rejoignez-nous

Restez au plus près de l'action

Restez informés

Abonnez-vous à notre newsletter

Je m'abonne
318 millions de personnes sont toujours confrontés à une situation de faim critique. Agissons !
JE FAIS UN DON