Retour sur le Sommet des Peuples, une contre-COP pour réclamer la justice climatique
En parallèle de la COP30, le Sommet des Peuples pour la justice climatique s’est tenu à Belém. De très nombreuses organisations de la société civile y ont réaffirmé leurs exigences pour que les territoires et les populations soient associés à la lutte contre la crise climatique.
Ils sont venus de tous les horizons et de tous les continents. Représentants de peuples indigènes, d’organisations de défense de l’environnement et des droits humains, de mouvements religieux, de syndicats ruraux. Dans une ambiance à la fois festive et grave, 70 000 personnes ont défilé dans les rues de Belém, samedi 15 novembre, pour réclamer la « justice climatique maintenant ».
Ce message, adressé directement aux négociateurs des 194 pays prenant part à la COP30, exprimait la détermination des participants au Sommet des Peuples. « Nous sommes ici pour pousser un cri d’alarme », expliquait ainsi Ninawa, le cacique du peuple indigène Inu Huni Kui, dont le territoire, près de la frontière péruvienne, est envahi illégalement et détruit par les incendies criminels de propriétaires terriens.
Nous n’avons plus le temps d’attendre. Des territoires et des populations sont en danger pour leur survie.
Ninawa, cacique du peuple indigène Inu Huni Kui
Cette marche s’est déroulée en marge du Sommet des Peuples pour la justice climatique organisé du 12 au 16 novembre, au sud de la ville. Au travers des réunions, débats et tables rondes, les participants à ce sommet ont lancé un appel récurrent à « une transition juste, souveraine et populaire » et à « la fin de l’exploitation des énergies fossiles ».
Les partenaires du CCFD-Terre Solidaire fortement mobilisés
Sur ce dernier point, les partenaires du CCFD-Terre Solidaire avaient beaucoup à dire. Guillermo Torres, par exemple, coordinateur du secteur justice transnationale au sein du Projet de droits économiques, sociaux et culturels (ProDESC), une organisation mexicaine qui accompagne les communautés agraires et indigènes ainsi que des collectifs de travailleurs dans la défense de leurs droits. Parmi les dossiers suivis par Guillermo, les menaces gazières qui pèsent sur la mer de Cortez, un écosystème marin aussi magnifique que fragile, situé au cœur du golfe du Mexique.
« Des entreprises nord-américaines développent des projets de construction de gazoducs provenant du Texas, dont le sous-sol regorge de gaz de schiste extrait par fracturation hydraulique, explique cet avocat d’une trentaine d’années. L’idée est d’acheminer ce gaz jusqu’à des terminaux qui seront installés sur les côtes ou en mer de Cortez pour le transformer en gaz liquide et l’exporter vers l’Asie. » Les investissements ne sont pas encore confirmés, mais les autorités mexicaines ont déjà délivré les permis pour la construction.
Le gaz naturel est un combustible fossile considéré comme un combustible de transition qui génère moins de pollution. Pourtant, il pollue au moment de l’extraction et de son transport. Y compris par gazoduc. Alors s’il traverse une zone écologiquement sensible comme la mer de Cortez, on peut craindre le pire.
Guillermo Torres, coordinateur du secteur justice transnationale au sein de ProDESC
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Les ravages de l’extractivisme (et la résistance qui s’organise)
Le pire, il existe déjà en République dominicaine qui compte plus de 120 sites miniers actifs, dont la quatrième mine d’or la plus importante du monde. « Résultat, les cours d’eau sont contaminés par les rejets toxiques comme le cyanure, et cela impacte les écosystèmes de la région, y compris en Haïti », explique Amin Matias Vasquez, coordinateur du Centre Montalvo, une organisation sociale jésuite qui travaille sur les droits environnementaux et humains. L’exemple n’est pas isolé.
« L’extraction minière en Amérique latine impacte le climat à travers les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation d’énergie fossile et de la déforestation pour l’exploitation », confirme le frère Rodrigo Pereira, du Mouvement Églises et mines, un réseau œcuménique continental regroupant des institutions ecclésiales, des communautés religieuses et des agents pastoraux. D’où l’urgence d’un changement de paradigme.
L’idée n’est pas de transiter à l’intérieur du système économique tel qu’il existe aujourd’hui. Nous voulons une transformation systémique, sociale et écologique. Le défi est énorme parce qu’il touche aux valeurs.
Frère Rodrigo Pereira, du Mouvement Églises et mines
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Combattre les « fausses solutions »
Les « fausses solutions » ont été également au centre des débats durant ce Sommet des Peuples. Et elles sont nombreuses. Au point que la Plateforme latino-américaine et des Caraïbes pour la justice climatique (PLACJC), animée par Liliana Buitrago, en a établi une cartographie regroupant 187 cas.
Les éoliennes du pôle de la Borborema en font partie. Depuis plusieurs décennies, quelque 5 000 familles d’agriculteurs y ont développé avec succès l’agroécologie sur un territoire situé dans une région semi-aride du Nord-Est brésilien. « Nous sommes situés sur le « chemin des vents »,une cartographie officielle qui répertorie les régions du Brésil propices à l’implantation de parcs éoliens, explique Bruno Prado, l’un des coordinateurs de l’ONG Assistance et services à des projets d’agriculture alternative (AS-PTA).
À ce titre, la région est devenue la cible d’entreprises nationales et multinationales qui surfent sur le modèle des énergies vertes, profitent de l’ingénuité des familles pour s’implanter et n’hésitent pas à les forcer à signer des contrats souvent inéquitables.
« Nous ne sommes pas contre les énergies renouvelables, rappelle Bruno Prado, mais contre le modèle capitaliste des entreprises qui veulent surfer sur ce business sans tenir compte des populations rurales.
Nous dénonçons donc les fausses solutions et nous présentons nos propositions, avec une idée centrale : la réponse au développement des énergies vertes ou renouvelables se trouve dans les territoires, qui doivent donc être intégrés aux négociations sur le climat.
Bruno Prado, coordinateur de l’AS-PTA
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« Démarquer et protéger les territoires indigènes, ainsi que ceux des autres peuples et des communautés locales » ; « en finir avec l’exploitation des combustibles fossiles et assurer leur non-prolifération » ; « exiger une transition juste, souveraine et populaire qui garantisse les droits de tous les travailleurs » ; « s’opposer aux fausses solutions de marché ».
Tous ces thèmes ont été inclus dans la déclaration finale du Sommet des Peuples remise au président de la COP30, André Correa do Lago. Une présence qui a conforté Martin Willaume, responsable Amérique latine au sein du CCFD-Terre Solidaire, dans le sentiment « que ce Sommet des Peuples a été très mobilisateur et a permis de travailler avec la quinzaine de partenaires présents sur un axe important pour nous qui est celui d’une transition juste, populaire et inclusive, afin de battre en brèche les fausses solutions qui ont été discutées dans l’espace officiel de la COP ».
Nos actualités spéciales COP30 :
Texte : Jean-Claude Gerez
Photos prises à l’appareil photo jetable par des salariés du CCFD-Terre Solidaire présents à Belém pendant la COP30 et le Sommet des Peuples. Pour découvrir d’autres reportages photo du même genre, découvrez notre série « Dans l’œil de« .
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