Publié le 11 septembre 2003

Commerce et développement : quelques cas concrets

Le Mexique et l’agriculture

Le maïs est la principale culture du Mexique et sa principale source de subsistance. Le Mexique est le pays d’origine du maïs qui a une place importante dans l’histoire et la culture de ce pays. Depuis l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), les importations de maïs ont presque triplé et le prix a chuté de 64 % depuis 1985 (1). Les importations de maïs génétiquement modifié ont contaminé les variétés locales, ce qui laisse craindre une dégradation de la biodiversité, et a augmenté la dépendance envers les sociétés transnationales de semences et de produits chimiques. Avec l’ALENA, les zones rurales mexicaines ont perdu 1,7 millions d’emplois, avec peu de création d’emplois dans d’autres secteurs. Des milliers de Mexicains ont émigré aux Etats-Unis, en grande partie pour travailler dans l’agriculture comme ouvriers sans papiers et sans sécurité d’emploi.

L’analyse par la CIDSE du projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) (2) prédit dans le reste de l’Amérique latine des résultats similaires en termes de développement à ceux constatés au Mexique : augmentation de la pauvreté rurale, malnutrition et migrations ; charges de travail plus lourdes, en particulier pour les femmes ; accroissement des profits et du contrôle du marché par des entreprises commerciales et des intermédiaires internationaux au détriment des petites exploitations ; augmentation de la dépendance alimentaire et perte de ressources nationales ; et risques graves pour l’environnement et la biodiversité.

L’affaiblissement du secteur agricole et paysan a entraîné une perte d’identité culturelle et la destruction du tissu social traditionnel.

Services : le cas de l’eau à Santé Fé en Argentine, les leçons d’une privatisation. Source Association Canoa, Argentine.

L’accord général sur le commerce des services de l’OMC et les éventuelles négociations sur l’investissement mettent en danger les capacités d’encadrement de l’investissement des grands groupes internationaux par les pays en développement. Il favorise la participation de ces groupes aux processus de privatisation sans prendre en compte les nécessités des politiques de développement.

Le cas de l’eau à Santa Fé, présenté ici n’est pas isolé, les échecs des privatisations tant en termes économiques que sociaux sont légion. L’OMC serait-elle la dernière institution promotrice de privatisation des services, alors que celle-ci n’a pas fait ses preuves ? La banque mondiale elle-même a reconnu que les libéralisations de l’investissement n’entraîneraient pas forcément une augmentation du volume d’investissement et que les privatisations dans des domaines tels que l’eau conduisent à des monopoles privés qui ne sont pas efficaces.

La distribution de l’eau en Argentine est privatisée à 70 %

Dans la province de Santa Fé, la gestion des services de distribution des eaux et de traitement des eaux usées furent privatisés en 1995 au profit de Aguas provinciales de Santa Fe SA, groupe formé par la multinationale Suez Lyonnaise des eaux, le groupe argentin Soldati avec la banque de Galice comme opérateur financier. La privatisation était promue par un gouvernement arguant des investissements nécessaires à l’amélioration du service pour garantir un accès universel. Ces améliorations n’ont jamais été réalisées. En effet la privatisation a été effectuée dans le cadre d’un contrat léonin et des renégociations permanentes afin d’alléger les obligations initiales de l’entreprise. Les limites notamment relatives au taux d’arsenic imposées par l’OMS et le code national alimentaire ont été ignorées. La privatisation s’est effectuée dans un contexte de corruption et de complicité de la classe politique et entreprenariale dominante. Les syndicats majoritaires de l’ancienne entreprise publique sont accusés de complicité.

Prix fort/faible qualité

Les enquêtes révèlent à la fois la mauvaise qualité du service fourni (faible pression, quantité d’eau insuffisante, évacuation des eaux usées déficiente) et des prix trop élevés (surfacturation par rapport au volume consommé, retard de paiement surfacturé à des taux excessifs) par rapport à la capacité de financement des habitants des quartiers défavorisés. Dans les secteurs populaires l’entreprise a favorisé le recensement des plus pauvres afin d’assurer la prise en charge de leur facture par les services sociaux mais les fonds disponibles sont insuffisants. Les augmentations cumulées des factures en septembre 2002 atteignait 25%. 700 des 1 400 employés que comptaient l’entreprise ont été victimes de départ prétendument " volontaires ".

Une forte mobilisation des usagers des services

Une assemblée provinciale pour le droit à l’eau à Santa Fé a été constituée. Elle a notamment organisé un plébiscite populaire en septembre 2002 : 256 000 personnes se sont prononcées pour la résiliation du contrat pour manquement aux obligations, pour la mise en place d’un nouveau modèle de gestion sociale publique de l’eau avec participation citoyenne, pour la défense de l’eau comme bien commun et la lutte contre le gaspillage et la pollution des ressources en eau.

Un échec pour Suez

Le groupe Aguas Argentinas s’était cru à l’abri de tout risque lié au taux change : il était rémunéré en pesos, dont la valeur était indexée sur celle du dollar. La crise a totalement changé la donne : le consortium a vu ses rentrées d’argent réduire en très peu de temps. Le groupe Suez a laissé dans la crise plus de 500 millions de dollars. En janvier 2003, M. Gérard Mestrallet, président du groupe, annonçait qu’il se préparait à se retirer de plusieurs de ces concessions actuelles et à se focaliser sur les projets qui génèrent des bénéfices immédiats et en dehors des zones où le risque lié au change est important. Ces risques doivent être garantis par quelqu’un d’autre. La politique tarifaire est celle du recouvrement total des coûts.

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