La Nakba expliquée (FAQ) : Du désastre de 1948 à la réalité des Palestiniens aujourd’hui
Chaque 15 mai, le peuple palestinien commémore la Nakba, un épisode traumatisant de l’histoire de la Palestine au cours duquel plus de 700 000 personnes ont dû fuir face à l’armée israélienne. Près de 80 ans après cet événement, les conséquences de la Nakba sont toujours palpables et les descendants des personnes contraintes à l’exode n’ont pas pu retourner sur leurs terres. Alors que la dépossession et la déshumanisation des Palestiniens se poursuit, beaucoup parlent même d’une “Nakba continuelle”, une Nakba qui n’aurait jamais cessé.
Qu’est-ce que la Nakba ?
La Nakba désigne l’exode forcé d’une grande partie de la population palestinienne en 1948, lors de la création de l’État d’Israël et de la première guerre israélo-arabe. Entre 700 000 et 800 000 personnes ont alors été contraintes de fuir leurs terres. En arabe, Nakba signifie littéralement « catastrophe » ou « désastre ».
Que s’est-il passé en 1948 en Palestine ?
L’année 1948 constitue un tournant historique majeur en Palestine. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies vote le “Plan de partage de la Palestine” qui prévoit de diviser cette dernière en trois entités : un État juif, un État arabe et une zone d’administration internationale pour Jérusalem et Bethléem. Dès lors, des affrontements éclatent en Palestine.
Dès le début de l’année 1948, les classes aisées palestiniennes fuient préventivement les combats. En avril, le massacre de Deir Yassin fait une centaine de victimes et accélère les départs. Le 14 mai, le mandat britannique prend fin et l’Etat d’Israël est proclamé. Le 15 mai, c’est le début de la première guerre israélo-arabe. En juillet, l’armée israélienne expulse entre 50 000 et 70 000 palestiniens lors de l’Opération Dani dans les villes de Lyd et Ramla.
À la fin de 1948, les réfugiés palestiniens se retrouvent installés dans des camps en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, ainsi qu’au Liban, en Syrie et en Jordanie. Leurs biens sont confisqués et le droit au retour leur est refusé par le nouvel État d’Israël.
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Pourquoi la Nakba est-elle commémorée le 15 mai ?
La Nakba est commémorée le 15 mai car cette date symbolise pour les Palestiniens et les Palestiniennes le début de l’exil et de la perte de leurs terres qu’ils ont subis à la suite de la proclamation de l’indépendance de l’État d’Israël, qui a eu lieu le 14 mai 1948.
Cette journée de mémoire permet de dénoncer les conséquences à long terme de la Nakba, comme la destruction de villages, les massacres perpétrés, la confiscation des terres et des biens, ainsi que le refus du droit au retour pour les réfugiés et leurs descendants.
Quelles sont les conséquences de la Nakba aujourd’hui ?
Les conséquences de la Nakba sont profondément ancrées dans la réalité politique, sociale et humaine du Proche-Orient. En 2025, l’UNRWA comptabilisait 5,9 millions de réfugiés palestiniens. Leurs parents ou grands-parents ont subi l’exode. Eux vivent majoritairement dans des camps de réfugiés situés en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, mais aussi en Jordanie, au Liban et en Syrie. Israël continue de leur refuser le droit au retour, alors même que la résolution 194 de l’ONU, adoptée dès fin 1948, reconnaît ce droit.
Au moment de la Nakba, environ 250 000 Palestiniens sont restés à l’intérieur des frontières d’Israël. Ce sont les “Palestiniens d’Israël” ou les “Palestiniens de 48”. Ils et elles ont été déplacés à maintes reprises et ont vécu jusqu’en 1966 sous un régime militaire distinct de celui des citoyens juifs. Le peuple palestinien, y compris des membres de la même famille, se retrouve éparpillé entre Israël, la Cisjordanie, la Bande de Gaza et les camps de réfugiés.
Pourquoi de nombreux Palestiniens parlent de “Nakba continuelle” ?
De nombreux chercheurs et activistes utilisent le concept de « Nakba continuelle » pour souligner que la Nakba n’est pas un événement figé en 1948, mais un processus en cours.
Selon l’écrivain libanais Elias Khoury, la Nakba ne doit pas être vue comme un simple fait du passé, car « les confiscations de terres n’ont jamais cessé ». En niant le droit au retour des Palestiniens et en légiférant pour entériner la saisie des biens de ceux qui ont fui, la dépossession matérielle se poursuit.
Mon père Hadj Abou Hussein a été déplacé vers la bande de Gaza depuis sa petite ville de Dumra [près de Beit Hanoun, dans le nord]. C’était alors un jeune garçon de quinze ans. Il a vécu dans le camp de réfugiés de Jabaliya, puis il a quitté sa famille et s’est installé à Khan Younis dans le sud. Lorsqu’il s’est marié, il a déménagé pour aller vivre dans la ville de Deir Al-Bala, dans le centre de la bande de Gaza. Là, il s’est contenté de louer, il refusait catégoriquement de devenir propriétaire d’une maison, alors qu’il en avait pourtant les moyens. Il gardait toujours l’immense espoir de revenir à Dumra, même après la défaite de 1967.
Wafa Abdel Rahman, Présidente de notre partenaire Filastiniyat, propos repris d’un article de l’Orient XXI
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En parallèle, les efforts pour effacer l’identité palestinienne ne se sont jamais arrêtés. C’est par exemple le cas de l’hébraïsation des noms de lieux autrefois arabes. Depuis 2009, l’usage du terme « Nakba » est également interdit dans les manuels scolaires israéliens.
Ces dernières années, le génocide à Gaza et l’accélération de la colonisation de la Cisjordanie ont encore renforcé ce phénomène : les Palestiniens sont dépossédés de leurs terres, de leur identité, et même de leur vie.
Au début du génocide, j’avais très peur d’une nouvelle Nakba ici. Je pensais tout le temps au témoignage de ma grand-mère. Elle parlait des femmes qui, à cause de la peur et du stress, avaient oublié de prendre leurs bébés avec elles en fuyant […] Maintenant on voit des familles et des femmes à Gaza qui ont perdu leurs bébés, peut-être qu’elles ont oublié leurs bébés.
Aya, directrice générale de Tishreen
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Comment certains responsables politiques israéliens utilisent-ils la notion de Nakba ?
Depuis le début de l’invasion israélienne à Gaza, de nombreux acteurs de la société civile palestinienne et israélienne ont documenté les incitations au génocide formulées par des responsables politiques, mais aussi des journalistes israéliens, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Une partie d’entre eux utilise la Nakba comme un point de référence, un modèle à répliquer pour dominer voire anéantir le peuple palestinien. Quelques exemples :
- Le 7 octobre 2023, le journaliste israélien Yinon Magal a déclaré « C’est l’heure de la Nakba 2 ».
- En novembre 2023, Avi Dichter, alors Ministre israélien de l’Agriculture, membre du parti Likoud, a expliqué sur la chaîne israélienne Channel 12 « Nous sommes en train de mettre en place la Nakba de Gaza. »
- Sur cette même chaîne, Aharon Haliva, général israélien qui dirigeait les services de renseignement militaire le 7 octobre 2023, a affirmé en août 2025 que « Le fait qu’il y ait déjà 50 000 morts à Gaza est nécessaire et indispensable pour les générations futures. », mais aussi qu’« Ils [Les Palestiniens] ont besoin d’une Nakba de temps en temps pour en ressentir le prix. »
Quelle est la situation depuis le début de la guerre à Gaza ?
A la suite des massacres du 7 octobre 2023 commis par le Hamas, l’invasion israélienne de la Bande de Gaza a créé la pire crise humanitaire et politique de l’histoire palestinienne. Au moins 72 000 personnes ont été tuées directement par l’armée israélienne entre octobre 2023 et avril 2026. Les restrictions sur la nourriture, l’eau, le carburant et les fournitures médicales, ainsi que la destruction systématique des services essentiels sur place, menacent directement la possibilité des Palestiniens de subvenir à leurs besoins de base, et donc leur survie. En août 2025, l’ONU a déclaré l’état de famine.
81% des bâtiments sont détruits ou endommagées.
Seules 4% des terres agricoles sont intactes et accessibles. 79% des serres agricoles sont détruites.
93% des bâtiments scolaires nécessiteront une reconstruction totale ou majeure pour être à nouveau fonctionnels.
En octobre 2025, un cessez-le-feu a été signé. Pourtant, entre la signature du cessez-le-feu et mi-avril 2026, 786 Palestiniens ont été tués à Gaza. La population Gazaouie doit désormais vivre sur une toute petite bande de terre représentant environ 40% de la Bande de Gaza, à l’ouest de la “Ligne Jaune”. Cette ligne de retrait temporaire de l’armée israélienne, prévue dans le “Plan Trump”, devait mener au retrait progressif de l’armée israélienne de la Bande de Gaza. A la place, les Gazaouis et plusieurs ONG et journalistes rapportent que cette ligne ne cesse d’être repoussée en direction de la mer par l’armée israélienne, qui contrôle maintenant près de 60% de la Bande de Gaza. Par ailleurs, plusieurs médias et ONG de droits humains rapportent que, du côté est de la ligne jaune, tenu par l’armée israélienne, la destruction des bâtiments est systématique.
L’ensemble de ces politiques démontrent une volonté de rendre insupportables les conditions de vie des Palestiniens. Et de les pousser à l’exil.
Mais tout n’a pas commencé le 7 octobre 2023. Avant cette date, déjà 80 % de la population de Gaza dépendait de l’aide humanitaire, principalement du fait du blocus infligé par Israël. L’offensive d’Israël est intervenue dans le contexte d’une occupation imposée depuis 57 ans et d’un régime d’apartheid qui ont ouvert la voie à la dépossession et à la déshumanisation des Palestiniens de Gaza. Le génocide est la forme extrême de cette dynamique d’effacement du peuple palestinien que l’on retrouve dès la Nakba.
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Que se passe-t-il en Cisjordanie ?
En Cisjordanie, le colonisation et l’annexion s’accélèrent aggravant la dépossession des Palestiniens de leurs terres, qui a débuté avec la Nakba. Depuis le début de la guerre à Gaza, le gouvernement israélien a intensifié les mesures visant à intégrer ces territoires dans son système de gouvernance civile :
- Le contrôle de la Cisjordanie passe progressivement d’une administration militaire à une gouvernance civile, démontrant une volonté d’intégration permanente plutôt qu’une occupation temporaire. Des fonctions clés, comme la planification et la gestion foncière, ont été transférées au ministère des Finances.
- Le territoire sous contrôle palestinien est grignoté, voire étranglé. Israël applique désormais ses propres normes (environnementales, archéologiques) pour intervenir directement dans les zones A (sous contrôle militaire et administratif de l’autorité Palestinienne) et B (sous contrôle militaire israélien et sous contrôle administratif palestinien). Depuis octobre 2023, 152 nouveaux avant-postes ont été installés, y compris dans les zones A et B. En parallèle, la construction de la barrière de sécurité « Fil Pourpre » a démarré. Elle vise à terme à séparer la Cisjordanie de la Jordanie, coupant la vallée du Jourdain du reste du territoire palestinien et entraînant l’expulsion de nombreuses communautés situées sur son passage.
- La colonisation se fait de plus en plus “par le marché”. La déclassification du cadastre permet désormais aux entreprises et organisations de colons d’identifier et d’acheter des terres privées palestiniennes. Les propriétaires palestiniens font face à des contestations judiciaires de leurs titres de propriété.
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Depuis le début de la guerre à Gaza, la violence à l’égard des Palestiniens de Cisjordanie a explosé. Le nord de la Cisjordanie subit un processus de militarisation si intense que certains parlent de « Gaza-ification ». L’armée israélienne utilise désormais des drones et des hélicoptères pour des bombardements massifs, notamment dans les camps de réfugiés.
En 2025, 240 Palestiniennes et Palestiniennes ont été tués par l’armée israélienne ou par des colons en Cisjordanie, dont 55 enfants, selon l’ONU. Au total, cette même année, 37 135 Palestiniens ont été déplacés, que ce soit par l’armée, les violences des colons ou les démolitions pour manque de permis.
78 ans après, la Nakba n’est pas seulement un événement structurant de la mémoire collective palestinienne. Qu’ils soient de Gaza, de Cisjordanie ou d’Israël, les Palestiniennes et Palestiniennes d’aujourd’hui continuent d’en subir les conséquences. Né de la spoliation des terres et de la négation de l’identité palestinienne, ce processus se poursuit et s’accélère avec la guerre à Gaza et la colonisation intensive de la Cisjordanie. Jusqu’à quand ?
Photo de couverture : Anne Paq/CCFD-Terre Solidaire
Des maisons de la ville israélienne de Tsur Hadasa (en haut) sont vues en construction à proximité des maisons du village de Wadi Fukin en Cisjordanie, le 10 mars 2019.
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