Une histoire, un combat

Indonésie : l’histoire de Martinus, paysan engagé contre les accaparements de terre

Publié le 18.12.2020 Mis à jour le 11.01.2021

Un jour, le gouvernement s’est accaparé les terres de sa communauté et a rasé les caféiers qu’elle y avait planté. Devant l’injustice, Martinus s’est levé et investi dans un syndicat paysan pour prendre la tête de la résistance.

Indonésie : l'histoire de Martinus, paysan engagé contre les accaparements de terre

Il s’exprime avec une droiture de statue, le débit paisible et le regard clair. Il émane de Martinus Sinani l’expression d’un équilibre intérieur... Alors quand elle surgit calmement dans ses mots, sa colère n’en apparaît que plus irrécusable.

Martinus est cultivateur, sur l’île de Florès dans la province indonésienne de Nusa Tenggara Timur.

Il fait pousser du café, des clou de girofle, de la vanille, du gingembre, riz et des légumes, comme bien d’autres dans son village de Kampoeng Mbohang.

Il a l’ambition simple de parvenir à donner une éducation décente à ses sept enfants. Sa scolarité s’est arrêtée au lycée.

Un jour de 2002, le gouvernement local prend l’initiative de faire raser tous les caféiers semés quelques années auparavant par les paysans de sa communauté. Les autorités allèguent que ces plantations sont illégales car la zone est classée forestière. Il hoche la tête et appuie ses mots quand il dit le sentiment d’injustice qui l’a alors envahi.

« Aussi loin que nos ancêtres se souviennent, ces terres nous appartiennent, à nous populations autochtones des sociétés traditionnelles qui les occupons et y travaillons ! »

Accaparement et violences

La communauté résiste, pendant des mois.

La tension monte, jusqu’à la confrontation, violente. « En face de nous, il y avait des militaires, la police ainsi que des milices payées par le gouvernement. »

Des événements qui restent gravés dans la mémoire de Martinus : au cours des affrontements, six personnes ont perdu la vie, et quatorze autres sont restées invalides à vie.

« Et nous n’avons pas obtenu la moindre compensation, ni pour les dommages infligés aux personnes victimes des affrontements, ni pour la perte des caféiers ! »

À la suite de ce saccage, la situation économique de la petite centaine de villageois et villageoises directement affectée s’est fortement dégradée, car la vente du café représentait un part importante des budgets familiaux.

En 2003, Martinus décide alors de s’engager dans une organisation locale afin de défendre les droits de sa communauté.

« J’ai ressenti le besoin de me battre non seulement pour moi, mais aussi pour les autres, toutes ces personnes défavorisées qui souffraient de ne plus avoir accès à leur terre, et se retrouvaient dans l’incapacité de subvenir correctement à leurs besoins. Mais nous restions trop faibles… »

Il rejoint le syndicat paysan SPI et organise la résistance

Alors en 2006 il rejoint le Serikat Petani Indonesia (SPI), principal syndicat paysan indonésien, dont l’envergure nationale et la réputation internationale laissent à la population locale l’espoir d’inverser le rapport de force.

« Les gens ont lutté et protesté, ensemble et sans relâche. »

Et elle y est parvenue. « Les gens ont lutté et protesté, ensemble et sans relâche. » L’exposé de la situation est remonté au niveau régional, puis provincial et enfin jusqu’à la capitale.

À force de ténacité, les autorités ont dû renoncer à la répression.

« Et aujourd’hui, ces terres sont toujours aux mains des populations locales ! Petit à petit, nous avons replanté du café, du gingembre, du maïs, des bananes, etc. C’est extrêmement important de s’unir pour pouvoir être écoutés. C’est ce qui a forcé le gouvernement à nous considérer comme des interlocuteurs, aussi bien sur le plan politique que pour le respect de nos droits coutumiers. »

Aujourd’hui, Martinus est devenu président de la branche provinciale du SPI au Nusa Tenggara Timur. Il circule de village en village afin de faire prendre conscience à leurs membres de l’importance de s’organiser pour faire avancer leurs buts.

Il ne s’est pour autant pas senti aspiré par la notabilité. « Pendant toutes ces années, je suis resté un paysan pauvre, et j’ai vraiment dû trimer très dur pour m’en sortir avec ma famille. Mais cela reste un privilège quand je pense à l’injustice qui frappe les membres de notre communauté qui ne pouvaient plus travailler. C’est ce qui m’a motivé dans le partage de mon temps entre ma famille, mes champs et mon engagement militant. »

Il parle de sa charge comme d’une mission nécessaire, un sacerdoce même pour ce paysan qui l’ancre dans sa foi catholique.

« Pour moi, la terre a été créée par Dieu pour que les humains puissent y vivre et en vivre. Je trouvais profondément anormal que les plus puissants se l’accaparent et que les petits soient privés des moyens de nourrir leur famille. J’ai ressenti comme un devoir, en devenant membre de ce syndicat, d’agir pour les aider et tenter de les sauver. »

Patrick Piro

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